U. s. NATIONAL MUSEUM LIBRARY OF Henry Eugène Guernsey Hubbard AND Amandus Schwarz ft^ DONATED IN 1902 ^ ACCESSION NO.l.'\.lT-;i.V. i^-^ MÉTAMORPHOSES MŒURS ET INSTINCTS DES INSECTES C iMi'niMKi'.ii; m: r. martinet. itiE mic.non l\ PÈCllt; AL\ INSECTES AQUATigiJES {l'urtll rfï FotUaineblcmi). MÉTAMORPHOSES IIŒCRS ET INSTINCTS DES INSECTES (INSECTES, MYRIAPODES, ARACilNIDES, CRUSTACÉS) EMILE BLANCHARD y "^,^-0 MESmUE DE L'INSTITUT Pi'ûfoîiscur nu Mii^i:iiin li'liislùirc nalurellf ■ t.C'U'^' Ouvrnsr illiiposer agissant à la manière d'une machine, donne à chaque instant la pensée qu'il se rend compte de la situation où il se trouve placé, et d'une foule de circonstances fortuites, et par consé(pient impossibles à prévoir. Se rendre compte d'une situation mauvaise et chercher à la rendre meilleure, savoir choisir, concevoir l'idée de s'épargner un travail tout en voulant parvenir au même but, devenir paresseux quand on a été ci'éé pour être laborieux, est-ce de l'instinct? (Test impossible à admettre. Comment alors se refuser à croire que même de très-petits animaux peuvent être doués 10 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. (Vimo certaine dose d'intelligence? Etudions, étudions notre sujet ; après avoir bien suivi les actes les plus remarquables qui se passent dans ce monde des Animaux aiiiculés, une conclusion inévitable sera rendue manifeste. C'est que des opérations con- sidérables, poursuivies sous l'empire d'un instinct spécial, sont impossibles saus l'intervention de rintelligence. Les ])liéu(imèues de la vie des Insectes et des Arachnides sont l'indice d organisations très-complexes et très-parfaites. Si les formes des parties extérieures, et surtout des appendices des Ani- maux articidés, ne peuvent manquer de solliciter l'attention d'un observateur, même assez superficiel, l'organisation intérieure de ces créatiu'es, souvent d'une taille fort minime, est bien faite pour exalter l'imagination d'un scrutateur de la nature. Tous ces appareils d'une si étoimantc couqjlication : système musculaire, système nerveux, appareil digestif, appareil resj)iratoire, appa- reil circulatoire, organes de la génération, fonctionnant dans un corps de quelques millimètres de longueur, et même dans des corps que nos yeux ont peine à apercevoir, semblent parfaite- ment autoriser cette réflexion mille fois répétée, que la nature est surtout admirable dans les infiniment petits. Les Insectes ont à offrir d'autres sujets d'étonnement : leurs sens, par exemple. En présence de ces espèces carnassières' jdeines de ruse, est-il possible de n'être pas émerveillé en voyant avec quelle sûreté elles s'élancent sur leur proie, en remarquant cnaune elles saisissent sans hésitation leur victime au défaut de la cuirasse? N'est-ce pas la preuve d'une vision très-parfaite? Les yeux des Insectes, souvent d'une dimension énorme, ont une structure étrange. Ce sont des appareils d'opti([ue con- struits d ajtrès un principe encore inconnu aux physiciens. Nous avons dans ce fait luie indication à côté de bien d'autres, que 1 élude patiente des animaux est appelée à conduire à des découvertes peut-être susceptibles d'a[)plications de la plus haute inqtortance. LE MONDE DES INSECTES. 11 Naturalistes, nous sommes encore fort en peine pour déclarer où est le siège de certains sens chez les Animaux articulés, et pourtant l'existence de ces sens est évidente. On n'a pas réussi à démontrer en quoi consiste l'organe do l'odorat chez les Insectes, mais on voit chaque jour que heaucoup de ces êtres sont attirés de fort loin par les odeurs. Les mâles de plusieurs espèces arrivent de distances énormes et parfois en foide autour d'une femelle. On ne parvient point à se former une idée de la nature du sens qui les dirige. Il y a ici une faculté si éloignée lus frappante transformation; le l'ai)illon n'existe avec toutes ses remarquables perfections (pi'après avoir vécu sous ime autre forme. L'animal naît à l'état d'embryon. L'embryon, c'est la clicuille. La chenille formée dans l'cenf a déjà les [)rincipaux organes que l'on trouvera LE MONDE DES INSECTES. iZ chez le Lépidoptère parvenu h l'état adulte ; mais ces organes doivent se modifier et se perfectionner, d'autres organes appa- raître à une époque plus avancée du développement. Pendant la première période de son existence, l'Insecte, n'ayant d'antre besoin qu'une alimentation abondante, augmente chaque jour de volume, sans qxi'il se produise aucun changement dans ses formes extérieures. 11 est arx^ivé au terme de sa croissance, et c'est à peine si dans l'organisme interne on commence à apei'ce voir les vestiges de nouvelles parties. L'animal cesse de prendre de la nourriture, se ramasse sur lui- même ; sa peau se fend. La peau de la chenille tombe, et alors se montre un corps presque immobile, où la vie ne se décèle que par de légers mouvements. C'est un corps emmaillotté où se tra- hissent déjà cependant les formes de l'Insecte adulte. C'est un moule où vont se constituer et se solidifier toutes les parties de l'animal. C'est la chrysahde. Le Scarabée, la Cétoine, toutes les espèces du même ordre, naissent également dans un état d'imperfection extrême, pré- sentant des formes qui n'auraient jamais permis, avant l'obser- vation, de soupçonner les formes des adultes. Ce sont encore des larves, et ces Insectes, suivant les types, plus ou moins avancés dans leur développement au sortir de l'œuf, ont parfois une longue existence avant de se transformer comme le Lépidoptère en une nymphe immobile. L'animal, quittant l'enveloppe de cette nymphe après avoir acquis toute la perfection organique, toutes les beautés que la nature a départies à sou espèce, vil l'espace d'un nombre de jours bien limité. L'AbeiUe, la Guêpe, la Mouche, commencent leur existence sous les apparences d'un ver, et subissent des transformations analogues à celles du Lépidoptère et du Coléoptère. La Sauterelle, au contraire, dès sa naissance ressemble à ses parents. Elle en a les formes, les allures, les habitudes ; il ne lui manque que les ailes, ces oi'ganes qui sont, chez toute espèce U LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. d'Insecte, le signe de la condition la plus parfaite qu'elle puisse atteindre. Nous voyons ainsi des Sauterelles sans ailes à côté de Sauterelles ailées; les jeunes oa les larves, et les adultes. Les jeunes changent plusieurs fois de peau pendant la crois- sance. Après une mue qui doit être lavant-dernière, les jeunes Sauterelles se montrent avec des rudiments d'ailes emmaillottés : alors on les dit à l'état de nymphes; mais ces nymphes sont actives comme les larves et les adultes. Ainsi, au sein de ce monde des Insectes, se rencontre, sous tous les rapports, la diversité infinie, avec im plan général dont l'unité est le grand caractère. Dans les mers, les Crustacés n'offrent pas un spectacle moins curieux (pie les Insectes répandus sur les terres. Pour le très- grand nomhre des espèces, des changements successifs marquent les périodes de leur existence ; des métamorphoses nombj-euses les font paraître tour à tour sous les formes les plus diverses et dans des conditions d'existence particulières. La Langouste, animal pesant, organisé surtout pour une marche lente an milieu des rochers, est à une époque de sa vie un animal nageur capable de s'aventurer dans les hautes mers. Le Crabe éprouve une série de transformations avant d'être l'animal que l'on voit courir sur toutes les grèves. Eu considérant le rôle des Insectes dans la nature, on en vient aisément à distinguer ces animaux en espèces nuisibles et en espèces utiles. N'est-il pas dans le sentiment de l'Homme de tout rapporter à lui-même, de penser (pie tout a été créé pour son usage? Si les Mousticpies et (piehpies autres vilains parasites étaient habiles à discuter, peut-être, cependant, décideraient-ils que rilonnne a été créé pour les nourrir de son sang. Mais ce sont là des choses d'un ordre bien élevé pour notre faible intelli- gence, il est [ii'udcnt de ne pas trop chercher à les approfondir. L'Homme ayant incontestablement le droit de se défendre, il est nécessaire (]u il cherche à détruire les bêtes (pii ratta(|U(.'nt; LE MONDE DES INSECTES.' 15 il est juste qu'il s'effovce de ne pas laisseï' manger ses récoltes. Pour atteindre son but, un moyen simple est à sa disposition : le moyen, c'est d'appi^endre à connaître ses ennemis. Les espèces utiles sont celles qui tuent les espèces nuisibles, et surtout les espèces susceptibles de fournir des produits. N'avons- nous pas les Insectes tinctoriaux : le Kermès antique, donnant sa belle coideur cramoisie ; la Cochenille du nouveau monde, dont ou tire la plus riche couleur ; les Cynips, produisant les noix de galle que portent les Chênes de l'Orient, pour nos teintures noires et pour cette encre employée à fixer toutes les pensées bonnes ou mauvaises? De nouvelles investigations feront sans doute connaître un jour d'autres trésors du même genre. La médecine n'a-t-elle pas trouvé un agent précieux dans la Cantharide? et il y a par le monde entier des espèces qui possè- dent les mêmes propriétés que la Cantharide. Les Abeilles fournissent de la cire destinée à confectionne]' des logements pour leurs larves ; elles amassent du miel pour se nourrir et pour alimenter leur postérité ; et n'existe-t-il pas une foule de gens persuadés que les Abeilles amassent du miel et fabinquent de la cire pour le bien de l'humanité? Des Chenilles, après avoir pris leur entier accroissement, se mettent à filer, et de leur fil à construire un cocon. Le cocon dans lequel s'enferme la Chenille sur le point de subir sa trans- formation, dans lequel va reposer la chrysalide, c'est l'abri destiné à protéger la chrysalide, l'être incapable de se dérober ou de se défendre contre les dangers extérieurs. Le fil dont est formé le cocon peut être une substance précieuse : le fil du cocon de cette Chenille qu'on appelle communément le Ver à soie est, croyons-nous, la pbis belle matière textile qui soit au monde. Ainsi, une Chenille est devenue chez les nations civilisées la source d'un luxe prodigieux, la source d'immenses richesses. Des produits analogues d'une valeur inférieure, obtenus dans [)lùsieurs parties du monde, et surtout en Asie, tendent à i)éué- 16 LES TSIKTAMOniMlUSES DES INSECTES. trer en Europe ; ils pourront encore accroître les richesses et étendre le luxe. Aux yeux d'une infinité de personnes, les animaux vraiment utiles sont les animaux comestibles. Or, les Crustacés : Homards, Langoustes, Ecrevisses, Crevettes, Crabes, etc., ne font-ils pas une excellente figure sur nos tables, et ne sont-ils pas une res- source importante pour les habitants des côtes ! A la vérité, dans notre Europe, tous les Insectes sans excep- tion sont dédaignés comme aliment, sans doute à tort. Les Romains faisaient leurs délices d'une larve qu'ils nommaient le Cossus; les Ilovas de Madagascar, les Chinois, d'autres peuples encore, mangent des chrysahdes de Ver à soie. En cela, ils font preuve, suivant toute probabilité, d'un goût plus rafflné que nous ne le supposons. L'Europe a beaucoup emprunté à la Chine; elle agirait peut-être avec sagesse en lui empruntant un usage dont on ne saurait plaisanter, avant d'avoir, comme il convient, formé son opinion par l'expérience. A Mexico, on recueille dans le lac les œufs de cei^tains Insectes aquatiques, et, quand ces œufs ont été réduits en une sorte de farine, on en confectionne des pains qui se vendent journellement sur les marchés de la ville. En Afrique, en Asie, en Australie, si les Sauterelles voya- geuses causent souvent la dévastation, les peuples savent y trouver quelque dédommagement : ils mangent ces Insectes que leurs téguments coriaces rendent peu attrayants pour la table. Les allâmes ne songent pas aux mets délicats. II LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. Les connaissances acquises sur les raœurs, les instincts, l'organisation, le développement des Insectes, des Myriapodes, des Arachnides, des Crustacés, ne remontent pas à une époque bien ancienne. Les plus importantes d'entre elles sont tout à fait modernes. Dans l'antiquité, les métamorphoses des Lépidoptères, l'in- dustrie des Abeilles, les habitudes de quelques autres espèces, avaient frappé les yeux et même l'imagination d'un petit nomlire de contemplateurs de la nature. Ce fut tout. L'étude vraie, la recherche sérieuse, commencent avec le xvii" siècle. D'ailleurs, aux yeux des anciens, la transformation de lu chenille en Papillon, c'était le changement réel d'un être en un autre être. Dans leur esprit, c'était une véritable métamor- phose dans le sens des exemples que donne la Fable. 2 18 LES MÉTAMORPHOSES DES hNSECTES. Aristote avait saisi le caractère extérieur le plus remarquable des Articulés : — un corps divisé par des incisions, ou, pour parler plus exactement, un corps foi'mé d'une suite d'anneaux. Par le nom appliqué à ces animaux, il avait exprimé le carac- tère. L'appellation hellénique a été littéralement traduite chez les Romains par le mot Insecla. Le grand naturaliste de l'antiquité connaissait fort peu de chose de l'organisation des Insectes : il croyait ces animaux privés de sang; il ne savait à peu près rien de leur mode de reproduction. Cet état d'ignorance, qui persista fort tard, n'emJjarrassait guère les premiers contemplateurs de la nature. Dès l'instant qu'ils ne réussissaient pas à se rendre compte de rap[)arition d'une espèce, ils déclaraient que tous les individus de cette espèce s'étaient engendrés de la matière en décomposi- tion, de la chair corrompue, du limon, etc. Ce procédé simple pour se tirer dune difficulté, pour paraître instruit d'un sujet sur lequel on ne possède aucune notion , a été à toutes les' époques fort goûté de certains auteurs. Les adeptes des sciences naturelles, et surtout quelques anato- mistes, furent les premiers à j-econnaître que l'on avait suffisam- ment disserté sur les œuvres des anciens, et qu'il fallait désor- mais chercher à s'instruire par l'étude de la nature. Leur influence dans le mouvement intellectuel qui caractérise l'époque de la renaissance a été immense. Bien avant les philosophes, les naturalistes signalèrent la nécessité de l'observation directe, l'utilité de l'expérience, et en montrèrent aussitôt les lieureux résultats. C'est en réduisant en préceptes philosophiques leurs idées déjà mises en pratique avec succès, que François Bacon s'est acquis sa plus grande gloire et a le mieux servi la cause du progrès de l'esprit humain. La recherche était désormais la seule voie indiquée à tous ceux cpii avaient l'ambition d'apporter de nouvelles lumières. En lôiil, une association était fondée à Florence pour le pro- LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 19 grès des sciences, c'était l'Académie de l'expéi'ience (Âccademia delCimeiito). Le désir de tout voir, de tout observer, produisit des naturalistes habiles et ingénieux. L'amour de la recherche, la passion de rexpérience, amenèrent de brillantes découvertes dans le domaine de la nature animée. Les investigateurs étaient récompensés de leurs efforts par d'immenses révélations. Les succès, faciles dans un temps où les ténèbres se dégageaient à peine, devaient remplir leur âme d'enthousiasme pour l'étude, d'une admiration sans bornes pour les merveilles de la vie des êtres. Aucun sujet n'était capable d'exciter de plus sérieuses préoc- cupations que le mode de naissance et de propagation de tous ces animaux inférieurs, sur lequel les idées les plus éloignées de la vérité et de la raison étaient restées en crédit depuis l'anti- quité. Aussi, de ce côté, les expériences furent poussées avec une extrême résolution. On vit l'illustre Harvey, immortalisé par la découverte de la circulation du sang, s'adonner à de longues études sur la l'eproduction des Insectes, et être conduit, par ses laborieuses recherches sur le mode de propagation des Animaux, à se former cette conviction si éloignée des opinions régnantes, que tout ce qui vit provient d'un œuf : Omne vivutn ex ovo. Harvey, qui naquit à Follîstone le 2 avril lo78, et mourut à Londres le 3 juin 1658, avait gagné auprès des professeui's de l'ItaUe, Fabrizio d'Acquapendente, Casserio et quelques autres, cet esprit d'investigation qui l'a conduit à de si beaux résultats. Il démontra la présence du sang chez les animaux que les anciens regardaient comme privés de ce fluide. Tout porte à croule que ses observations spéciales sur les Insectes étaient importantes. L'ouvrage ne nous est point parvenu. La maison du médecin de Charles I" fut incendiée dans un jour de tourmente révolu- tionnaire , les manuscrits du savant furent détruits : la populace n'a jamais respecté le génie. 20 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. L'expérimentateur ([ui, l'un des premiers, mit en pleine lumière le mode de reproduction de divers Insectes , est ce célèbre médecin d'Arezzo qui naquit en 1626 et mourut en 1698, Francesco Redi. L'amour de l'étude et l'amour du vrai, qui toujours se confondent, animaient l'esprit de cet illustre membre de l'Académie de la Crusca. Redi a laissé un livre contenant le récit de ses expériences relatives à la génération des Insectes. Le livre, accompagné de planches d'une belle exécution, parut à Florence en 1668. Un proverbe emprunté aux Arabes, placé en épigraphe, exprime le sentiment de l'au- teur : « Celui qui fait des expériences accroît le savoir ; celui V qui est crédule augmente l'erreur «, dit ce proverbe. Parmi les résultats des expériences du médecin d'Arezzo, ceux qui ont été cités le plus souvent, sont relatifs à la naissance des Mouches dont les larves se repaissent de la chair corrompue. N'était-ce pas pour les crédules, gens foii dédaigneux de l'observation patiente , une preuve manifeste de génération spontanée , que la présence des vers sur les viandes , sur les cadavres d'animaux? Ces vers pouvaient-ils provenir d'ail- leurs que de la substance même sur laquelle on les trouvait? Redi s'assura que la chair en putréfaction, toujours envahie par des vers pendant la saison chaude si elle est exposée à l'air, est constamment à l'abri de toute atteinte de ces animaux si elle est conservée dans des vases clos. 11 vit les vers de la viande, ayant pris leur croissance entière, se changer en pupes, d'où sortaient de grosses mouches bleues, vertes, noires à rayures blanches, et il vit de ces mêmes mouches déposer leurs œufs sur la viande, et de ces œufs naître des vers, ou, pour parler exactement, des larves absohiment semblables aux premières. Ainsi fut démontrée assez facilement l'origine de ces animaux, dont les apparitions constantes sendjlaient être sans ex[)licalion possible. Un contemporain, un conqiatriote de Redi s'est signalé dans LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 21 le même temps par une étude importante d'un autre genre. Marcello Malpiglii, docteur de l'université de Padoue, né à Crevalcuore, entre Bologne et Modène, le 10 mars 1628, profes- seur de médecine tour à tour à Bologne, à Pise, à Messine, puis médecin du pape Clément XII, mort à Rome le 29 novembre 1 694, est l'auteur d'un travail bien connu sur le Bombyx du Miirier, qui fut publié à Londres en 1669. Le premier, Malpighi voxilut connaître l'organisation d'un Insecte sous ses états de larve et d'adulte. En Italie, le Ver à soie, en grande estime pour les biens qu'il procurait au pays, devait être choisi de préférence à toute autre espèce. Malpighi décrivit et représenta les différents appareils orga- niques de la Chenille et du Papillon. Il reconnut la disposition des principaux centres nerveux, les particularités essentielles de l'appareil alimentaire, les formes des organes de la reproduc- tion; il fit la découverte de l'appareil respiratoire, si caractéris- tique chez les Insectes, et du cœur, habituellement désigné sous le nom de vaisseau dorsal. D'un seul coup la science avait fait un grand pas. A cette époque, où des naturalistes de l'Italie acquéraient dans l'Europe savante une juste renommée, la Hollande avait d'infa- tigables investigateurs qui devaient également arriver à une haute célébx'ité. Tout le monde a entendu parler du premier micrographe, Antoine de Leuwenhoeck, dont la caiTière fut longue ; car, né le 4 octobre 1632, il vécut jusqu'au 6 août de l'année 1723. Leuwenhoeck avait compris que de nombreuses découvertes étaient réservées à l'observateur qui pourrait étudier les objets à l'aide de grossissements considérables. Il imagina les micros- copes simples, consistant en de petites lentilles ou de petits glo- bules de verre enchâssés dans des platines d'argent munies d'une aiguille servant de porte-objet. Le naturaliste s'était fait con- structeur d'instruments, et il sut tirer bon parti de son talent 22 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. manuel. Leuwenhoeck, incessamment préoccupé de l'idée de constater des faits, ne songea guère aux déductions que l'on pou- vait en tirer. On se figure, en effet, les impressions de l'homme de recherche, voyant pour la première fois, dans tous les corps soumis à son microscope, des êtres ou des choses dont personne n'a encore soupçonné l'existence; le désir de porter partout son précieux instrument doit s'emparer exclusivement de son esprit. Chaque observation procurait une découverte, une révé- lation, une conquête. Leuwenhoeck examine du sang, il découvre les globules; le produit des organes mâles, il voit les corpuscules fécondateurs; une goutte d'eau, il en reconnaît les habitants ; les êtres qualifiés d'Infusoires, tout un monde. Il étudie sous le microscope les os, les dents, les muscles, le foie, la rate, etc., et il constate les traits les plus frappants de la structure intime de ces parties. Mais on était à une époque où le mode de propa- gation de divers animaux était beaucoup en discussion ; Leu- wenhoeck ne manqua point de fournir sa part d'observations sur un sujet de cette importance. On ne pouvait expliquer, ni les apparitions presque soudaines, ni la prodigieuse multiplication des plus affreux parasites de l'Homme; le savant Hollandais se chargea de l'explication : il avait eu l'épouvantable courage de faire l'expérience sur son propre corps. Il est un compatriote de Leuwenhoeck qui conservera toujours une grande place dans l'histoire des sciences zoologiques, Jean Swammerdam, le plus habile investigateur de l'organisation el des métamorphoses des Insectes au xvu' siècle. En Swammerdam apparaissent un amour de la vérité, un talent d'observation, un esprit de recherche que l'on doit estimer d'un ordre bien élevé, quand on s'arrête par la pensée à l'état des connaissances scien- tifiques au temps où vivait ce naturaliste. Swammerdam, né en 1037, commence sa carrière par la médecine. Des études sur l'Homme et les Mammifères ne l'ayant pas conduit à des résultais h'ion nouveaux, il songe qii'il existe une classe d'ani- LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 23 maux dont l'organisation est encore presque inconnue. Les Insectes s'offrent à ses yeux comme un champ de découvertes ayant pour lui l'immensité. Les métamorphoses et l'organisa- tion intérieure des Insectes l'occupent désormais d'une manière toute spéciale. En 1669 il met au jour une Histoire générale de ces animaux. Le but principal de l'aiiteur est de montrer par des expériences combien sont fausses les idées reçues relative- ment aux transformations des Insectes. On en était encore aux opinions des anciens. L'expérimentateur, afin de s'assurer si les parties de la Chenille et du Papillon n'étaient pas parfaitement les mêmes, avait coupé une ou plusieurs pattes sur des Chenilles : les Papillons étaient nés avec autant de pattes qu'on en avait coupé sur les Chenilles. Ainsi, plus de doute sur un point essentiel : l'Insecte, Chenille et Papillon, était un individu à différentes époques de son existence. A la vérité, tout n'était pas éclairci par cette démonstration. L'auteur, avec ses contemporains, croyait que toutes les parties de l'adulte existent déjà en petit chez le jeune. Si les formes, pendant le jeune âge, étaient autres ({ue chez l'adulte, c'était un masque, larva. Une première vérité était dévoilée ; la vérité entière ne devait apparaître qu'à une époque encore bien éloignée. En 1675, Swammerdam publie une liistoire de l'Ephémère. L'ingénieux naturaliste avait compris l'extrême intérêt attaché à l'étude d'une espèce aux différentes phases de son existence. Il sut montrer les changements les plus notables qui s'opèi'cut pen- dant les transformations d'un Insecte des plus remarquables par la diversité de ses conditions biologiques sous les états de larve et d'adulte. Swammerdam, toujours ardent pour les recherches, continua à poursuivre de magnifiques travaux qui n'ont échappé à la destruction que par une sorte de miracle. Après avoir, comme Malpighi, reconnu l'existence du cœur chez les Insectes et les ■2U LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. traits les phis frappants de cet organe; après avoir constaté les caractères généraux des principaux systèmes organiques ; ayant exécuté de nombreux dessins et rédigé un vaste ouvrage, véritable monument scientifique, il tomba dans le dénùment. L'esprit de cet homme malheureux, pendant des années en perpétuelle extase devant les merveilles de la création qu'il savait si bien découvrir, se troubla. En 1080, à peine âgé de (piarante-trois ans, Swammerdam mourut dans l'isolement et presque ignoré. Cinquante ans plus tard, Boerhaave, ce médecin parvenu à une des plus hautes renommées et arrivé à une immense fortune, achetait les manuscrits et les dessins de Swammerdam , et bientôt après (1737), il publiait à ses frais le vaste ouvrage que l'autetir avait vouhi appeler le Livre de la nature : Biblia naturœ. Boerhaave assura ainsi à sou pays une de ses gloires les plus nobles. Les espèces indigènes avaient été le sujet de toutes les études des auteurs dont nous venons de rappeler les principaux titres. ^'oir les transformations des belles et grandes espèces de l'Amé- rique du Sud pouvait être une véritable tentation. Cette tcnita- tiou s'empara de 1 esprit d'une femme. Marie Sibylle de Mérian, née à Francfort le \2 avril 1(547, mariée en 1067 à un graveur de Nui-endjcrg du nom de GrafT, s'était passi((nnée dès sa jeunesse pour l'histoire naturelle, et en particulier jMiur luljservation des métamorphoses des Insectes. Si'parée de son mari et établie en Hollande, ce pays où la zoologie était cultivée au xvn' siècle avec tant de succès. Sibylle de Mérian rêva d'aller peindre les chenilles des brillants Lépi- doptères et les lai-ves des grands Coléoptères de Surinam. Le jirojet fut bientôt réalisé. Accompagnée de ses deux fiUes, elle j.ariit pour Sui'iiiam en 1690, et y fit un séjour de trois années. Le ]iro«liiit de le voyage a été un beau li\Te publié en non, et intitulé : « La métamorphose des Insectes de LA SCIENCE AUX PUISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 25 » Surinam ; ouvraf^e où les chenilles et les vers de Surinam » sont dessinés et décrits dans toutes leurs transformations, » d'après le vivant et représentés avec les plantes sur les(pielles » ils ont été trouvés. » Sibylle de Mérian mourut à Amsterdam, le 13 janvier 1717. Son ouvrage, qui eut de nombreux admirateurs, peut encore être consulté de nos jours avec quebpie profit. Des connaissances déjà importantes sur le mode de reproduc- tion et sur l'organisation des Insectes étaient acquises. Sur les mœurs, les instincts, les métamorphoses de la plupart de ces animaux, on n'avait encore que des notions peu étendues. Mais, en 1G83, naissait à la Rochelle un homme qui devait contrilmer d'une manière éclatante au progrès de l'histoire des Insectes. Cet homme était Ferchault de Réaumur, l'auteur d'une foule de travaux sur les sujets les plus variés. En 1703, à l'âge de vingt ans, Réaumur vient à Paris, où l)ient(jt, par l'intermédiaire de son parent, le président llé- nault, il est mis en relation avec les principaux savants de l'époque. Des études mathématiques occupent d'abord le jeune homme, et la publication de quelques mémoires de géométrie lui ouvre dès 1708 les portes de l'Académie des sciences. Pres- que aussitôt Réaumur abandonne les mathématiques et semble tout particulièrement attiré vers l'histoire naturelle. Il se livre à des recherches sur l'accroissement des coquillages , sur la soie des Araignées, sur les mouvements des Mollusques et des Zoo- phytes, sur la formation des perles, etc. Il entreprend des expé- riences sur la digestion, qui jettent d'assez vives lumières à l'égard de cette fonction, pour faire regretter que l'auteur n'ait pas eu l'inspiration qui, plus tard, devait tant illustrer le nom de Spallanzani. Au commencement du xvnf siècle, l'idée des applications de la science a lindustrie électrisait les investigateurs. Réaumur fut conduit ainsi à s'occuper de l'art du cordier, de l'art du 26 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. tireur d'or, de la suspension des voilures, à publier un traité sur l'art de convertir le fer en acier, après avoir découvert des procédés de fabrication dont la valeur a été longtemps mécon- nue'. 11 fit ensuite un mémoire sur la porcelaine, et il donna un moyen pour faire du verre blanc. En 1731, il avait imaginé la graduation du thermomètre qui, plus que ses magnifiques travaux scientifiques, a rendu son nom populaire. Cependant ce chercheur infatigable, stimulé par des sujets de tous les genres, s'était épris de l'étude des métamorphoses, des instincts, des mœurs des Insectes. Après avoir inséré quel- ques mémoires particuliers dans le Recueil de l' Académie des sciences, il pensa que ses nombreuses observations sur les In- sectes, réunies en un corps d'ouvrage, se montreraient dans leur jour le plus favorable. Six volumes, publiés de l'année 1734 à l'année 1742, composèrent ainsi la vaste publication portant le titre modeste de Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes. L'auteur avait plus de cinquante ans lorsqu'il commença cette publication, bien faite pour rendre son nom impérissable. Il avait étudié dans le silence, jusqu'au moment où il eut amassé un énorme ensemble de faits intéressants. Uéaumur, déjà riche de sa gloire acquise par d'autres travaux, favorisé d'une situa- tion indépendante, n'était sollicité par aucune considération à produire ses brillantes recherches sur les Insectes avant l'heure qu'il avait fixée lui-même. De nombreuses relations lui pi-ocuraient une quantité d'objets d'f'tudes, et h> naturaliste avait disposé dans son cal)inet des boîtes grillées, des cloches, de petites volières, où il pouvait épier aisément les manœuvi'es et les transformations d'une foule ' 11 est inconfcvabk' comment cet habile métallurgiste (Réaumur) a su découvrir » el développer la théorie de l'acier, et l'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, a ou de la sagacité et de la rectitude d'esprit de l'illustre savant, ou de la stupidité » des fabricants d'acier qui sont restés si longtemps sans le comprendre. » ( l>an- drin fils, Traité de l'acier, 1859, page 80.) LA SCIKNCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 27 d'Insectes. Passant une partie de l'année à Conflans, dans le voisinage de Paris, à nne époque où les environs de la capitale pouvaient encore être appelés la campagne, il était dans les conditions les plus lien reuses pour observer nos espèces indi- gènes. Les mémoires de Réaumur ont bien puissamment contribué aux progrès de l'histoire naturelle. On y reconnaît partout la profonde sagacité et la patience inébranlable de l'observatenr. Jamais les moindres détails n'avaient été aussi scrupuleusement examinés. Le nombre immense de faits recueillis par un seul homme étonne, et l'étonnement se change en admiration pour l'auteur, quand on s'est rendu compte de la fidélité avec laquelle ils sont exposés. Ici tout est vrai, et l'intérêt du récit est si grand, qu'on croirait pouvoir en faire honneur à l'imagination, si l'on ne savait l'imagination humaine incapable d'atteindre aux merveilleuses réalités de la natui-e. Aux yeux de tous ceux qui se sont voués à l'étude, l'ou- vrage de Réaumur est un chef-d'œuvre, et l'on se demande- rait comment ce chef-d'œuvre, où tant de pages sont consa- crées à la narration des phénomènes les plus curieux de la vie des animaux, n'est pas connu de tout le monde; comment de telles pages n'ont pas acquis la popularité des descriptions de Bufïon, si l'explication n'était facile. La forme brillante, l'élé- vation, l'élégance, qui font admirer le style de Buffon, ne se rencontrent pas dans les écrits de Réaumur. Dominé par le désir de tout rapporter avec une extrême exactitude et de n'omettre aucun détail, l'auteur des Mémoires sur les Insectes est lent dans son récit, et cette lenteur ne fait pas toujours rayonner la clarté. Réaumur n'était pas remarquablement pénétré des avantages de la méthode : les espèces dont il raconte l'histoire avec une entière fidélité ne sont presque jamais désignées d'une manière précise ; les différentes parties du coi'ps des êtres dont il parle sont signalées par des descriptions quelquefois assez obscures. 28 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. La ri8H(?ur et la simplicité des termes scientifiques n'étaient pas de son temps. Si les Mémoires sur les Insectes n'eurent pas ce vaste reten- tissement qu'on nomme la popularité, ils reçurent l'accueil qu'ils méritaient de la part des hommes éclairés; ils excitèrent chez quelques-uns l'admiration et une sorte d'enthousiasme pour les rechei'ches sur les animaux qui otTrcnt le spectacle des instincts les plus curieux. Ainsi, Charles de Geer, maréchal de la cour de la reine de Suède, conçoit l'ambition d'être le conti- nuateur de Réaumur, et il donne une longiu.' suite de mémoires auxquels une grande estime est accordée. Ces mémoires, publiés de \ltj2 à 1778, ne forment pas moins de sept volumes accompagnés de planches. Le baron de Geer, né le 10 février 1720, nioii le 8 mars 1778, écrivant à une époque où lalangue française était souvent employée par les savants étrangers, adopta i>our l'exposition de ses recherches la forme et le plan de l'ouvrage de notre illustre compatriote. A son début, il salue en ces termes celui qui a été son guide : « Je ne saurais me dispenser de dire cjue personne » n'a égalé, dans la science des Insectes, l'illustre M. de Réau- » mur, (pu fait l'admiration de toute l'Europe savante, et » qu'un auteur (M. Bonnet) a nommé, ajuste titre, l'ornement » de la France et de son siècle. » De Geer était venu glaner à la suite d'un investigateur d'inie habileté consommée; ses mé- moires ne pouvaient avoir la plupart un intérêt aussi considé- rable que ceux de son prédécesseur. 11 eut le mérite cependant d'apprendre encore un grand nombre de faits sur les métamor- phoses et les mœurs des Insectes, de nonuner et de décrire plus exactement que Réaumur les espèces qui avaient été l'objet de ses recherches. Au milieu du xviii' siècle, un service éclatant et d'un tout nou- veau genre fut rendu à la science. Pierre l^yonnet, né à Maes- tricht le 2[ juillet 1706, secrétaire interprète des États généraux LA SCIENCE AUX PUISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 29 de Hollande, mort le 7 jaiiviei" 1780, s'était épris, comme de Geer, des travaux de Réaumur. 11 s'adonna à la poursuite d'observations sur les mœurs et les métamorphoses des Insectes. Mais, après la joie d'avoir constaté des détails encore ignorés, Lyonnet eut la déception de se voir devancé par d'autres, et sur- tout par de Geer. 11 pi'it alors en dégoût les recherches qu'il avait commencées, et conçut l'idée de faire, dans le silence, un travail que nul sans doute ne songerait à entreprendre , que nul surtout , bien probablement , ne réussirait à exécuter, s'il y avait songé. Convaincu par ses premières études que l'or- ganisation des Insectes présentait nue richesse, une complication dont personne n'avait même le soupçon, il se mit à l'œuvre avec la ferme volonté d'eu offrir une magnifique démonstration. Lyonnet a pris soin de nous informer du motif qui avait stimulé son ardeur, car, dit-il, « me serais-je imaginé qu'un mouve- » mont aussi ignoble que celui du dépit eût pu produire cette » espèce de i-ésolution, et me faire entreprendre et finir un » ouvrage aussi pénible que celui-ci. C'est pourtant ce qui est » arrivé. » L'étude de la Chenille du Saule par Lyonnet a été appelée par Cuvier « le chef-d'œuvre de l'anatomie et de la gravure ». Lyonnet a travaillé avec l'unique ambition de faire connaître l'organisation d'un Insecte jusque dans ses moindres détails. Les parties extérieures, les muscles, les nerfs, les trachées, l'ap- pareil digestif, ont été étudiés avec le soin le plus scrupuleux et toute l'habileté imaginable. Nous sommes loin ici de l'ébauche que IMalpighi a donnée de l'anatomie du Ver à soie. C était luie grande chose pour le progrès de la zoologie, de montrer qu'un Insecte, une Chenille, un animal l'éputé infé- rieur, possédait une organisation extrêmement complexe. Un semblable travail portant sur une seule espèce, et sur un seul état de cette espèce, ne pouvait alors, en l'absence de termes de comparaison, conduire à des aperçus généraux. 30 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Toutes les parties de la Chenille du Saule ont été iioii-seuie- ment décrites, mais encore l'eprésentées avec une étonnante perfection. 11 est impossible d'être un véritable anatomiste sans avoir acquis quelque habileté dans l'art du dessin. Lyonnet avait cette habileté, et il jugea indispensable d'acquérir un talent d'un autre genre. 11 a gravé lui-même les planches magni- fiques qui accompagnent son ouvrage. Pendant plusieurs an- nées il s'était livré à des essais qu'il connnuniquait à divers savants, afin d'avoir leur opinion sur son talent dans l'art de la gravure. C'est après ce pénible apprentissage qu'il exécuta les planches cpii n'ont cessé de faire l'admiration des savants et des artistes. ' Charles Bonnet, de Genève, philosoi)he et naturaliste, né en 1720, mort en 179.3, occupe aussi une place dans l'histoire du mouvement. scientiGque du xvnf siècle. On lui doit des expériences sur la respiration des Chenilles, sur les appendices de ces insectes, et les recherclies plus impoiiantes sur le mode de reproduction des Pucerons. Ces recherches, auxquelles Bonnet doit en grande partie la célébrité de son nom, ont appris l'iui des faits les plus singuliers relatifs à la propagation des êtres. Mais il est encore un observateur que l'on ne saurait oublier : François Huber, de Genève, comme Charles Bonnet, né le 2 juillet 1750, mort le 22 décembre 1831, le célèbre historien des Al^eiUes. Celui-ci a eu le mérite de constater la plupart des faits remarquables de la vie de l'Abeille, l'insecte intéressant parmi les plus intéressants, mais aussi le plus difficile à observer. Huber a les sympathies entières de ceux qui connaissent son œuvre et son infortune. 11 était aveugle depuis sa jeunesse, et une telle affliction ne l'a pas empêché de se consacrer avec un incomparable succès à l'étude d'un sujet demeuré obscur pour les yeux des plus clairvoyants. 11 avait trouvé ce qui lui mauipiait dans la personne d'un domestique dévoué, devenu bientôt un intelligent collaborateur. Huber, possédant un esprit LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 31 d'investigation peu commun , d'ingénieuses idées pour l'expé- rience et les yeux d'aiitrui, a réussi à composer la plus fidèle histoire de ces curieuses sociétés de l'Insecte qui produit le miel et la cire. Son ouvrage (1792) est encore aujourd'hui le livre de tous ceux qui s'occupent des Abeilles. Le iils de l'auteur des Nouvelles observations sur les Abeilles, Pierre Iluber, a continué l'œuvre de son père, et à son tour il s'est placé au rang des plus patients et des plus habiles obser- vateurs, par des études sur les mœurs des Bourdons, et des Fourmis. Lorsque l'on songe au nombre prodigieux des Animaux arti- culés : Insectes, Arachnides, Crustacés, répandus sur notre globe, on imagine à peine qu'on puisse arriver à la connaissance de tant d animaux. L'étude d un pareil monde semble devoir effrayer l'esprit le plus ferme et le plus entreprenant. Long- temps on ne crut guère à la possibilité de connaître exactement dans leurs cai'actères, dans leurs habitudes, dans leurs méta- morphoses, dans leur organisation, tous ces êtres, ayant pour la plupart des dimensions fort exiguës. Aujourd'hui cependant on est bien avancé à cet égard, et la difficulté d'acquérir des notions très-précises sur ce monde est devenue moins considérable qu'on ne pourrait le supposer au premier abord. Pour parvenir à un aussi beau résultat, la coopération d'une foule d'hommes d'aptitudes diverses a été nécessaire ; le labeur a dû être immense ; le talent de l'ordre le plus élevé a dû souvent se manifester. Rien de cela n'a manqué. La science s'est con- stituée; les comparaisons ont conduit à de justes appréciations; les généralisations alors ont été possibles : la méthode a été créée. La méthode imaginée dans le but de bien conduire sa raison, suivant la belle expression de Descartes, en permettant de classer heureusement les faits, de grouper les idées, de distin- guer ce qui est général de ce qui est particulier, a fourni le 32 LES MKTAMilHl'llUSES DES INSECTES. moyen de rendre simple et attrayante l'étude d'un sujet dont l'étendue est sans limites. Eu histoire naturelle, s'agit-il d'ordre, de méthode, de classi- fication, le nom de Linné se présente aussitôt, rayonnant d un éclat que le temps ne saurait diminuer. Un naturaliste de l'Angleterre, Jean Ray, avait compris la nécessité de distribuer les animaux d'une manière méthodique ; mais Linné, le premier, a disposé par classes, ordres et genres, le Règne animal aussi bien que le Règne végétal. Dans la pensée du célèbre naturaliste suédois, la classification avait pour unique but de conduire aisément à la détermination de chaque espèce. Le caractère le plus apparent, commun à un groupe d'espèces, devait être choisi sans préoccupation de la recherche de carac- tères pouvant avoir plus d'importance. Linné, classant les végé- taux d'après le nombre des étamines, sans s'inquiéter si la conformité dans le nombre de ces organes n'amenait pas le rapprochement de plantes fort diff'érentes sous tous les autres rapports, si la diversité du nombre des étamines ne se rencon- trait point chez des plantes très-voisines les unes des autres par l'ensemble de leur structure, avait réalisé son idéal. Les classifications de ce genre ont reçu le nom de systèmes ou de méthodes artificielles ; mais l'auteur du Syslevia iiaUirœ, n'ayant pas renconti'é chez les animaux un caractère sinqjle pour grouper les espèces, il fut souvent conduit, par la force des choses, à les classer selon leur degré de ressemblance, et à se rappi'ocher ainsi de ce que l'on devait appeler bientôt la méthode naturelle. Linné a dressé l'inventaire de la nature dans les limites où les, Geoffroy Saint-llilaire et de Savigny. Le partage des attrihu- tions fut bientôt réglé entre les deux jeunes savants : c'était le partage de la nature elle-même. Le premier eut à s'occuper des Vertébrés, le second des Invertébrés. ' Tableau i-lcinciilairf du Rèijnc animal, l"y3, ut lU'ync aiihnal, l^Odil., 1817 ; '2' édit., 1828 I80O. LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. 35 Lorsque l'empereur Napoléon, qui recherchait pour son pays tous les genres de gloire, conçut la pensée de faire de la relation des travaux exécutés sur la terre d'Egypte un ouvrage d'une magnificence jusqu'alors inconnue, de Savigny observa toutes les parties extérieures des Animaux articulés avec ini soin minu- tieux que nul encore n'avait apporté dans de semblables études. Les représentations qu'il a données des plus petits détails sont de véritables chefs-d'œuvre. 11 est impossible, en contemplant ces images si fidèles, de ne pas se trouver pénétré d'admiration pour le talent de l'observateur, de ne pas être saisi d'un sentiment de respect pour l'auteur, dont la conscience ne s'al^andomie jamais à la moindre défaillance dans des recherches difficiles, dont personne de son temps peut-être ne comprendra tout le prix. Si nous avions ici à démontrer que le naturaliste n'arrive à des généralisations vraies, ne s'élève à des vues d'ensemble d'une portée réelle qu'après l'étude et la comparaison de tous les détails, de Savigny devrait être cité en exemple. Le savant, en effet, que nous avons vu animé de la volonté inébranlable de tout l'cproduire avec une scrupuleuse exactitude, se trouva bientôt frappé d'un grand fait général. Les Insectes, les Crustacés se montrèrent à son esprit comme des animaux toujours con- struits sur le même plan et pourvus absolument des mêmes appendices. Tel Insecte, disait-on, a des mandibules et des mâchoires, tel autre a une trompe, tel autre a un suçoir, etc. De Savigny, comparant les pièces dans leiu^s rapports entre elles, dans leurs connexions, suivant le langage de la science, recomiut dans la ])0uche de tous les Insectes des appendices en pareil nombre, con- servant les mêmes rapports, quelle que soit la diversité de leurs formes et de leurs usages. Les changements qui s'opèrent dans la constitution d'un Lépidoptère passant de l'état de chenille à l'état de Papillon fournirent à l'auteur une nouvelle preuve de l'adaptation d'organes semblables aux conditions biologiques des 36 LES MÉTAMORPHOSAS DES INSECTES. iiiiiiiiaux. La bouche des Crustacés présentant dordiiiaire dans sa composition un nombre de pièces plus considéi'able que celle des Insectes, cette circonstance le conduisit à recomiaître que des pattes peuvent être converties en mâchoires, et que les appen- dices de tous les Animaux articulés sont absolument de la même nature. Les deux mémoires de Savigny, présentés à la première classe de l'Institut en 1814 et 1815, et publiés en 181(3, sous le titre de : Théorie des organes de la bouche des Animaux inverté- brés el articulés compris par Linné sons le nom d'Insectes, marquent véritablement une épo(|ue. En exposant avec une clarté admirable la réalité entière sur les homologies et les transformations des appendices des Arti- culés, de Savigny a servi puissamment le pi'ogrès de la science ; il a mis en pleine lumière une grande vérité ; il a rendu simple et évident ce qui était rempli d obscurité et d'embarras pour tous les esprits ; il a révélé luie belle page de l'histoire de la création. De Savigny, l'observateur exact et patient, le théoricien bril- lant, le penseur profond, a été de bonne heure bien tristement arrêté dans la carrière qu'il suivait avec tant d'éclat. Atteint d'une atfection des yeux, les vingt-sept dernières années de sa vie se sont écoulées dans une nuit perpétuelle, avec d'horribles souifrances physiques et morales. Marie-Jules-César Le Lorgne de Savigny, membre de l'Institut depuis le 30 juillet 1821, est mort le 5 octobre IS.'il. Les idées qui régnaient au xvn" et au xvin" siècle sur les méta- morjihoses des animaux s'étaient bien modifiées dans l'esprit illons de Java et d'Amboine, ou des Antilles et de l'Amérique du Sud, des énormes Scarabées, des splendides Buprestes, des Araignées géantes des régions tropicales, ne tarda pas à se manifester. Pendant le cours du xvnf siècle, on vit ainsi paraître les recueils très-généraux de Seba, de Sloane, de Petiver, le recueil de Drury, spécial aux Insectes, celui de Pierre Cramer, consacré exclusivement aux Lépidoptères, etc. La zoologie descriptive prit son véritable caractère quand Linné s'appliqua à donner le signalement exact de toutes les espèces qu'il put coiuiaître, et à imposer à ces espèces une nomen- LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. k5 clature fixe et précise. Le chemin était tracé, les collections se multi[»lièrcnt : chaque jour fournissait l'occasion d'observer des animaux que l'on voyait pour la première fois. 11 y eut un grand zèle de la part des collectionneurs poiu' décrire les espèces nou- velles. Un professeur de l'université de Kiel, Jean Christian Fabri- cius, pendant plus de trente amiées (177o-1 808), s'est occupé uniquement de nommer, de décrire et d'enregistrer les Insectes de tous les pays, et les ouvrages de cet auteur sont deA'enus en quelque sorte le point de départ de l'entomologie descriptive. Depuis 1815, les voyages s'étant multipliés dans toutes les parties du monde, beaucoup de ces voyages ayant été effectués dans le seul but de recueillir les objets d'histoire naturelle d'une contrée, les collections des musées de l'Eiu'ope, et même les ct)llections spéciales de certains amateurs, ont pris d'immenses l)r( (portions. 11 n'était plus possible à un homme de faire un nouvel inventaire des représentants connus de la classe des Insectes, ou même des représentants d'ini seul ordre de cette classe ; alors les mis se sont livrés particulièrement à l'étude d'une famille, les autres à l'étude d'un genre. On a eu des mono- graphies descriptives . L'étude des espèces d'une famille est encore un travail long, minutieux. Beaucoup d'amateurs possédant un, deux ou trois Insectes nouvellement obtenus, brûlaient souvent du désir de les faire connaître, de leur donner un nom : des recueils pério- di([ues destinés à recevoir les descriptions et les images des espèces nouvelles furent fondés en Angleterre et en France ; des sociétés se sont constituées dans le but de faciliter la publication de uK'moires descriptifs. Et voici comment il existe par le monde des centaines d'entomologistes qui récoltent, classent, déter- minent, décrivent des Insectes, et seraient presque désolés d'ap- l»rendre quelque chose de l'organisation ou des conditions d'existence de ces êtres qui, placés dans leur collection, sont à leurs yeux autant de joyaux. iG LES MÉTAMOUPHOSES DES INSECTES. * On se tromiK'rait ])eaucoup, du reste, en estimnnt de peu d'im- jxn'tMnce ces collections où chaque espèce est soigneusement éli(pietée et iilacéc à côté des espèces qui lui ressemblent le plus; on se tromperait encore en n'attachant pas une valeur sérieuse à ces ouvrages, mémoii'es, notices, consacrés à de pures descrip- tions. Ces collections et ces publications nombreuses nous ont conduit il connaître les animaux qui peuplent le monde, et à pou- voir désigner ces animaux d'une manière précise. Aujovu-dhui on est fort avancé à cet égard. Les explorations lointaines nous fournissent chaque année des espèces nouvelles, mais il est bien rare (jue ces espèces n'ai)partiennent pas à des foi'mes déjà par- faitement connues. Le besoin de déterminer exactement les êtres que l'on étudie dans les manifestations de leur existence est de première néces- sité. Des observations de Réaumur et de quehpies autres natu- ralistes ont i>erdu une grande partie de leur intérêt, jtar suite de la façon vague dont les espèces ont été désignées. Une connais- sance rigoureuse des groupes zoologiqucs et des })lus légères modifications dans les formes extérieures des animaux donne à lanatomiste et au physiologiste les idées de conqiaraison sans lesquelles toute généralisation est impossible. Ce sera léternel honneiu' de Georges Cuvier d'avoir montré cpie le véritable zoologiste, dans l'étude des animaux, ne saurait parfaitement conqtren(h'e son sujet, s il vient à se désintéresser de 1 étude de certaines parties. III LES CARACTÈRES DES ANIMAUX ARTICULÉS. Une (Irtiiiition prôcise des sujets (jui smit à traiter est abso- Imiieiit nécessaire jioiir la clarté de rex[)Osition. Cette néces- sité nous cctnnnande. avant d entrer dans aucune considération spéciale, de déterminer rigoureusement les signes auxquels ou reconnaît, entre tous les êtres de la création, ceux dont il s'agit l)our nous décrire Ihistoire. Autrefois on aiipelait Insecte, tout animal ayant le corps symé- tri([ue, l'ormé d'une suite d'anneaux et pourvoi d'appendices ou de membres articulés. Cette caractéristique s'applique à tous les êtres distingués depuis longtemps déjà sous les noms d'Insectes, de MjTiapodcs, d'Arachnides et de Crustacés. Les représentants de ces quatre groupes constituent un ensemble parfaitement naturel, qui est r embranchement ou plutôt le sous-embranchement des Articulés. 11 a été rapp)elé précédemment que Cuvier avait distingué dans /,8 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. le Règne animal quatre types principaux; il a été mentionné (]ue toutes les recherches zoologiques et anatomiqucs exécutées en si grand nombre jusqu'à notre épocpie avaient montré la valeur de cette distinction; il a été noté que les études d'emliryogénie de M. de Baer étaient venues a])porter des preuves de la justesse de vue de notre grand naturaliste. Les quatre types reconnus par Cuvier ont reçu le nttm à'em- hranchements. Toute connaissance un peu complète se formant par la com- paraison, nous devons présenter les cai-actères du type zoolo- gique ou de l'embranchement dont nous avons à nous occuper, en opposition avec les caractères des autres types ou des autres embranchements. Les quatre grandes divisions du Règne animal sont les Vertébrés, les Annelés, les Mollusques et les Zoophytes. Les Vertébrés ( Mammifères, Oiseaux, Reptiles, Poissons) ont le cerveau et la moelle épinière, ou le tronc principal du système nerveux, renfermés dans une enveloppe osseuse, cartilagineuse ou fibreuse, qui se compose du crâne et de la colonne vertélu-ale, le cerveau et la moelle épinière occupant la région supérieure et dorsale de l'animal. Les Annelés (Insectes, Arachnides, Crustacés, \'ers) sont dé- pourvus de squelette intérieur. Leur système nerveux est com- posé de centres médullaires placés dans la région supérieure de la tête, représentant le cerveau des Vertébrés, et d'une doulde chaîne ganglionnaire située au-dessous du tube digestif, et occu- pant ainsi la région ventrale. Les Annelés sont caractérisés encore, et au plus haut degré, par leur corps parfaitement symétricpie, divisé par des incisions, et paraissant de la sorte composé d'une suite d'anneaux. Les Mollusques, dépourvus, comme les Annelés, de s(pielette intérieur, ont également des centres nerveux représentant le cerveau, et des masses médullaires ou ganglions disséminés LES CARACTÈRES DES ANIMAUX ARTICULÉS. 69 .iii-dessous de l'appareil digestif, d'une manière plus ou moins irrégulière, et réunis par des coi'dons nerveux. Les Mollusques, dont le corps n'offre jamais de divisions annulaires, sont des animaux plus ou moins contournés. Les ZooPHYTES, que l'on appelle aussi les Animaux rayonnes, ont un système nerveux d'un volume très-réduit, formant une sorte d'anneau autour d'un axe central. Ces animaux ont les différentes parties du oor^ts disposées comme des rayons autour d'un centre K Ainsi qu'on la appris [lar les observations de M. de Baer, citées dans notre précédent chapitre, les quatre grandes formes principales du Règne animal sont caractérisées dès les pi*emiers temps de la formation embryonnaire. Chez les Vertébrés, l'embryon offre de très-bonne heure, à la face dorsale, ime petite ligue longitudinale que l'on désigne sous le nom de ligne primitive. C'est un sillon qui plus tard se soulève eloùse constitue la colonne vertéljrale. Le vitellus est situé à la région ventrale . Chez les Aimelés, l'emln-yon ne présente aucune trace de ligne primitive. Le vitellus occupe la région dorsale. Le développement a lieu suivant un axe longitudinal, par deux moitiés latérales. Chez les Mollusques, l'embryon, massif, sans ligne primitive, [irésente déjà la torsion caractéristique du type auquel il appar- tient. Chez les Zoophytes, l'embryon offre une dis}»ositiou rayonnée très-apparente dès le moment où il conmieuce à se constituer: ' Aulrclbis, avec Lamarck, on paiiageait le Règne animal en deux grandes divisions : les Animaux vertébrés et les Animaux sans vertèbres. Aujourd'hui, dans le langage ordinaire, on dit souvent encore les Vertébrés et les Invertébrés. C'est une manière d'opposer les Vertébrés à tous les autres types du Règne animal, mais c'est une expression sans aucune valeur scientifique , car les .\nnelés , les Mollusques, les Zoophytes, sont autant de groupes aussi nettement caractérisés que les Vertébrés. It 50 LES MIÏTAMORPHOSES DES INSECTES. les appareils organiques se groupant du centre à la circonfé- rence comme autant de cercles. Dans cette énumération des quatre grands types du Règne animal, ne figui'e pas le nom des Articulés; celui des Atmelés le remplace. A ce sujet, une courte explication est nécessaire. Cuvier avait établi l'embranchement des Articulés. Pour l'au- teur du Règne animal, les Articulés comprenaient les Annélides ou les Vers à sang rouge, les Crustacés, les Arachnides et les Insectes. A l'époque à laquelle écrivait ce naturaliste, régnaient encore des idées absolument fausses sur la nature des Vers proprement dits, les Vers parasites et intestinaux par exemple. En l'absence de toute connaissance précise de l'organisation de ces êtres, on s'était imaginé que leur organisation était d'une extrême simplicité. Il n'y a jamais rien aux yeux de celui qui n'a rien su voir. Des esprits de l'ordre le plus élevé n'échap- pent pas toujours à cette faiblesse. En l'état de la science à cette époque, les Vers inférieurs avaient été rejetés dans l'embranchement des Zoophytes. De Blainville, un zoologiste remarquablement baliilc à discerner les relations naturelles des Animaux, montra que les Vers intestinaux et les Sang- sues, ainsi que les autres Vers à sang rouge, appartiennent au même type. Depuis, la démonstration de ce grand fait a été aussi complète que possible. Si les Annélides sont privés d'appendices comme ceux des Insectes ou des Crustacés, ils ont souvent néanmoins des soies mobiles et des mâchoires; les A'ers inférieurs n'en ont pas , mais tous les représen- tants du groupe ont des caractères communs plus essentiels : par exenqile l'annulation du corps et la disposition du sys- tème nerveux, qui les rattachent aux Insectes, aux Arachnides. aux Crustacés. Le nom A' Arliculh ne convenait plus à l'en- semble. Au contraire, le nom i\ Annelés lui convenait à tous égards. La substitution de l'un à l'autre était donc naturelle et nécessaii'C. LES CAKACTÈRE8 DES ANIMAUX ARTICULÉS. 51 Mais dans cet embranchement des Annelés, comprenant à la fois les Insectes , les Myriapodes, les Arachnides, les Crus- tacés, les Annélides et les Vers inférieurs, il était impossible de ne pas reconnaître deux divisions principales. D'un côté, les Insectes, les Myriapodes, les Arachnides, et les Crustacés; tous les animaux à membres articulés. De l'autre côté, les Annélides ou les Vers autrefois nommés, les Vers à sang rouge, et les Vers inférieurs, parmi lesquels les Vers intestinaux ou parasites, aujourd'hui répartis en plusieurs classes, forment la part la plus considérable. Par celte considération, M. Milne Edwards a été conduit à admettre dans l'embrauchemeut des Aunelés deux sous-embran- chements : les Articulés et les Vers. Cette séparation exprime heureusement l'existence des deux grands types ou des deux formes principales de la division des Aunelés. Ainsi c'est d'une portion seule de l'embranchement des Annelés que nous avons à nous occuper; cette portion est le sous-embranchement des Articulés. Nous venons de voir ce qui caractérise particulièrement ces derniers; il reste à examiner à quels signes on distinguera aisé- ment, en toutes circonstances, un représentant d'une division primaire du groupe des Articulés d'un représentant des autres divisions du même groupe. Ces divisions portent le nom de classes, comme toutes les divi- sions analogues du Règne animal, et ici les classes sont au nombre de quatre : les Insectes, les Myriapodes, les Arachnides et les Crustacés. Le nombre des appendices locomoteurs (pii existent chez les représentants de ces quatre classes fournit le caractère le plus frappant, commun à toutes les espèces de chacune de ces divisions. Ainsi, chez les Insectes, il y a invariablement trois paires de pattes. Les Insectes sont les animaux à six pattes, les Hexapodes, 52 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. suivant une appellation qui leur a souvent été appliquée. 11 arrive parfois que le caractère ne se manifeste pas dès les premiers temps de la vie ; chez les adultes, il se montre toujours avec une évidence complète. Chez les Myriapodes, il y a des pattes en nombre très-consi- dérable. Tous les anneaux du corps, à l'exception du dernier, portent une paire de ces appendices. Le nom vulgaire de Millepieds fait allusion au caractère le plus apparent de ces animaux. Les Arachnides ont invariablement cpiatrc paires de pattes. A la vérité, quehpies-uns des représentants de cette classe n'ont pas plus de trois paires d'appendices locomoteurs au début de leur existence; mais ces espèces acipiièrcnt toujours, à vuie époque plus ou moins avancée de leur développement, la ([uatrième paire de pattes, caractéristique du type auquel elles a[ipartiennenl. Les Crustacés ont en général des pattes au nombre d'au moins cinq paires, souvent de sept paires. Les appendices s'atrophient ordinairement chez les espèces dégradées, et c'est à l'aide de diffé- rentes considérations qui seront jn'oduites dans la suite, que l'on rapproche ces espèces oflrant tous les caractères essentiels de leur type. Au reste, dès à présent nous pouvons noter que les Crustacés sont confoi^més pour une respiration aquatique, tandis que les représentants des autres classes, à l'exception de certaines larves d'Insectes, sont conformés i)our une respiration aérienne. Beaucoup de particularités d'organisation conduisent à dis- tinguer entre eux les Insectes, les Myriapodes, les Arachnides et les Crustacés. Cependant ces particularités pouvant faire défaut chez les espèces dégradées de chacune de ces classes, il devient impossible de les énoncer connue des caractères généraux. Après l'indication du fait le plus frapiiant, la différence dans le n trouve déjà fort avancée dans son développe- ment, les anneaux du thorax eux-mêmes sont déjà en partie soli- difiés, et ils portent chacun une paire de pattes. Au contraire, les anneaux de l'abdomen ont relativement peu de consistance et ils n'ont point d'appendices. Ces différences persistent dans les adultes. Les anneaux de l'abdomen ne portent jamais de membres ; seule, l'extrémité de cette portion du corps est souvent pourvue de pièces soUdes, en rapport avec les organes de la reproduction. Ce mode de développement nous conduit à examiner daliord la partie la jdus simple de la charpente extérieure des Insectes, c'est-à-dire labdomen. Il deviendra facile ensuite de com- [»rendre les complications ([ui surviennent dans la constitution des anneaux du thorax. L'id>domen parait être formé, à l'origine, de neuf ou dix anneaux. 11 est cependant quelques larves où l'on en a compté douze ou même davantage. En comparant les anneaux d'une larve et d'un adulte de la même espèce, on s'aperçoit (pie le changement éprouvé par les progrès de l'âge ne consiste pas seulement dans le degré de consistance des téguments, mais aussi dans la diminution du nombre des anneaux. Cette dimi- nution, à la vérité, n'est qu'apparente ; il n'y a pas eu d'atro- phie de certaines pièces, mais une réunion, une soudure de plusieurs d'entre elles. Ainsi n'est- il pas rare que les premiers anneaux de l'abdomen se soudent au dernier anneau du thorax, que plusieurs des derniers anneaux se réunissent, laissant par- fois une légère ti'ace de leur soudure, ou rentrent à l'intérieur, portant les pièces solides dépendantes des organes de la repro- duction. Prenons un exemple. Une espèce de Lépidoptère nous servira 62 LKS MKTAMOUPHUSES DES INSECTES. avec avantage poiu^ ce premier examen. Le changement qui s'effectue chez l'animal passant de l'état de chenille à l'état de papillon est, à certains égards, moins cousidérahle que pour beaucoup d'autres Insectes. Le grand Paon de nuit, à cause de ses grandes dimensions, est paiiiculièrement favorable. I.AR\E OU CHENILLE. ADULTE OD PAPILLON. ; Inseclc (grand Paon de nuit, Allacus Pavonia major) à l'élal de lanc el d'adullc, \ii en dessous pour la comparaison des diflerenles parties du corps. Chez la chenille, l'abdomen, qui commence avec le quatrième anneau du corps, comme dans tous les autres Insectes, est formé de dix anneaux à peu près d'égale dimension, à l'exception de lavant-dernier, un peu plus court que les précédents, et du dernier, réduit à un simple tubercule. Ici la consistance est par- tout la même. C'est une membrane d'un tissu homogène. Le LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 63 troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième et le neuvième anneau, portent à la face ventrale une paire de tubercules garnis d'épines à leur extrémité. Ces tubercules, destinés à disparaître quand l'animal passera à l'état de chrysalide, remplissent pour la chenille l'office de pattes. Ce ne sont pas néanmoins de véritables pattes, mais seulement des prolongements de la peau ; de là le nom de fausses pattes dont on se sert assez fréquemment pour les désigner. Remarquable exemple de la simplicité des moyens qu'emploie souvent la nature pour adapter certaines parties d'un animal à des conditions d'existence particulières, surtout lors»[ue ces conditions doivent être transitoires. Comparons maintenant l'abdomen du papillon à celui do la chenille. Le nombre des anneaux n'est plus le même. Nous n'en comp- tons pas plus de sept bien apparents. Le premier s'est réuni au thorax; les deux derniers, rudimentaires et portant de petites pièces, sont rentrés dans l'intérieur de l'abdomen, à la manière des tubes d'une lunette. L'examen des parties, les coïncidences survenues dans le groupement des centres nerveux, ne laissent guère de doute sur la nature de la modification qui s'est opérée par les progrès de l'âge. On désirerait néanmoins une étude de l'enveloppe tégumentaire des Insectes suivie pas à pas jus- qu'à sa constitution définitive, mais cette longue étude n'est pas encore faite dune manière complète. Le changement dans la consistance des téguments est sen- sible. Cette consistance reste faible chez le Papillon; cependant, si le corps a été débarrassé des poils dont il était revêtu, nous reconnaissons aisément que la portion dorsale et la portion ven- trale ont pris une consistan(;e coriace, tandis que les parties laté- rales ont conservé leur mollesse primitive. C'est l'anneau avec ses deux arceaux simples bien constitués : l'arceau dorsal et l'arceau ventral. Beaucoup d'Insectes, au contraire de ce qui se voit chez le fi/l Ll^lS Ml'lTAMOHPHOSES DES INSECTES. l'aiiilloii, ont los téguments de l'abdomen très-diu's, très-résis- tants, et la plupart des larves des Coléoptères carnassiers, qui naissent à un degré de développement déjà fort avancé, ont les y.|^3l^.i>V/^i;i/^ I.ARVE DU CALOSOME SYCOPHANTt {Calosoma sycophanta). ïrcs-grosïie, vue par la face dorsale et par la face venti'ale anneaux de 1 abdomen en grande j^artie couverts de plaques solides, dont la disi)osition est propre à éclairer sur la constitu- tion l'ondanuMitale des anneaux. Arrêtons notre attention sur la LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 65 larve duu Coléoptère carnassier, le Calosome sycophaiite, l'une des plus grandes espèces de notre pays. L'abdomen présente ici, comme dans la Chenille, neuf aimeaux bien distincts. Nous en compterons dix, en prenant pour un anneau un tubercule servant de support à la partie postérieure de l'animal. Considérés en dessus, ces anneaux offrent une large pièce dorsale divisée par un sillon indiquant son mode de con- stitution, et, de chaque côté, une petite pièce répondant à colle des anneaux du thorax qui existe au-dessus de l'insertion des pattes, et que l'on nomme, à raison de cette situation, Yépimère. La grande pièce latérale et les deux pièces latérales constituent l'arceau dorsal. Passons à l'examen de l'arceau ventral. Les parties latérales n'occupent encore qu'un espace assez restreint; le développement de l'arceau inférieur n'est pas aussi avancé que celui de l'arceau supérieur. Au centre de l'anneau, on remarque deux séries transversales de pièces solides : la pre- mière, formée d'une seule pièce assez large ; la seconde, d'une rangée de quatre très-petites pièces. Par leur coalescence, ces parties viendront constituer lu lame ventrale ou sternale, et en y ajoutant les deux pièces latérales répondant aux episternums des anneaux thoraciques, nous aurons l'arceau inférieur dans son entier. L'arceau très-simple de l'abdomen du Lépidoptère se forme par une seule lame commençant par deux points d'ossification latéraux ' ; l'arceau plus complexe de notre larve de Coléoptère par deux rangées de pièces. L'anneau le plus parfait d'un In- secte doit se constituer par quatre séries; car, dans les anneaux les plus complets du tliorax des adultes, on ne compte pas moins de quatre pièces à la suite les unes des autres. Le thorax est cette partie du corps que l'on appelle vulgai- rement le corselet, s'il s'agit d'une Abeille, d'une Guêpe, d'un ' A défaut d'un terme spécial consacré, on est obligé d'employer le mot ossi/ication pour indiquer la solidification des pièces du système tégumentaire des Articulés. 5 66 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Papillon, d'une Mouche. Le nom de corselet est, du reste, uuc expression vague ; car, en l'appliquant à un Coléoptère, à une Sau- terelle, à une Punaise de bois, ou ne désigne }>oint par ce mot le thorax tout entier, mais seulement le premier anneau du thorax. Dans la classe des Insectes, le thorax est formé invariable- ment par les trois anneaux placés à la suite de la tète. La posi- tion de ces anneaux conduit à les déterminer infailliblement, même chez une larve vermiforme, dont les anneaux du thorax et de l'abdomen sont absolument semblables. Le caractère essen- tiel des trois anneaux thoraciques est de porter les pattes; le caractère du second et du troisième anneau est de sujtporter les ailes, qui existent chez toutes les espèces arrivées à l'état adulte, sans avoir subi manifestement ce que Geoftroy Saint- Uilaire a api)clé un arrêt de développement. La ])résence des pattes, et surtout la pi-éseuce des ailes, ont rendu nécessaire un développement très-considérable des anneaux thoraciques, et particulièrement des deux derniers. Pour loger les muscles volu- mineux destinés à mouvoir les appendices de la locomotion, un vaste espace était indispensable, ainsi que des surfaces mul- tipliées pour fournir des points d'attache à ces mêmes muscles. La composition du thorax des Insectes a été, il y a environ quarante-cinq ans, l'objet d'une fort l^elle étude de la part de Victor Audouin. Ce naturaliste, guidé par les vues de Geoffroy Saint-Hilaire et de Savigny, a constaté l'uniformité de plan dans la composition des anneaux thoraciques de tous les Insectes, et, afin de donner au sujet toute la précision possible, il a désigné par des noms les diflFéi'entes pièces qui entrent dans la constitution du thorax ^ ' Ce travail a été présenté à l'Académie des sciences en 1820, mais il n'a été publié (sans être totalement achevé) qu'en 182i, dans les Annales des sciences natu- relles (l. I, p. 97 et iie), sous le titre de Recherches anatomiques sur le thorax des Animaux articulés et celui des Insectes hexapodes en particulier. — Victor Audouin, membre de l'Institut et prol'esseur au Muséum d'histoire naturelle, né à Paris, le 2 avril 1797, est mort le 9 novembre 18/|1. LES OHGANlilS DU MOUVEMENT DES INSECTES. 67 Cette nomenclature . aujourd'hui adoptée par tous les zoolo- gistes, est fort simple. Uu nom ])articulier distingue d'abord chacun des anneaux thoraciques. Le premier, avec lequel s'articule la tète, est le prothorax ; CALOSOME SYCOPHANTE {Calosoma sycoplianta). . Insecte aduKe giossi, dont les principales parties du corps ont cic séparées, a, la tele ; — b, le prnihorax ; — c, le mésottiorax ; — li, le niétathorax ; — e, l'abi 68 LKS .MKTAMOHl'lHlSES DES LNSKCTES. le second, supportant les ailes de la première i)aire, est le méso- thorax ; le troisième, supportant les ailes de la seconde paire, est le métathorax. Le mode de formation des anneaux de l'abdomen ayant été constaté, la constitution exacte des anneaux thoraci(pies est devenue facile à détermin(.'r. La diflerence se borjie à une com- plication un peu plus grande dans ces derniers. Les trois anneaux du thorax ayant la môme composition, avec la connaissance d'un seul anneau, de celui, par exemple, dont la composition est la plus parfaite, la connaissance des deux autres se trouve égale- ment acquise. Dans la chenille (le \'er à soie), les anneaux du thorax n'of- frent encore aucune pièce solide. Par leur texture, par leur dimension, ils ne diffèrent pas des anneaux de l'abdomen. Leur position et la pi"ésencc des pattes sont les seuls signes caracté- ristiques qu'ils présentent à l'observateur. Le grand développe- ment du mésothorax et du métathorax du Lépidoptère ne com- mence que dans la chrysalide, et ce commencement n'a été jusqu'ici l'objet d'aucune étude séineuse. La larve du Calosonie, sur laquelle s'est déjà arrêtée notre attention, a les parties thoraciques très-cuirassées. En dessus, nous voyons les trois anneaux revêtus, comme les anneaux de l'abdomen, d'une double pièce dox'sale, accompagnés de chaque côté de la petite pièce latérale que >'ictor Audouin a nom- mée Vépimère, à cause de sa position au-dessus de la hanche. Voilà l'arceau supérieur. La pièce dorsale est très-grande, mais elle n'olfre aucune division transversale, et cependant, dans l'Insecte adulte, il y aura, aux deux anneaux qui supportent les ailes, ([iiatre pai'ties distinctes, formant ime série longitudinale. Des recherches approfondies sur les changements qui se manifestent })endant l'état de nymphe restent à poursuivre. A la face inférieure, les anneaux thoraciques de notre larve de Calosome sont en grande partie membraneux. Une petite LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 69 pièce qui apparaît au centre, est la pièce sternale. Très-riidi- mentaire encore, elle prendra un grand développement chez l'adulte. Sur les côtés de l'arceau inférieur existe la pièce dési- gnée par Audouin sous le nom d'episfernum, à raison de sa situa- tion au-dessus de la pièce sternale, ou le sternum proprement dit. Très-séparées souvent de cette deiMiière pièce chez les larves, les deux pièces sont toujours en connexion intime chez les adultes. Dans les Insectes adultes pourvus d'ailes, le mésothorax et le métathorax, qui ont pris de grandes dimensions relativement aux autres anneaux du corps, sont souvent tellement soudés l'un à l'autre, que leur désunion est impossible. Le mésothorax, qui supporte les ailes de la première paii'e, a presque toujours un développement supérieur à celui du métathorax ; aussi, dans cet anneau, les différentes parties sont en général plus apparentes que dans le suivant. La pièce dorsale, que nous avons vue simple chez les larves, présente ici quatre divisions transversales marquées par des saillies ou des dépressions. Notre figure du Calosome sycophante permet de les distinguer. Ces pièces, intimement l'éunies, ont reçu do Victor Audouin les noms de prescudim, de sculum ou écu, de sculeUiim ou écusson, et de postsculellum. La première, toujours très-rudimentaire, est une petite lame dirigée verticalement au bord de l'anneau et demeurant à l'état membraneux chez une foule d'Insectes. La seconde, qui supporte les ailes, est la plus vaste. L'écusson, souvent très-i^éduit, est dans beaucoup d'espèces, notamment les Coléoptères, les Hémi- ptères, une pièce qui s'avance entre les élytres. La dernière pièce, quelquefois cachée dans l'intérieur de l'anneau, souvent réduite à une sorte de bourrelet en arrière de l'écusson, con- court à former l'articulation des ailes. Le sternum est simple et plus ou moins grand, suivant les types; l'episternum lui est intimement uni, et, dans la plupart 70 I.ES METAMOllPHUSES DES INSECTES. des cas, le sternum et l'episternum, aussi bien que les épimères, sont soudés au point de ne plus laisser voir la trace de leur union. Deux petites pièces latérales, dépendantes du raésothoi'ax. sont très-apparentes chez certains Insectes, les Hyménoptères et surtout les Lépidoptères; elles s'avancent sur les ailes anté- rieures, formant des épaulettes, ainsi qu'on les désigne vulgaire- ment. Dans la nomenclature de Victor Audouin, ce sont les paraptères. Dans le métathorax, la lame dorsale antérieure est atrophiée ; l'écusson et le postécusson sont en général confondus et reçus dans ime échancrure du scutura, qui conserve toujours une grande ampleur. Dans le prothorax, les pièces dorsales sont par- fois indiquées, comme dans plusieurs Orthoptères, par des sil- lons transversaux. Chez d'autres Insectes, on n'aperçoit que deux parties. On a supposé, dans ce cas. l'atrophie des deux pièces postérieures. Le plus souvent aucune division n'est apparente, et, en l'absence d'observations suffisantes sur le développement du système tégumentaire, il est impossible de déclarer avec certitude s'il y a fusion entre elles de parties primitivement dis- tinctes, ou si, dès l'origine, il y a une formation simple. Le mode de réunion des pièces du thorax mérite d'être connu. Ces pièces sont des lames plus ou moins épaisses, et une simple juxtaposition des bords n'offrirait qu'vuie solidité médiocre et ne fournirait pas à l'intérieur de surfaces convenables pour les attaches de tous les muscles. Une disposition très-simple, au contraire, donne la solidité et foui'nit les attaches nécessaires. Oue l'on premie deux cartes, avec l'intention de les souder l'iine à l'autre par un de leurs bords : le moyen d'avoir le meilleur résultat sera de relever à chacune des deux cartes le bord qui doit être soudé, et de coller ensuite l'une à l'autre la portion relevée des deux cartes : on aura alors une lame verticale tpii maintiendra avec la idiis yi'aiidc s(ilidit('' les surfaces horizontales. LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 71 L'union de deux pièces thoraciques ne se fait pas autrement, et donne lieu ainsi à la présence, dans rintérieur du thorax, de ces lames verticales, qui ont reçu le nom d'apodèmes. Les lames qui unissent les pièces sternales prennent souvent un développement énorme, affectant d'ordinaire la foi-me d'un Y, et servant non- seulement aux attaches musculaires, mais encore à maintenir la chaîne ganglionnaire qu'elles embrassent d'une manière étroite chez les Insectes les plus parfaits. Ces lames, appelées du nom {Ventothorax, pour exprimer leur situation à l'intérieur du thorax, ont été regardées par Mctor Audouin comme des pièces particulières; ce ue sont en réalité que les lames d'union très- développées des pièces sternales, ou, en d'autres termes, les apodèmes. Pour ne rien omettre d'essentiel dans cette rapide descrip- tion du squelette tégumentaire des Insectes, nous devons faire mention d'une série de petits cercles plus ou moins épais que l'on voit sur les parties latéi'ales du corps. Ils sont bien appa- rents chez une inhnité de larves : les chenilles lisses, les lai'ves des Scarabées, du Hanneton, le Ver blanc, etc. Chaque petit cercle circonscrit l'un des orifices respiratoires ; on le nomme le périlrème. Ce mot signifie « autour du trou ». La tète de tout Insecte, avons-nous dit, est formée pi^imor- dialemeut de plusieurs anneaux. Le fait est certain ; la démons- tration est encore incomplète. Au moment même de la naissance des larves, aucune division annidaire n'existe 'dans la tète ; mais, sachant que toute paire d'appendices est supportée par un anneau particidier, voyant à la partie inférieure de la tête trois paires d'appendices, les mandibules, les mâchoires et la lèvre inférieure (seconde paire do mâchoires), des naturalistes se sont persuadé que la tête de l'Insecte était, comme le thorax, formée de trois anneaux. Les trois paires de pièces buccales représen- teraient donc exactement les pattes du thorax. Il y a une grande probabilité en faveur de la justesse de cette appréciation. 72 LKS METAMORPHOSES DES INSECTES. Cependant, comme la tète porte en dessus des appendices : les yeux, les antennes, la lèvre supérieure, deux hypothèses ont pu être produites. En regardant la tète comme foi^mée de trois anneaux, les mandibules, les mâchoires, la lèvre inférieure, étaient considérées comme appartenant aux arceaux inférieurs; les yeux, les antennes et le labre aux arceaux supérieurs, de même que les ailes pour le thorax. En supposant les appendices supérieurs dépendant d'anneaux distincts de ceux qui portent les pièces buccales, on a été conduit à admettre l'existence pri- mordiale d'un plus grand nombre d'anneaux. La première hypothèse semble plus probable; l'étude d'embryons très-jeunes, si l'on parvient à faire cette étude, pourra seule lever toute incertitude à cet égard. Le thorax porte les appendices de la locomotion. Ces appen- dices sont les pattes, qui appartiennent aux arceaux inférieurs, et les ailes, qui dépendent des arceaux supérieurs. Les pattes existent souvent dès le jeune âge, mais très-petites alors ; elles ne prennent leur grand développement que chez les adultes et chez les individus déjà assez proches de cette dernière condition. Les pattes, dès le moment de leur apparition, sont au nombre de trois paires, ainsi qu'on a pu le voir dans la caractéristique lies différentes classes du sous-embranchement des Articulés. On distingue les pattes d'après leur position relative. Celles qui sont attachées au prothorax, sont les pattes antérieures; celles du mésothorax, les pattes intermédiaires; celles du métathorax, les pattes postérieures. Les pattes des Insectes, organes locomoteurs pouvant être adaptés à une infinité d'usages particuliers, présentent la plus grande diversité imaginable dans leurs formes et dans leurs adaptations sjiéciales, et c'est là un des côtés les plus intéressants de riiistoire d'une foule d'espèces. Néanmoins les pattes ont toujours la même composition, quels que soient leurs formes, LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 73 leurs usages, le degré de leur développement. Elles sont con- stituées par une suite d'articles insérés à la suite les uns des autres, et que l'on nomme la hanche, le trochanter, la cuisse, la jambe et le tarse. Ces noms ne doivent faire supposer aucune homologie avec les parties qui reçoivent les mêmes appella- tions chez l'Homme et les Animaux supérieurs. Quelques traits d'analogie seuls ont déterminé cette nomenclature. M. Milne Edwards en a proposé une autre plus rationnelle, et si nous ne remployons pas ici, c'est afln de ne pas introduire des termes peu connus, que beaucoup d'esprits se résignent difficilement à accepter. La hanche est la pièce basilaire qui s'articule avec l'anneau thoracique. Le trochanter, la petite pièce qui vient à la suite, articulée de manière à se dresser sur la hanche et paraissant ne former qu'une division de l'article suivant. La cuisse est une tige, ordinairement assez longue, qui se dresse pendant la marche, suivant en cela le mouvement du trochanter. La jambe, insérée dans ime échancrure inférieure de la cuisse, forme un angle avec cette dernière en descendant vers le sol. Le tarse est la partie de l'appendice qui pose sur le sol; c'est le pied de l'Insecte, formé d'un seul article chez les chenilles, chez la plupart des larves, divisé en deux, trois, quatre, cinq articles chez les adultes. Le tarse est presque toujours terminé par deux crochets mobiles, rarement par un seul, si ce n'est chez des larves. L'examen des figures représentant la chenille et le papillon du grand Paon de nuit, le Calosome à l'état de larve et d'adulte, donnera l'idée exacte des caractères et du développe- ment des différents articles des pattes. Les ailes existent chez l'immense majorité des Insectes parve- nus à l'état adulte. Elles sont au nombre de quatre, soit de deux paires : l'une attachée au mésothorax, l'autre au métathorax. A la vérité, tous les représentants de l'une des plus grandes divisions de la classe des Insectes sont réputés n'avoir que deux 7/, LES METAMORPHOSES DES INSECTES. ailes ; mais c'est là un fait inexact. Les ailes de la seconde paire ne font pas défaut, elles sont à l'état rudimentaire. Dans la plupart des Insectes, les ailes se présentent sous l'ap- parence dune membrane nue ou couverte d'écaillcs, soutenue par des lignes saillantes ou baguettes, de consistance coriace, plus ou moins ramifiées, et (pie l'on appelle les nervures. Chez les espèces d'un ordre entier de la classe des Insectes, les ailes antérieures prennent la consistance des téguments, et forment une sorte d'étui qui enveloppe les parties supérieures du corps. La membrane alaire, souvent fort mince, paraît simjile ; cependant il est aisé d'ac^juérir la preuve qu'elle est double. Au moment de l'éclosion de l'Insecte, à l'instant où il vient de quitter son enveloppe de nymphe ou de chrysalide, l'adhérence enti'e les deux membranes est encore assez faible pour qu'on puisse sans grande difficulté opérer leur séparation. Cette sépa- ration des deux memljranes peut s'elïectuer encore chez les Insectes dont les ailes sont fort épaisses, comme les Sphinx parmi les Lépidoptères, en recourant à une immersion un peu pro- longée. Les nei>vurcs ne sont autre chose que des tubes de consistance coriace, contenant dans leur intérieur des ramifications tra- chéennes. Ces nervures se divisent plus ou moins, suivant les types, présentant dans certains groupes des séparations qui per- mettent aux ailes de se plier. Les nervures des ailes ont été l'ojyjet des oltservations de divers entomologistes, s'offorçant de trouver, par leur comparaison, des caractères propres à distin- guer les genres. Des noms ont été appliqués aux principales nervures par plusieurs auteurs; mais, sous ce rap})ort, l'en- tente ne s'est pas établie. Ouoi «pi'il en soit, on reconnaît dans les ailes trois régions juùncipales, indiquées par les grosses ner-. vures qui naissent de la portion basilaire : une nervure costale, une nervure subcostale, uiu^ nervure médiane. Ces nervures, se ramifiant, viennent à se réunir entre elles sur divers points, et LES ORGANES DU MOUVEMEiNT DES INSECTES. ir> de lu résultent des cellules nettement délimitées. Dans certaines divisions de la classe des Insectes, outre les véritables nervures, il existe une foule de petites nervures transversales constituant luie sorte de réseau. Ces dernières ont été appelées des nervules. C'est au moyen de petites pièces écailleuses, situées à l'origine des principales nervures, que les ailes sont mises en mouve- ment par le jeu des muscles. On s'est beaucoup occupé des organes du vol chez les Insectes; un travail de Chabrier (de Montpellier) est souvent cité à ce sujet. Malgré les efForts des natiu'alistes, une explication satisfaisante du vol n'a pu encore être donnée. Les appendices de la tête sont de deux sortes : les pièces buc- cales, que nous examinerons en traitant de l'appareil digestif, et les paiiies qui appartiennent aux organes des sens, les yeux et les antennes. Nous n'avons à considérer en ce moment que les parties extérieures des yeux. TETE DE LA GUEPE FRELON (Vespa crabro), Très-^rossie, vue ile face et de profil, pour montrer les yeux composés, occupant les parties latérale.-^, les ocelles situés sur le front et les antennes. Ces organes se constituent en général assez tardivement. Beaucoup de larves sont aveugles ; d'autres ne possèdent que des yeux dont le développement est peu avancé. Chez les adultes. 76 LES MÉTAMORPHOSES UES INSECTES. au contraire, ces organes ont des proportions énormes. 11 y en a souvent de deux sortes. Les uns, très-gros, occupent les côtés de la tête : ce sont les yeux composés, cpie l'on nomme également les yeux à facettes. Les autres, situés sur la région frontale, sont les yeux simples, que Ion appelle habituellement les ocelles, et que plusieurs auteurs nomment les stemmates. Les yeux composés, très-rarement portés sur des pédicules, ont leur surface, cest-à-dire la cornée, exactement enchâssée dans le tégument. Elle est transparente et formée d'une sub- stance lamelleuse. Cette cornée est composée d'un assemblage de petites facettes convexes, de forme hexagone, juxtaposées comme les cellules des gâteaux d'Abeilles. Ces facettes, difficiles à distinguer à la vue simple, même chez les plus gros Insectes, sont habituellement désignées sous le nom de cornéules. On considère chaque cornéule comme un œil distinct ; et, dans la plupart des Insectes, il y en a plusieurs milliers dans un œil composé. On en a compté 4000 dans l'œil de la Mouche domestique, 6236 dans celui du Bombyx du Mûrier, 1 1 300 dans celui du Cossus perce- bois, 12 544 dans celui d'une Libellule, 25 000 dans celui d'un Coléoptère du genre Mordelle. Les cornéules, plus épaisses sur leurs bords que dans leur portion centrale, varient beaucoup sous le rapport de leur dimension, suivant les types. Il est des Insectes, comme l'Abeille, dont les yeux portent des cils im- plantés sur les bords des cornéules. Les yeux composés, dont la grosseur est souvent plus consi- dérable chez les mâles que chez les femelles, offrent différentes colorations dues à la présence d'un pigment qui existe au-dessous de la cornée. Les yeux ont fréquemment ainsi les couleurs étin- celantes de l'or et des pierres précieuses, parfois des teintes changeantes presque éblouissantes. Les ocelles apparaissent sur la région frontale, dans l'espace compris entre les yeux composés, sous la forme de petits glo- bules brillants. [.KS ORGANliS DU MOUVEMENT DES i.NSECTES. 77 Ces yeux simples u'existent pas, à beaucoup pi'ès, dans tous les groupes de la classe des lusectes. Dans les espèces qui eu sont pourvues, ils sont presque toujours au nombre de trois et dis- posés eu triangle : mais, à cet égard, il y a des diiïéx'ences assez sensibles. Dans certains Insectes, on n'observe que deux ocelles, plus rarement un seul. CORNÉl'LES DES YEUX DE L ABEILLE {Apis meWfica}, CORNEL'LES DES YEUX D UNE LIBELLULE (.Hschiia forcipata). Vues sous le niciuc grossissement. Les autennes sont des appendices mobiles, multiarticulés, otfrant toutes les variations imaginables dans leur forme, dans leur longU(HU'. Le vulgaire les appelle des cornes. Elles s'insè- rent sur divers points de la tète, tantôt sur les côtés, tantôt en dessus, plus ou moins eu avant ou en arrière, par une sorte de bulbe dans une cavité cotyloïde. Les antennes sont toujours très-petites chez les larves ; chez les adultes, elles prennent d'ordinaire un développement considérable, et paraissent jouer un rôle important dans l'existence de l'animal. Dans leur plus grande simplicité, les antennes sont des tiges divisées par des articulations, avec un premier article souvent beaucoup plus grand que les autres et constituant une sorte de pédicule. Mais chez une infinité d'Insectes, les antennes ont des articles élargis, l)arfois tous leurs articles pourvus de rameaux. C'est dans l'his- 7K LES MÉTAMOUPllUSKS DES INSECTES. toii'o de cïiaque type que nous chercherons à découvrir le but des différentes formes qu'affectent ces appendices. Le système tégumentaire des Insectes, sorte de squelçtte exté- rieur, fournit toutes les attaches des muscles qui déterminent les mouvements des appendices et des différentes parties du corps. Les muscles des Insectes sont formés d une multitude de fibres parallèles ou peu divergentes, ayant des stries transver- sales bien prononcées, analogues à celles des muscles des ani- maux supérieurs. Les fibres musculaires, empilées les unes sur les autres, très-peii adhérentes entre elles, présentent, sous le microscope, l'apparence de fines lanières. Les muscles, d'ordinaire enveloppés par une gaine iibreuso admirable de délicatesse, en général attachés directement sur les pièces qu'ils sont destinés à mouvoir, quelquefois iixés par des tendons d'origine, se partagent souvent en faisceaux plus ou moins nombreux. Cette division, si fréquente chez les Ani- maux articulés, a jeté Lyonet, l'auteur de Y Etude anatomique de la Chenille du Saule, dans une grave erreur. Le consciencieux naturaliste compta tous les faisceaux mus- culaires comme autant de muscles distincts. Il en trouva 4-061 chez la Chenille, chiffre bien supérieur à celui des muscles de l'Homme et de tous les Vertébrés. La plus simple réflexion pourtant aiu^ait dû être suffisante, semble-t-il, pour faille aper- cevoir la réalité. Les mouvements d'une chenille étant très- uniformes, les instruments ne sauraient être aussi multipliés que chez les animaux où la diversité des mouvements est extrême. En examinant les muscles d'une manière comparative chez des espèces appartenant aux principaux groupes de la classe des Insectes, des dissemblances, très-grandes en apparence, s'offrent aux yeux de l'observateur. Mais bientôt, à son atten- tion, se révèle l'existence d'un fonds commua dont les éléments LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 79 tantôt se séparent ou se confondent, tantôt prennent un déve- loppement considérable ou s'amoindrissent à l'extrême. Les muscles deviennent plus nombreux, si les mouvements doivent être très- variés; seulement, on arrive à reconnaître que l'accroissement du nombre des muscles est dû à de simples divisions. Les fibres se partagent en deux ou trois faisceaux ou même davantage, au lieu d'être réunies en une seule masse. Dans tous les cas, les muscles qui déterminent les mouve- ments généraux des appendices, ou les mouvements particuliers des divers articles des membres articulés, sont antagonistes les uns des autres : les extenseurs ou élévateurs en opposition avec les fléchisseurs, abaisseurs ou rétracteurs. Les anatomistes ont modifié les noms, suivant la direction que prennent les pièces mises en jeu. C'est ainsi qu'un fléchissein* devient rétracteur ou abaisseur, selon le cai'actèx'e de la pièce sur laquelle il doit agir. Il est remarquable de voir par quel procédé la nature varie les mouvements d'un appendice o-u seulement d'une partie de cet appendice. La situation ou l'étendue d'une échancrure, une faible saillie formant un point d'arrêt, suffisent pour modifier les mouvements des appendices. Pour que l'action des muscles se trouve en rapport avec le mode d'articulation des pièces, un léger déplacement des attaches, une variation très-peu apparente dans l'étendue des surfaces, suffisent à produire un effet différent. Si les mouvements d'une pièce ont une course plus grande qu'à l'ordinaire, le muscle, simple lorsque le mouvement est restreint, se décompose en plusieurs faisceaux capables d'agir isolément, de façon à fournir avec une étonnante précision tous les degrés possibles dans le mouvement. Dans la tète sont logés les muscles qui mettent en jeu les antennes et les pièces buccales; dans le thorax, ceux qui font mouvoir les pattes et les ailes. Ces derniers forment des masses paissantes et très-complexes chez les adultes; ces muscles sont 80 LES MÉTAMUHPHOSES DES INSECTES. faibles relativement chez les larves, et disposés dune manière plus uniforme. Les muscles de l'abdomen sont des bandelettes longitudinales propres à amener la rétraction ou l'extension des anneaux; des bandelettes transversales peu nombreuses, capables de produire un resserrement, et des faisceaux obliques qui permettent aux anneaux de se contourner dans le sens latéral. Si les anneaux de l'abdomen sont privés de mobilité, comme cela se voit chez beaucoup d'Insectes, et en particidier chez les Coléoptères, les muscles abdominaux s'atrophient en grande partie. Dans tous les temps, les observateurs même assez superficiels ont été frappés de l'énergie des mouvements des Insectes. La force énorme, relativement à leur taille, que déploient ces animaux est parfois saisissante. N'a-t-on pas trop fréquemment sous les yeux l'exemple de la Puce s'élevant, par l'effort dé ses pattes postérieures, à une hauteur quarante ou cinquante fois plus considérable que celle de son propre corps? Alors on voit, en imagination, à quels prodiges se livrerait un homme capable de produire, proportionnellement à sa masse, un mouvement aussi énergique que celui de la Puce. Placez un Escarbot sous un chandelier, et l'Insecte le fera remuer par ses efforts pour se mettre en libellé, disait le plus célèbre des écrivains de l'Ecosse; ce qui est la même chose, ajoutait-il, que si l'un de nous ébranlait par de semldables efforts la prison de Newgate. Des remarques du même genre- ont été faites en maintes cir- constances. Combien de personnes se sont émerveillées en con- tenqdant de petites Fourmis traînant des fardeaux vingt fois lourds comme elles-mêmes. L'exemple des Fourmis a été cité par Pline, et tant de fois il a été répété, qu'on n'en saui'ait dire le chiffre. Toujours ou s'étonne à la vue de ces Hyménoptères, Sphex et Pompiles, aux formes grêles, portant à leur nid une proie bien plus volumineuse et beaucoup plus pesante (\nc LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES. 81 leui" propre corps, sans que leur vol cesse d'être rapide et assuré. Ou a essayé de compter le nombre des vibrations des ailes d'une Mouche, et le nombre a été trouvé prodigieux. De nos jours, le voyageur emporté par un train lancé à toute vapeur s'amuse souvent à regarder à la portière les insectes, les 31oii- cherons, qui voltigent avec une aisance incomparable. Ces frêles Diptères, malgré l'agitation de l'air, vont, viennent, retournent, s'élèvent et s'abaissent, continuant leur manège des heures entières, comme s'ils avaient à nous montrer que la plus grande vitesse dont nous disposons est insignifiante pour la puissance de leurs ailes délicates. Récemment, un jeune naturaliste de la Belgique, M. FéUx Plateau, a cherché à déterminer rigoureusement la force mus- culaire d'un certain nombre d'espèces de la classe des Insectes, voulant donner le caractère de la précision à des faits connus jusqu'ici par des observations trop générales. A l'aide de petits appareils d'une construction assez simple, l'expérimentateur a vu que le Hanneton est capable de tirer un poids de 14 à 15 fois, en moyenne, supérieur à celui de son corps; que le poids tiré a pu être élevé jusqu'à 21 fois celui du corps de l'animal; que le Carabe doré traîne, en moyenne, un poids de 17 fois, et dans les cas extrêmes, de 22 fois celui de son corps; que la force des petites espèces est toujours relative- ment très-supérieure à celle des plus grosses. Cette dernièi'e observation s'accorde avec ce qui était déjà établi par le calcul : le poids du corps augmentant suivant le cube, la force motrice mesurée par la section des muscles ne s'élève que suivant le carré. D'après la moyenne des estimations, un Cheval pesant environ 600 kilogrammes ne traîne pas un fardeau excédant 400 kilo- grammes. D'après les calculs de M. Plateau, si le Cheval était doué de la même force relative que certains Coléoptères (les 6 82 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Donacies), la traction qu'il pourrait exercer pendant cpielques instants dépasserait 25 000 kilogrammes. Les Insectes, avec leurs tarses munis de griffes, ont la faculté de se cramponner, et, par ce moyeu, d'exercer un effort beau- coup plus considérable que l'animal privé d'une armature ana- logue. Cette considération surtout a conduit à douter de l'exac- titude rigoureuse des résultats obtenus dans les expériences instituées dans le but de déterminer la force de traction des Insectes. M. Plateau pense avoir suffisamment neutralisé l'avan- tage des griffes; les surfaces offertes pour la marche aux sujets employés dans les expériences, comme des cartons revêtus de mousseline, semblent cependant être bien favorables à l'usage des griffes ou crochets qui terminent les tarses. M. Plateau, dirigeant ses expériences sur les Insectes les plus remarquables par la puissance de leur vol, comme des IXévro- ptères et des Diptères, a vu que telle Libellule emportait un fai'deau d'un poids équivalent à une fois et demie celui de son corps; que plusieurs Mouches s'envolaient avec un objet ayant presque le double de leur propre poids. De grandes différences ont été observées dans la force mani- festée par des Insectes de la même espèce; aujourd'hui il serait intéressant de rechercher les coïncidences entre la puissance des mouvements et l'activité respiratoire des individus. V LE SYSTÈME NERVEUX. — LES ORGANES DES SENS. En considérant, chez les Insectes, l'appareil qui anime les muscles et tous les organes, cest-à-dire le système nerveux, on ne doute plus que des animaux pourvus d'un appareil de la sensibilité et du moLivemeut aussi volumineux et aussi com- plexe, ne soient doués de facultés d'un ordre déjà bien élevé. Les parties principales consistent dans luie suite de centres médullaires unis entre eux par des cordons. Ce sont les parties qui correspondent pliysiologiquement au système cérébro-rachi- dien de l'homme et de tous les Animaux vertébrés. C'est le sys- tème nerveux de la vie animale. 11 existe primordialenient une [laire de ganglions dans chaque anneau du corps ; mais, par suite de la centralisation qui s'opère jtar les progrès du dévelop- pement, il y^ a tous les degrés de déplacement et de fusion de certains centres médullaires. Ces degrés de centralisation don- nent la mesure précise de l'état de développement, ou mieux Si LES MÉTAMORPHUSES DES INSECTES. de l't'tat de perfectioniieiiient organique auquel l'espèce est parvenue. C'est là un magnifique résultat aecpiis ]>ar la science. De tous les noyaux de la chaîne ganglionnaire dérivent les nerfs du mouvement et de la sensibilité. A cette portion du système nerveux s'ajoutent un grand sympathique et un ensemble de petits noyaux, dont les filets nerveux se distribuent aux divers appareils organiques. C'est le système nerveux de la vie végé- tative ou de la vie organique. L'examen de la double chaîne ganglionnaire conduit immé- diatement à une première distinction : les ganghons placés dans la tète, an-dessus de l'œsophage, et la chaîne sous-intestinale. Les ganglions logés dans la tête, au-dessus de l'œsophage, sont appelés habituellement les ganglions cérébroïdes, ou, dans leur ensemble, le cerveau. La tète étant constituée par plusieurs anneaux, il n'est pas douteux qu'il n'existe dans cette partie de l'animal, pendant les premiers temps de la formation embryonnaire, plusieurs gan- glions placés à la suite les uns des autres ; mais, chez les plus jeunes larves, la fusion est déjà complète : il y a une seule paire de noyaux. Dans la larve, ces deux noyaux sont assez petits relativement à la dimension de la tête; pendant l'état de nymphe, ils aug- mentent beaucoup de volume ; chez l'adulte, ils occupent sou- vent la plus grande partie de la cavité céphalique. A cet égard, il y a, entre les types, des ditférences notables qui permettent encore d'apprécier le degré du perfectionnement organique de l'animal. Dans tous les cas, les ganglions cérébroïdes sont plus ou moins réunis sur la ligne moyenne. L'ensemble est donc une masse bilobée. Du cerveau naissent les nerfs des yeux, des antennes, de la lèvre supérieure et les cordons qui unissent les ganglions céré- broïdes au ganglion sous-œsophagien, sans compter le système nerveux viscéral, qui réclame un examen particulier. I,E SYSTEME NERVEUX. 85 SYSTÈME NERVEUX DE L'ADEILLE (NEUTRE). a. Cerveau et nerfs optiques médians. — 6. Nerfs antennaires. — c. Nerfs optiques. — d. Ganglion sous-oesophagien. — e. Ganglion protlioracique. — f. Ganglion mésotlioracique. — g. Ganglion mélalhoracique. — h, h. Gan- glions abdominaux. 8ti LES MtTAMuHl'llUSES KliS I.NSECTiiS. l'.lwA les luseotL'S, ussl'z nombreux, (|ui possèck'iit deux sortes «rorgaUes de vision, c'est-ù-dire des yeux simples et des yeux composés, comme l'Abeille par exem}»le, les yeux simples sont toujours situés sur la portion moyenne de la tète et exactement au-dessus du cerveau. Ces organes reçoivent les nerfs internes, les nerfs de la première paire, qui, dans tous les cas, sont d'une extrême brièveté. Les nerfs de la seconde }»aire, dans les Insectes pourvus d'yeux simples, deviennent ceux de la première paire chez toutes les espèces où ces organes font défaut, lisse rendent aux anteimes. Très-grèles chez les larves dont les antennes sont fort jteu développées, ils prennent un volume assez considé- rable chez les adultes. Naissant de la face inférieure des gan- glions cérébroïïles, les nerfs autennaires présentent d'ordinaire à leur base un [letit renllement médullaire qui, [>arfois, acquiert une assez forte dimension. Les nerfs de la troisième paire sont les nerfs oplicpies. Leur grosseur est telle chez une foule d'In- sectes, qu'on les [)rendrait aisément pour des prolongements latéraux des ganglions céré])roide?. 11 est cejiendant beaucoup d'espèces où la dimension des nerfs est relativement médiocre, (les nerfs ne prennent en général leur développement (pie pen- daid l'état de nymphe. Dans les larves encore aveugles, ils sont fort grêles ; dans certaines larves actives où les yeux conq)Osés ne sont [>as constitués, mais où il existe déjà des yeux simjiles à la [ilace (pi'ils devront occuper , les nerfs opti(jues sont en même nombre que les yeux. Leur réunion, ([ui devra s'ellèctucr par les progrès de làge, ne s'est encoi'e opérée que vers l'oi'igine. La larve du Dytique fournit un exemple de ce mode de forma- tion des nerfs optiques. En outre, on remarque deux nerfs grêles ipii éinergenl de la face inférieure des lobes cérébroides ci vont sedislribuei'ilans les muscles de la lèvre siqiérieure, et ensuite les deux cordons ipii eudirassent les cotés de l'œsophage p(UU" s'uuir au ganglion inférieur di^ la tête, le ganglion sous-œsophagien. lîn arrivant à l'examen de la chaîne ffinialionnaire sous-intes- LE SYSTÈME NERVEUX. 87 tinale, une nouvelle distinction est encore nécessaire. La dis- CERVEAU ET SYSTEME NERVEUX VISCERAL T)E I.A LARVE DU DYTIQUE. CERVEAU ET SYSTÈME NERVEUX VISCÉRAL DU DYTIQUE ADULTE. 88 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. tinction est de la plus gi'ande simplicité ; elle se rapporte aux trois parties principales du corps : la tête, le thorax et l'abdo- men. On a ainsi le ganglion sous-œsophagien ou le ganglion de la portion inférieure de la tète, les ganglions thoraciques, les ganglions abdominaux. Le ganglion sous-œsophagien s'offre d'ordinaire comme mie seule masse dont les angles antérieurs, en manière de bi'as, s'unissent avec les cordons qui entourent l'œsophage. La partie postérieure de cette masse médullaire forme les cuisses, qui se continuent avec les cordons ou connectifs du ganglion protho- racique. Seulement, chez certaines larves, ou aperçoit distinc- tement deux noyaux dans le ganglion sous-œsophagien. En général, leur fusion complète s'effectue de très-bonne heure. Les nerfs des pièces buccales tirent leur origine de ce centre médullaire ; ce sont, de dedans en dehors, les nerfs de la lèvre inférieure, les nerfs des mâchoires, les nerfs des mandibules. La disposition de ces nerfs a une telle fixité chez tous les Insectes, qu'on a pu en tirer une éclatante démonstration de la nature des ap})endices de divers Animaux articulés. Le volume des nerfs buccaux varie selon le développement des appendices, et, comme il arrive souvent que les pièces de la bouche s'affaiblissent, ou même s'atrophient quand l'animal passe de l'état de larve à l'état adulte, leurs nerfs s'affaiblissent également pendant la marche du développement. Les ganglions thoraciques sont au nombre de trois paires ; il y eu a une paire pour chacune des parties du thorax, le pro- thorax, le mésothorax et le métathorax. Les deux noyaux com- posant chaque paire de ganglions se confondent de très-bonne heure; do la sorte, on ne distingue ordinairement, même chez les larves, qu'une seule masse médullaire dans les trois anneaux thoraciques. Chez toutes les larves, et chez un grand nombre d'adultes, les trois centres nerveux thoraciques demeurent non- seulement très-distincts, mais encore très-séparés l'un de l'autre. LE SYSTÈxME NERVEUX. 89 Dans les espèces les plus parfaites, il y a nu contraire rappro- 6YSTEME NERVEUX DU BOMBÏX DU MURIER SYSTEME NERVEUX DU BOMBYX DU MURIER A l'État de papillon. a l'état de ver a sdie. chement et même fusion complète de ces centres nerveux, ou au moins des deux derniei's. 110 m:s .Mi:rAMMiu*H(isi:s uks insechîs. Couipai'Oiis les ganglions tiiuracicjUfs du Boiultyx rin- ci])alement les nerfs des organes des sens; la chaîne ganglion- naire, les nerfs des mouvements et de la sensibilité. Nous avons encore à porter une attention spéciale aux par- ties du système nerveux affectées aux appareils organiqu(^s. C'est le système nerveux de la vie végétative ou de la vie organique. Autour des ganglions cérébro'ides se trouvent groujjés soid 96 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. confondus avec les centres mtklnllaires de l'abdomen. Cepen- dant il arrive que le grand synipathiciue demeure distinct dans toute sa longueur, même chez des adultes :1e Bomljyx du Mûrier en offre un exemple. C'est de cette portion du systcyic nerveux principalement qu't'-manent les fdets qui vont animer les orifices PORTJON ANTKRIEURE DU GRAND SVMPATHlfiUE Régnant au-dessus de la chaîne ganglionnaire, chez le Ver h soie {Bombyx Mori}, respiratoires, l'extrémité du tul)e digestif, les organes de la génération. Le grand sympathique des Insectes a été vu et signalé pour la première fois par Lyonet dans la Chenille du Saule. Cet anatomiste, n'en ayant nullement apprécié la nature, appela les [>etits noyaux et les filets <[u'il observa au-dessus de la chaîne LE SYSTEME NERVEUX. 07 gaijglioiiuiiirL', du nom de brides épinières. Plus tard, le grand sympathi(juc fut décrit et représonto avec un grand soin dans (|uel(|ues Insectes, et notamment dans le Sphinx du Troëne, par iXewport, (pii le nomma système nerveux surajouté, sans établir de comparaison avec mie portion ([uelconque du système ner- veux des \ ertébrés. Il y a une dizaine d'années, sa véritalde nature a été démontrée. Le grand sympathique semble ne pas exister chez le plus grand nombre des Articulés; mais, comme dans plusieurs types il a été jiossible de le voir s'unir et se confondre graduelle- ment a>'cc la chaîne ganglionnaire, par suite des progrès de làge et de la centralisation du système nerveux, il est certain qu'ailleurs son absence apparente est due simplement à son imion intime avec la chaîne. Si rien de semblable ne se pi'oduit chez les Vertébrés, cela doit être atti'ibué à la colonne verté- brale, qui oppose un obstacle absolu à un rapprochement entre le grand sympathique et la moelle épinière. Le grand sympathique des Insectes est toujours impair; mais il est évident ([u'il doit être double primordialement, comme les autres parties du système nerveux. Si l'on parvient à l'observer chez des embryons, ou en aci{uerra probablemeni la preuve matérielle. D'ailleurs, si les ganglions se montrent simples dans tous les individus étudiés jusqu'à présent, parfois les cordons sont doubles. Dans les Articulés, la chaîne ganglionnaire étant tout à fait ventrale, le grand sympathique se trouve occuper un plan supéi'ieur. Dans les Vertébrés, au contraire, la moelle épinière étant tout à fait dorsale, il occupe un plan inférieur. Cette différence est en harmonie avec la position relative des prin- cipaux viscères, dans ces deux grands types du Règne animal. Il ne faut pas toutefois attacher à ce dernier fait une trop grande importance, car il ne suffit pas, comme l'ont supposé •M'rtains natm^alistes , de renverser ini Insecte sur le dos pour ()8 m;s métamuki'1iusi;s dks insilC/i'ils. y découvrir le plan exact de ranimai vertébré. Ou le sait, chez tout animal articulé, le cerveau et la chaîne ganglionnaire, (|ui représente la moelle épinière des Vertébrés, sont situés dans des rapports différents. Tous les faits aujourd'hui connus, touchant le système ner- veux des Insectes, conduisent à dire cpi il y a cbez les repré- sentants de cette division zoologique : des nerfs de sensibilité spéciale, naissant du cerveau; des nerfs mixtes, sensildes et moteurs, provenant de l'encéphale et de la chaîne ganglionnaire; un système nerveux affecté à la portion antérieure du tube digestif, aux organes respiratoires et aux parties principales de l'appareil circulatoire, remplissant le rôle des nerfs pneumo- gasti'iques des animaux supérieurs; et enfin un véritable grand sympathique accompagnant la chaîue ganglionnaire dans toute sa longueur, comme ce nerf accompagne la moelle épinière dans les \"ertébrés. Les ganglions et les nerfs ont en général une assez grande transparence, et parfois c^tte transparence est telle, qu'on a peine à les distinguer. Les anatomistes sont obligés d'employer, pour leurs dissections, 1 alcool, et mieux encoi'e l'essence de térébenthine, (pii, en raffermissant toutes les parties du système nei'veux, les rendent d'un blanc opaque. Les centres médul- laires, blancs chez la plupart des Insectes, sont ordinairement d'une teinte jaunâtre chez les Lépidoptères. En l'état de nos connaissances, cette coloration ne présente aucune signification. Les noyaux médullaires sont formés de cellules, les unes plus petites, les autres plus grandes, mais leur arrangement n'a pas encore été observé d'une manièi'e rigoureuse. Depuis les recherches de Newport, on sait qu'il existe dans chaque nerf deux faisceaux de fibres, absolument comme dans les nerfs spinaux des Vertébrés. C'est i)articulièrement sur la chaîne ganglionnaire (|uc l un distingue aisément les deux ordres de lilircs nerveuses. Les culouues supérieui'cs passent siu' les LE SYSTÈME NEKAEUX. 99 noyaux lUL'ilullaires dans toute la longueur de la oliaiiie, se taisant remai'cjuer par leui' eouleui' plus blanche que celle des parties sous-jaoentes, surtout si la préparation a été soumise à l'action de la térébenthine. Les colonnes inférieures sont partout en rapport intime avec les cellules ganglionnaires. Tous les nerfs thoraciques et abdominaux sont formés de fibres prove- nant des faisceaux supérieurs et des faisceaux inférieurs, aux- ([uels s'ajoutent des filets du grand sympathique. D'après la situation relative des deux ordres de fibres et d'après ({uelques expériences moins concluantes qu'on ne le souhaiterait, les colonnes siqjérieures sont formées de fibres motrices, les colonnes inférieures de fibres sensibles. Des expériences ont été faites dans le but de déterminer le rôle physiologique des différentes parties du système nerveux des Insectes. .Mais la difficulté de produire des lésions très- l)artielles sans occasionner de blessures trop graves sur de [letits animaux, étant extrême, ces expériences n'ont pu donner tous les résultats désirables. Les centres médullaires cérébroïdes ayant une prédominance manifeste sur les autres centres nerveux, par leur volume, par leui's relations directes avec les organes des sens, ne possèdent pas cependant, d une manière exclusive, les facidtés qui appar- tiennent en propre au cerveau des animaux supérieurs. Si l'on arrache la tète d'un Insecte, en prenant la précaution d'empê- cher l'écoulement du liquide sanguin au moyen d'un peu de cire molle, l'animal, pouvant vivre encore assez longtenqjs, continue à exécuter des mouvements réfiéchis. Un éminent professeur de Montpellier, Antoine Dugès, vit une Mante dont il avait enlevé la tète agiter ses pattes de devant comme pour saisir une proie. Un Hanneton, une Abeille, une Sauterelle privée de sa tète ne manque pas de frotter avec la patte la partie de son corps «[ue Ton vient à toucher. On a souvent remarqué »[ue les Cri([uets et les Sauterelles dont on a pressé 100 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. le tarse, portent aussitôt leur patte à la bouche et lèchent de leurs palpes la partie (|ui a été froissée. Plusieurs heures après avoir été décapitée, une Sauterelle, dans les mêmes circon- stances, exécute le même mouvement, comme si elle avait encore le pouvoir de se sei'vir de ses palpes. Ces faits tendent à prouver que toutes les facultés instinctives ne sont pas localisées dans le cerveau, et se retrouvent jusqu'à un certain point dans les centres nerveux de la chaîne sous- intestinale. Néanmoins, lorsqu'on vient à piquer les lobes céré- bro'ides en traversant le tégument à l'aide d'une aiguille, ou à l'inciser, l'animal éprouve un trouble considérable; il tombe ordinairement dans une sorte de torpeur. Sous l'influence d'une excitation, il s'agite, mais ses mouvements sont irréguliers, sa démarche mal assurée; souvent il décrit des cercles, soit à droite, soit à gauche : c'est ce que nous avons o])servé plusieurs fois; c'est aussi ce qui, d'autre part, a été constaté par un natu- raliste de la Suisse, Al. ^ ersin, auteui- de recherches sur les fonctions du système nerveux des Insectes. Il est fort difficile d'enlever l'un ou l'autre des ganglions thoraciques sans déterminer une blessure extrêmement grave, qui occasionne une aliondante hémorrhagie et entraîne bientôt la mort. Si l'on fait une forte piqûre à l'un des centres nerveux, il se produit une gène dans les mouvements des pattes et des ailes suivant le point de la lésion. M. Faivre, aujourd'luii }»r()- fesseur à la Faculté des sciences de Lyon, poursuivant des expériences sur le système nerveux du Dytique, a cru recon- naître (pie la respiration s'arrêtait d'une manière instantanée dans le cas seul où était praticiuée l'ablation entière du gan- glion mt'tathoraciipic. Cette oljservation s'accordait peu avec h's lails aiiat(iirii([ues; car il est bien démontré que les muscles alfectés aux mouvements respiratoires reçoivent leurs nerfs des divers noyaux de la chaîne ganglionnaire et surtout du grand sym|iatliique. L'exiiérimentateur, agissant sur un Insecte défa- LES ORGANES DES SENS. 101 voral)lo à cause do la ceutralisatiou de sou système uerveux et de la dureté de ses tégumeuts, u'aura pas suffisamment tenu compte de la mutilation subie par lanimal. Visiblement pré- occupé de ridée de retrouver chez les Insectes des faits analogues à ceux qui ont été signalés par M. Flourens à l'égard des fonc- tions des centres nerveux des animaux supérieurs, l'auteur n'a plus songé que la dilTusion des organes respiratoires rendait bien improbable une action nerveuse complètement localisée. Eu choisissant, pour les expériences, des Insectes préférables au Dytique, comme des ( h'thoptères, et en particulier la grande Sauterelle verte, on parvient à détruire le ganglion métathora- cique sans blesser extrêmement les parties voisines. 11 est facile alors de constater que les mouvements resj)iratoires de l'abdo- men persistent en l'absence du dernier ganglion du thorax. Au reste, M. Baudelot a parfaitement montré, par des expériences pratiquées sur des Libellules à l'état adulte et à l'état de larve, que chaque ganglion altdominal est un foyer d'innervation, con- courant pour sa part à l'accomplissement de l'acte respiratoire. C'est encore siu' les Orthoptères qu'il a été le plus facile de voir les effets de la section des connectifs entre les divers centres médullaires. D'après nos observations, comme d'après les recherches de Yei'sin, si la section de la chaîne ganglionnaire a été opérée, l'activité des centres uerveux persiste d'autant plus qu'ils restent unis eu plus grand nombre. La vitalité s'éteint assez rapide- ment dans les ganglions tout à fait isolés. Sous le rapport des sens, beaucoup d'Insectes sont admirable- ment partagés. Aucun doute n'est possible à cet égard. A chaque instant, l'observation nous révèle dans ces créatures l'existence de sens d'une remarquable perfection. Aussi parait-il désespérant d'être encore, malgré des efforts inouïs de la part des natura- listes, dans une ignorance extrême, ou tout au moins dans une pénible incertitude au sujet du siège de l'ouïe et de 1 odoi'at, au 102 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. sujet (le la véritable structure de l'appareil de la vision, et surtout de la manière dont sefTectue la vision. Le toucher existe avec plus ou moins de sensibilité, suivant la nature des téguments, et suivant la condition particulière des appendices. Chez les larves à peau molle, toutes les parties du corps sont clouées d'une très-grande sensibilité; le plus h'gcr contact suffit à déterminer, sur l'animal, des frémissements, des mouvements de contraction énergicpies. La peau est-elle garnie d'épines, de poils, même d'un simple duvet, la sensibilité s'en trouve considérablement augmentée. Les poils ont presque tou- jours pour usage de donner, à l'animal qui en est pourvu, un tact dune extrême délicatesse. Le corps est-il revêtu d'un tégu- ment dur et épais, le tact devient certainement plus obtus, mais alors se manifestent d'une façon merveilleuse les ressources de la nature pour suppléer, dans une certaine mesure, à l'inertie d'une cuirasse. Les jambes et les tarses se trouvent garnis de poils, d'épines mobiles, qui au moindre attouchement font tres- saillir l'animal. Souvent le dernier article des tarses est muni en dessous de lamelles flexibles , de pelotes , (|ui permettent à l'Insecte déprouver une sensation particulière, selon le carac- tère des objets sur lesquels il marche. H y a en outre des organes plus spécialement affectés au toucher : les anteiuies. les palpes des mâchoires et de la lèvre inférieure. Regardons l'Insecte en qviête de sa subsistance, sans cesse nous le verrous toucher de l'extrémité molle et spongieuse de ses palpes tous leï^ol)jets qu'il aperçoit. Examinons ces Insectes qui s'avancent avec hésitation, comme s'ils éprouvaient une inquiétude, leurs antennes s'agitent en tous sens pour tàter les corps environ- nants, battant l'air pom- apprécier le danger. Observons ces Abeilles ou CCS Fourmis qui se rencontrent, elles se touchent de h'urs antennes, nous donnant à penser qu'à l'aide de ces organes elles ont le moyen de se reconnaître et même d'entrer en com- munication intime. Certaines espèces porliMit à l'extrémité de LES ORGANES DES SENS. 103 Iciii' al)duiji('ii (les lilels, des appendices plus ou moins déliés ; ce sont aussi des organes très-propres à l'exercice du toucher. Le goût est manifeste chez les Insectes, et particulièrement chez les espèces herbivores. On a la certitude ([uil réside dans la cavité buccale, comme chez les Vertébrés, Dans les espèces phytophages, dont le goût semble fort délicat, la petite langue molle, spongieuse, adhérente à la base de la lèvre inférieure, liarait être le siège principal de ce sens. Combien de chenilles vivent sur une seule plante ou sur quekpies plantes de la même famille ! Privez-les du végétal qui leur convient en y substituant un aulre végétal : pressées par la faim, elles le goûteront; mais, après l'avoir goûté, elles le délaisseront, se laissant mourir d'ina- nition jilutot que d'y revenif. Pour les carnassiers, en général, le goût n a certainement pas la même délicatesse, la dureté de toutes les parties de l'appareil buccal en fournit l'explication. L'odorat est évidemment très-subtil chez une foule d'Insectes. A cet égard, les preuves abondent : de la viande même encore fraîche est-elle exposée à l'air, en peu de moments les Mouches apparaissent dans l'endroit où l'on n'en voyait aucune aiqiara- vant:des cadavres d'animaux, des immondices, sont-ils aban- donnés sur le sol, qu'aussitôt arrivent, de toutes les directions, les Insectes qui se l'epaissent de ces matièi'es ou qui y déposent leurs œufs. L'odorat seul les dirige, la vue ne les guide en aucune façon, car si l'objet de leur convoitise est caché, ils n'éprouvent pas le moindre eml)arras pour l'atteindre. Un exemple remar- •quable de la puissance de l'odorat chez divers Insectes, exemple bien souvent cité, est celui qui nous est offert par quelques fleurs exhalant une odeur fétide , très-analogue à celle de certaines matières en putréfaction. Dans nos bois, cj'oît une belle plante bien connue, le Gouet ou Pied-dc-veau (Arum maculaium). La fleur de cette plante, joli cornet de couleur blanche, répandant une odeur pour nous fort désagréable, est très-fréquemment remplie de Mouches. d'Rscai'bots, de Staphylins. qui recherchent 104 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. les corps en décoinposition. Il est ciu'ieux île voir alors ces Insectes en quête de leur nourriture ou d'un eiidrcùt convenable au dépôt de leurs œufs. Us s'agitent en tous sens, si bien trompés par leur odorat, qu'ils semblent ne pouvoir abandoinier la fleur iiour eux absolument inutile. Les espèces berbivores n'ont pas, bien probablement, un odorat de la même ûuesse ; pourtant, une cbeuille jetée dans un champ au milieu de plantes fort diverses trouve la plante qui lui convient. Peut-elle être guidée autrement que par Tolfaction ? A coup sûr elle ne distingue pas le végétal d'après ses caractères botaniques. Les Insectes ont un odorat, et certains d'entre eux possèdent une incroyable finesse d'odorat; par l'observation, on en a des preuves continuelles d'une évidence qui défie toute contestation. Mais, où se trouve le siège de ce sens? quel est l'organe sus- ceptible de percevoir les odeurs? A cet égard, les conjectures ont été produites à l'infini, aucune n'est satisfaisante ; les expé- riences ont été multipliées à l'extrême, aucune n'est concluante. Réaumur a considéré les antennes comme l'organe de l'odo- rat. Cette opinion, adoptée par plusieurs naturalistes, a été repoussée par le plus grand nombre. Elle a été repoussée par le motif très-sérieux que l'organe, n'ayant pas de surface humide, ne possède en aucune manière la condition principale nécessaire à l'exercice de la fonction. A la vérité, il y a vingt ans, un ento- mologiste de l'Allemagne, Erichson, ayant reconnu à la surface des antennes de nombreuses fossettes offrant à l'intérieur une délicate membrane, pensa que là était le véritable siège de l'odorat. Plusieurs observateurs se sont attachés à l'étude de ces pores ou fossettes, et l'un d'entre eux, M. J.-B. Ilicks, a vu à chaque pore, en arrière de la membrane décrite par Ei-icbson , un petit sac parfois multiloculaire recevant une branche du nerf antenuaire. L'auteur n'a pas osé se prononcer sur le rnle de ces organes. Servent-ils à l'olfaction? servent-ils à l'audition? i/iiic('rlilii(le est demeui'ée. LES ORGANES DES SENS. 105 Le sens de l'odorat a été attribué aux palpes. Moins encore cependant que les antennes, les palpes semblent appropriés à l'exereice de la fonction. Se fondant sur l'analogie, c'est-à-dire sur la manière dont s'exerce le sens olfactif chez l'homme, comme chez tous les Animaux vertébrés, divers physiologistes se sont dit : L'air est le véhicule des odeurs ; pour percevoii' une odeur, une aspiration d'air est indispensable ; dans les Insectes, le siège de l'odorat doit se trouver vers les orifices de rap|)areil respiratoire. La thèse a été présentée au siècle dernier en Hollande, par Baster ; elle a été admise ou défendue en France, par Duméril, Cuvier, Straus-Durckheim. Seulement, avec l'impossibilité de découvrir une trace d'organe spécial dans le voisinage des orifices respiratoires, on n'a eu à eiu'egistrer ([u'ime simide hypothèse. D'autres physiologistes, frappés de la connexion qui existe chez nous entre le sens du goxit et le sens de l'odorat, ont pensé que, chez les Insectes, l'odorat résidait dans la bouche, tapissée de membranes toujours lubrifiées , remplissant ainsi, au moins l'une des conditions nécessaires à l'exercice de la fonction. Au milieu de ces diverses opinions contradictoires , chacune appuyée sur une considéi'ation d'un certain poids, au moins en apparence ; au milieu des l'ésultats d'expériences nombreuses qui ont consisté à soumettre de diffé- rentes manières des Insectes aux odeurs les plus pénétrantes, offrant encore plus de contradictions, il faut bien reconnaître une lacune dans la science. La faculté d'entendre que possèdent les Insectes ne saurait être douteuse pour personne. Un léger bruit suffit souvent pour les effrayer. Beaucoup d'espèces produisent des sons, une stri- dulation, une musique qui est pour elles un moyen de commu- nication, un cri d'appel. Le Grillon mâle, comme la Sauterelle, exécute au moyen de ses ailes antérieures une stridulation qui résonne au loin, et la femelle du Grillon écoute pour reconnaître d'où provient cette musique, et a[)rès avoir écouté, a])rès avoir lOf) LRS MKTAMORIMIOSES DES INSKCTKS. l't'coimu la (liroction vers la({uello olle doit se diriger, elle accourt s/ins hésitation. De même, la Cij^ale appelle sa femelle en L-ni- caut ses notes aignës. L'enfant des campagnes qui imite le chant de la Cig;de ou du Grillon, réussit à tromper linsecte, à le faii'e venir à son appel. Le sens de l'ouïe est donc manifeste. Où est le siège de ce sens? Une probabilité grande nous apparaît, mais pour la science iine probabilité est peu de chose. Les naturalistes, pour la plupart, sont persuad(''s ipie les antennes sont les instruments de l'audition. Dès le siècle dernier, cette opinion s'était fortement enracinée dans l'esprit de divers observateurs. On avait renifirqué ([ue beaucoup d'Insectes dres- sent leurs antennes si un bruit vient à éclater. On avait constaté aussi que les Insectes capables démettre des sons, ceux qui manifestent le mieux la faculté d'entendre, possèdent en général des antennes très-développées. Les zoologistes modernes ont presque tous a(buis l'opinion de leurs devanciers. D'un autre côté, des physiologistes ne jjouvant se résignei' à voir lin ;qipareil a\iditif où n'existe ni une cavité, ni une niem- lu-ane tendue, un organe enfin dont la conformation se rappro- che à quehpies égards de l'oreille des \ ertébrés, ont repoussé cette idée. Ils ont cru trouver l'organe de l'ouïe dans tous les jK'tits enfoncements existant à la surface de la tète ou du thorax, parinis dans des taches pâles. Un observateur, M. Lespès, pense un jonr avoir découvert tous les caractères d'une oreille interne dans les petits sacs situés en arrière des pores des antennes; mais aussitôt, \m zoologiste de Genève, M. Claparède, s'eiforce de prouver ([ue ces caractères n'existmit pas. Jean Midler, le célèbre professeur de Herlin, considère, sur le métathorax d'un Grillon, deux enfoncements déjà signalés, et il déclare que ce sont priibiiblenicnl les organes di' l'duïe. M. de Siebold tHudie davan- tage les organes placés dans les Orthoptères, sur divers points du thorax ; il y voit une couipie, un tympan, une capsule remplie d un tlnidi' transparent qui lui paraît représenter un labyrinthe l.KS (ilîr.ANKS DKS SENS. 107 uiembraneux. et il ostimo alors avoir mis hors de doute ce (jui était simplement une supposition de la part de J. Millier. Cependant, à pareil avis, surgissent de bien puissantes objec- tions. Les Orthoptères seuls présentent ces organes, et pourtant ils ne sont pas les seuls eu possession de la faculté d'entendre. Ces organes reçoivent leurs nerfs de lun des ganglions du thornx; or, comment, en l'absence de preuves concluantes, croire que r.ilipareil auditif nest pas en rapport avec les lobes cérébroïdes? L'opinion (pie les antennes servent à l'audition s'appuie assurément sur des raisons plus fortes. Emise d'abord par des considérations assez vagues, elle a pris une importance réelle par suite des expériences de Savart, notre éminent physicien, expériences qui ont montré la facilité avec laquelle des figes vibrantes peuvent transmettre les sons. En effet, les antennes sont articulées de manière à ressentir les moindres vibrations de l'air. Même dans les espèces où ces appendices se trouvent réduits, comme . chez les Cigales, où ils consistent en une tige extrêmement grêle, avec une portion basilaire massive, on recon- naît encore une disposition heureuse pour une vibration facile. Le nerf qui parcourt les antennes est toujours volumineux, rela- tivement à leur grosseur, et cette circonstance nous indique que ces appendices doivent être le siège d'une sensation spéciah'. L'idée que les antennes sont des organes d'audition se trouve encore très-sérieusement justifiée par le fait de l'existence incon- testable d'un véritajjle appareil auditif à la base des antennes des Crustacés. La situation de cet appareil a conduit ^L Milne Edwards à regarder les antennes de ces animaux comme des instruments de nature à contribuer, par leur faculté vibrante, à la perception des sons. Les antennes des Insectes semblent donc être à la fois des organes propres à l'audition et au toucher. Les observations les plus simples nous montrent que beaucoup d'Insectes sont merveilleusement dom's sons le rajiport de la vue. 108 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Lesorgaues de la vision sont si apparents et leurs caractères si ma- nifestes, que chacun, sans hésitation, les reconnaît pour des yeux. Leur volume, en général fort considérahle, varie à l'inlini. Chez les espèces qui passent leur vie dans les ténèbi'es, les yeux font entièrement défaut. 11 y a peu d'années, un savant de l'Ecosse, M..\ndre\v Murray, aju^'senté une série d'observations à ce sujet. Il a déjà été noté que souvent les Insectes possèdent à la fois deux sortes d'yeux, des yeux simples et des yeux composés. Les premiers manquent chez les représentants de [)lusieurs i>rou])es, les seconds existent presque toujours. Les yeux simples, ocelles ou stemmates, offrent }tar leur sti'uc- ture (pudique ressemblance avec les yeux des Verté])rés infé- rieurs. Ils se composent d'une cornée arrondie ouovalaire, plus ou moins convexe; d'un cristallin eiu'hàssé dans cette cornée; d'un corps vitré sur lequel repose le cristallin; d'une rétine, formée par l'épanouissement d'un nerf optique; d'un pigment coloré, entourant en entier le globe de 1 œil et remplissant le rôle de la choroïde chez les Animaux vertébrés. Les ocelles, offrant l'aspect de petits globules, et ayant une réfi'action très-grande, sont évidemment construits pour la vision à très-courte distance. Les yeux composés ou à facettes sont constitués par une multi- tude d'yeux intimement unis, ainsi qu'on a pu en juger dans la description des parties tégumentaires ^ A l'extérieur, c'est un assenddage de cornéules de forme hexagone, où l'on peut souvent distinguer une portion circvdaire correspondant à la cavité interne. A l'intérieur, ce sont des tubes parfaitement délimités, en rapport avec les facettes. Les anatomistes,Straus-Durckheim, Dugès,Jean Midler, Leydig, etc., ont vu, en arrière de chaipie cornéule, un corps (•oiii(|U('ou c\rni(hi(pu^ plus ou moins allongé, transparent, de consistaMce gV'Iatiiicusc. Ce vi)V[)S est regardé connue jouant le LES nlîGANES DES SENS. 109 rùle du ci'istalliu ; toujuiu-s rétréci eu arrière, il parait être eu eouuexion directe avec nu filet du nerf optique dilaté à l'extré- mité de façon à former une sorte de rétine. De même que dans les yeux simples, un pigment coloré, en général dun brun foncé, remplit tous les intei'valles, entourant chaque cristallin et son iilet nerveux. Les cornéules, ordinairement trauspareutes, comme de petites capsules de verre, laissent apercevoir le pigment qui entoure chaque œil ; de là cette coloration noire que présentent les yeux d'une foule d'Insectes. Parfois aussi les cornéules, eu conservant une grande transparence, affectent des teintes assez prononcées ; de là ces yeux brillants, comme des émeraudes, éclatants comme des perles d'or, que l'on admire chez certaines espèces. Malgré nombre de travaux recommandables, la structure des yeux composés des Insectes est loin d'être connue d une manière parfaite, tant l'étude approfondie du sujet offre de difficultés. .1. Muller a voulu expliquer comment la vision s'effectue au moyen des yeux composés. Il s'est persuadé que chaque œil cor- respondant à une facette ne peut recevoir l'impression que d'un point très-limité d'une image; que la vue des Insectes, s'exerçant comme au traA^ers d un crible, doit être très-confuse. L'obser- \ation ne permet pas d'admettre un seul instant une semblable théorie; mais la vérité est qu'en l'état actuel de la science, nous ne pouvons donner une explication satisfaisante de la manière dont se produit la vision par les yeux compos'és. Ces organes sont souvent énormes ; il n'est pas rare qu'ils occupent la plus grande partie de la tête. Chez une infinité d'es- pèces, leur dimension est plus considérable dans les mâles que dans les femelles. La configuration des yeux subit de curieuses variations qui coïncident avec les circonstances biologiques. Les yeux apparaissent tardivement chez les Insectes. Beaucoup de larves sont aveugles; les autres n'ont que des ocelles. Chez les larves les plus avancées dans leur développement, on 110 LKS MliTAMolilMUiSKS MHS INSECTI'^S. li'oiivc (le petites agglomératious d'yeux simples. 11 y en u six de ehuque cùté chez la larve du Dytique, (lu peut doue être assuré (juc les yeux composés se forment par l'union tout à fait intime d'yeux simples. .M. Claparède a eu l'excellente idée d'étudier ces organes dans leur déYelop[>ement par l'observation des nymphes. Des détails anatondques ont été constatés. Sur la (pieslion principale, aucune lumière nouvelle ne s'esl produite. YI Li:S APPAREILS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. Hicu a est jilus jdli, plus inrrVL'illeux, à iiiir iiiliiiilé d l'yai'Js, ([lie les différents ai>pareils des fonctions de nutrition chez les Insectes. L'appareil digestif, ra]>pareil circulatoire, rap[>areil respira- toire, présentent des particularités de structure et des dispositions caractéristiques au plus haut degré. L'appareil digestif et ses annexes ont souvent une coni[ilication ([ui dénote, cliez les Insectes, une grande perfection organique. Les organes de la nianducation on de la succion sont invaria- blement conformés sur le même plan, ainsi que de Savigny en a donné l'éclatante démonstration. .Malgré des ditférences pro- digieuses dans les foi"uies, dans le développement, dans les usages, dans les adaptations de ces organes, il est aisé de s'en formel' promplement 1 idée la plus nette, à raison même de I unité de plan. 112 l.KS MKTAMOHPIKiSES DES INSECTES. Si nous cxHiiiinoiis, en pi^eniier lieu, la Ijouclio daiis un Insecte qui se nourrit de substances solides, un Insecte broyeur, suivant l'expi'ession adoptée par les zoologistes, nous aurons un point de départ qui rendra fort simple l'étude des pièces buc- cales de tous les autres Insectes. La Sauterelle est bien partagée sous le rapport du dévelop- pement de ses pièces buccales; elle fournira ainsi un exemple très-favorable. l'AlniES DE LA llUUCIIIi DE l.A SAUTEHEl.l.E VERTI'. [Locusta viridissima). 1 . Le labre. — 2,2. Lus Jeux iiiarulibulcs. — 3,3, Les deux mâchoires. — 4. La livre iiiférieuie. — 5. La lanj; La bouche est pourvue de six pièces articulées : un labre ou lè\i'c supérieure, deux mandibules, deux mâchoires, une lèvre inlV-ricurc. LES APPAIlEiLS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. 113 Le labre, ([ue lou ap[)clle également la lèvre supérieure, est une lame simple, transversale, articulée dans toute sa largeur avec le bord antérieur de la tète. Cette lame forme la limite su})érieure de la bouche. Fréquemment, une échancrure, lai sillon médian offre l'indice certain que cette pièce est constituée primordialement par deux portions latérales. Les mandibules, insérées exactement au-dessous du labre, sont des pièces épaisses, massives, aiguës à l'extrémité, tranchantes et dentées au bord interne. Douées d'un mouvement latéral de dehors en dedans, elles agissent connue des tenailles en se rap- prochant, ou à la manière d'une paire de ciseaux, pour diviser les substances alimentaires. Les mâchoires, articulées en arrière ou au-dessous des man- dibules, suivant la position donnée à la tète, sont deux pièces aplaties, terminées par deux lobes, garnies au bord interne de dents ou de }>ointes acérées, pourvues au côté extérieur d un palpe, sorte de tige divisée en plusieurs articles. Les mâchoires ont pour usage d'achever la trituration des substances déjà ('oui)ées par les mandibules et d en opéi-er l'introduction dans la cavité buccale. Enfin, la lèvre inférieure, qui ferme la bouche en dessous, pièce impaire, articulée avec le menton, divisée dans son milieu, portant un palpe de chaque côté, présente ainsi les carac- tères de deux mâchoires qui seraient soudées sur la ligne médiane. La lèvre inférieure, seulement un peu mobile de bas eu haut, retient les aliments triturés par les mâchoires, aide à la préhension, surtout avec le secoui'S de ses palpes. Tous les Insectes masticateurs ou broyeurs, suivant les ap|»el- lalions usitées, ont la bouche pourvue des mêmes pièces toujours fort reconnaissables; ces pièces, insérées dans des rapports inva- riables, étant seulement un peu modifiées dans leurs formes et dans leurs propiuHions. Parfois les mandibules, ti'ès-ordinairement les mâchoires et la lli LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. lèvre inférieure, se montrent formées de plusieurs parties bien distinctes. Une intelligente comparaison de ces parties, poursuivie dans les principaux groupes de la classe des Insectes, a conduit un zoologiste, M. BruUé, à reconnaître un mode de constitution uniforme pour les différents appendices de la bouche. De grands changements s'effectuent dans les caractères de l'appareil buccal , chez les espèces de certains groupes , si le régime des adultes diffère beaucoup de celui des larves. Les Lépidoptères nous en offrent l'exemple le plus saisissant. La chenille a une lèvre supérieure bien développée, deux fortes mandibules agissant à la manière de celles de la Sauterelle, deux mâchoires libres, et enfin une lèvre inférieure limitant en dessous le cadre buccal. Ou reconnaît donc sans le moindre effort, dans la bouche de la chenille, les mêmes parties que dans la bouche de rOrthoptère. Mais voici l'Insecte transformé; il est devenu Papillon. Au premier abord, c'est à croire que rien de l'appareil buccal de l'animal à son jeune âge n'a persisté. Une trompe déliée, et au-dessous de cette trompe deux palpes écailleux, sont les seules parties apparentes. Aussi, pendant longtemps, ne vint à personne l'idée de comprendre le changement opéré par la transformation de la chenille en Papillon. Savigny, ou l'a vu, a été sur ce point le véritable clairvoyant. Portons sur le Papillon l'attention que l'habile naturaliste y porta lui-même. Un premier soin indispensable est de détacher toutes les écailles qui couvrent la partie antérieure de la tête. Alors on distingue au-dessous du front une toute petite lame transversale. La position de cette pièce impaire ne laisse prise à aucun doute, c'est la lèvre supérieure. De chaque côté on remarque une pièce d'une extrême petitesse : ce sont deux pièces situées exactement au-dessous du labre, c'est-à-dii'e les mandibules, désormais sans usage aussi bien que la lèvre supé- rieure, et l'éduites à l'état de vestiges par suite d'une atrophie. Au-dessous des mandibules, nous avons la trompe, formée de LES APPAREILS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. Il;") deux longues tiges flexibles iutiraement rapprochées, caualiculées à l'intérieur, de façon à ménager un conduit. Une observation un [teu attentive fait apercevoir à la base de chaque tige un palpe rudimentaire, appendice caractéristique d'une mâchoire. Le caractère essentiel et la position des parties montrent clairement A\_. liOUCHE DU UHHE INSliCTK. Le Sphinx du Troène [Sphinx LigustTi) à l'élat de larve cl à l'état de l'apilloii. rt, lèvre supérieure. — b, mandibules. — c, mâchoires. — rf, lèvre inférieure. — e, antennes. — f, yeux. ([lie ce sont les deux mâchoires fort allongées qui constituent la trompe. Enfin, au-dessous de la trompe, se montre, comme dans la bouche des Insectes masticateurs, luie pièce impaire portant un palpe de chaque côté. C'est la lèA're inférieure devenue très-petite, bien que ses palpes aient d'assez grandes (Umensions. Les Insectes suceurs, Hémiptères, Diptères, etc., dont la bou- che est un bec ou un suçoir, ont également un labre, deux jnan- dibules, deux mâchoires, une lèvre inférieure ; seulement ces pièces ou au moins quelques-iuies d'entre elles deviennent des stylets, des gaines, etc. C'est dans l'histoire des différents types de la classe des Insectes que nous examinerons ces intéressantes IIG LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. particularités de formes et en même temps de curieuses adapta- tions à un genre de vie spécial. La cavité buccale, tapissée par un(; memjirane lubrifiée par la salive , est d'ordinaire pourvue d'appendices pharyjigiens. Ainsi eu arrière du labre , on trouve souvent un lobe plus ou moins développé et soutenu par des tiges de consistance coriace ; on le désigne, d'après Savigny, sous le nom d'épipharijnx. A la base de la lèvre inférieure, il existe, dans le plus grand nombre des Insectes masticateurs, une sorte de Ijouton charnu appelé la langue ou Vliypopharynx. Le tube digestif, en continuité de tissu avec la membrane tapis- sant la cavité buccale, se porte de l'extrémité antérieure à l'ex- trémité postérieure du corps, tantôt en ligne droite, tantôt en décrivant des circonvolutions. Des renflements et des étrangle- ments successifs marquent les divisions du conduit alimentaire : l'ipsophage, l'estomac, l'intestin grêle, le gros intestin. Des glandes complètent le système digestif, les glandes salivaires, et des tubes grêles, désignés par les auatomistes sous les noms de vaisseaux de ^lalpighi, de canaux biliaires ou de canaux urino- biliaires. Le canal alimentaire est constitué par plusieurs tuniques supei'posées. C'est d'abord lïue enveloppe délicate, homogène, (jue l'on a comparée à une membrane périlonéale; puis une cou- che museuleuse formée de fibres transversales et de fibres longi- tudinales, particvdièrement solides aux deux extrémités du canal. Une membrane muqueuse sous-jacente à la couche museuleuse forme la paroi interne, qui est tapissée par un épithélium. Après la mastication ou après la succion, les aliments ont passé dans la l)ouchc, la salive les impi'ègue ; ils pénètrent dans l'œsophage. L'œsophage est un conduit à parois extensibles, traversant le thoi'ax en ligne droite;. Ordinairement étroit chez les espèces qui vivciil (le matières tluides. il acquiert parfois une largeur LES APPAREILS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. 11' G-3Uf{GU/V^ APPAREIL DIGESTIF D ON INSECTE HERBIVORE APPAREIL DIGESTIF D JN INSECTE CARNASSIER la Sauterelle verle (Loc.usld vinàxssima.). le Dylique bordé (Di/fisciis marimalii). a, l'œsopliage. — b, le jabol, — c, le ijésier. — d, l'esloniac. — c, l'inleslin grêle. — f, le gros inlcslia ou rectntu, — g, les glandes salivaircs. — /(, les canaux urino-hiliaires. 118 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. assez considf'i'fible chez les espèces qui se nourrisseut de matières solides. Souvent un élargissement très-notable se manifeste à la partie postérieure de l'œsophage. Le nom de jabot, emprunté à l'anatomie des Oiseaux, désigne cette portion élargie. Le jabot permet à l'animal d'accumuler, de tenir en réserve une forte quantité d'aliments. Nous le trouvons dans des Insectes herbi- vores, dans de grands mangeurs, comme les Criquets, les Sau- terelles, etc., et surtout dans les Insectes qui font provision de nourriture pour leurs larves. Ces derniers possèdent la faculté de dégorger. De la sorte, l'Abeille dépose dans ses cellules le miel qu'elle a puisé au fond des fleurs. Il y a des espèces chez lesquelles le jabot devient excentrique et se développe de coté, de manière à foi'mer une poche ou une panse latérale. Dans quelques groupes, le jabot s'isole entièrement du canal œsopha- gien, et devient un sac appendiculaire : c'est le cas pour les Lépidoptères. Parfois, comme cliez une foule de Diptères, ce sac est pourvu d'un long col grêle, s'ouvrant dans l'œsophage plus ou moins près de la bouche. Ce jabot appendiculaire paraît jouer un rôle dans l'acte de la succion ; cependant le mécanisme de cette pompe aspirante ne nous est pas encore très-bien connu. Le plus ordinairement, à l'œsophage succède l'estomac ; mais, chez beaucoup d'Insectes, il existe au devant de l'estomac une poche à parois musculeuses, épaisses et résistantes, séparée de l'œsophage par un étranglement ou un bourrelet. C'est un premier estomac, un estomac de trituration analogue au gésier des Oiseaux, dont on lui donne le nom. Le gésier, garni à l'intérieur de colonnes charnues ou de pièces dures, a pour usage de faire subir aux aliments une nouvelle trituration avant leur passage dans l'estomac. L'existence du gésier n'était néces- saire que chez les espèces carnassières ou herbivores, qui avalent des substances très-solides. Cette poche fait défaut chez les espèces dont les aliments ne réclament aucune trituration énergique. L'estomac, eu i'a|»|tort direct tantôt avec l'œsophage, tantôt LES APPAREILS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. 119 avec le gésier, varie dans les plus larges limites. Pai'fois, comme dans la Sauterelle, c'est un vaste sac un peu cordiforme, terminé en forme de conduit tubulcux, à parois épaisses, présentant une surface extérieure lisse. Plus souvent c'est une partie du tube digestif, allongée, iutestiniforme, tantôt lisse à sa surface, tantôt couverte d'une multitude de petites glandes, comme dans le Dytique et beaucoup d'autres Insectes carnassiers. Là s'effectue l'acte principal de la digestion. Les aliments, déjà fort divisés, (pie reçoit l'estomac, y subissent l'action du suc gastrique. Ce liquide, toujours acide, au moins dans l'état de digestion, possède les mêmes propriétés essentielles que chez les Vertébrés. Il réduit en pulpe, en chyme, les substances ingérées. Le suc gastrique est versé dans l'estomac en plus ou moins grande abon- dance, selon le régime des espèces. Les glandes qui le sécrètent sont très-développées dans la plupart des Insectes cpii vivent de matières animales, les Carabes, les Dytiques, les Bousiers. Les glandes qui couvrent la surface de l'estomac de ces animaux, sous l'apparence de villosités ou de petits cils allongés, affectant la forme de doigts de gant, ont des parois celluleuses i^emplies d'utricules. Les glandes stomacales d'une foule d'Insectes ne se montrent pas à l'extérieur; on les trouve logées dans l'épais- seur des parois de l'estomac, sous la couche musculeuse. C'est ce (jue l'on voit chez les Insectes herbivores, qui consomment de grandes quantités de nourriture, et dont les parois de l'estomac sont fort épaisses. De même que dans l'Homme et les Ani- maux supérieurs , la sécrétion du suc gastrique est provoquée par l'état de plénitude et d'excitation de l'estomac. Dans cette condition, les giandules versent leur produit en abondance, et ce produit possède alors ses propriétés digestives au plus haxit degré. Dans l'état de vacuité de l'estomac, le suc gastrique, très-peu abondant, perd son acidité, et parfois même devient alcalin. Le phénomène est analogue à celui qui est observé chez les Vertébrés. 120 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. L'intestin succède à l'estomac; son origine est indiqué, à l'exté- rieur par un étranglement et par l'insertion des canaux urino- biliaircs ; à l'intérieur par un repli, une sorte de pylore, arrêtant le passage des aliments, tant qu'ils ne sont pas suffisamment digérés. L'intestin varie à l'infini sous le rapport de la longueur : tantôt il est absolument droit, tantôt il décrit quelques sinuosités, tantôt encore il est plusieurs fois replié sur lui-même. Souvent il a été affirmé que l'intestin offrait, selon le régime, des modifi- cations analogues à celles que l'on observe parmi les Mammi- fères. Des exemples ont été signalés, où il est court chez les espèces carnassières, et très-long au contraire chez les espèces herbivores. En effet, dans la Cicindèle, le Carabe, etc., les plus carnassiers des Coléoptères, l'intestin est à peu près droit ; dans le Hanneton, animal essentiellement phytophage, l'intestin forme de nombreux replis, tant sa longueur est considérable relativement à celle du corps. 11 n'en fallait pas davantage poni' concevoir la tentation de généraliser. Pourtant ici la généralisa- tion était malheureuse. Le Dytique est un animal féroce, exclu- sivement carnassier; son intestin, quatre fois replié, comme le montrtî notre figure, a une assez grande longueur. La Sauterelle est un animal herbivore, et son intestin, décrivant à peine quel- ques ondulations, a peu de longueur. En réalité, la dimension de l'intestin ne permet pas de préjuger le régime d'un Insecte. C'est ailleurs qu'il faudi'a rechercher le but de la nature, dans ce genre de modification d'une partie de l'appareil digestif, car, actuellement, ce but n'est pas encore découvert. Parfois l'intestin conserve à peu près le même diamètre depuis son origine jusqu'à l'orifice anal ; mais, le plus souvent , sa partie postérietu"e est marquée par un renflement très-prononcé. On distingue alors l'intestin grêle et le gros intestin ou rectum. Dans beaucoup d'Insectes, le rectum porte des boutons charnus dont l'usage ue nous est pas connu. Cette partie du tube digestif devient (pi('l(|uef()is une poche latérale. Chez le Dytique, cette LES APPAREILS ET LES FONCTIONS DE NUTRITION. 121 ])oche rejetée sur le côté affecte une forme étrange, celle d'une sorte de bonnet. Les glandes accompagnant le canal alimentaire sont les glandes salivaircs et les vaisseaux nrino-biliaircs. Les glandes salivaires, placées de chaque côté de l'œsophage, sont des tulles contournés, des poches à parois celluleuses, des grappes d'utricules. Très-ordinairement il y a deux ou trois paires de glandes, et ces glandes en général sont au moins de deux sortes. Dans la Sauterelle, par exemple , où les glandes salivaires sont fort développées, elles consistent en une paire de grappes utriculaires et en une paire de poches ou de sacs de l'orme allongée. Dans ro[)inion de ([uelques anatomistes, les pre- mières seraient les véritables organes sécréteurs, les secondes h^s l'éservoirs ; mais c'est là une erreur. Les unes et les autres ont également des parois celluleuses contenant des utricules qui donnent un produit spécial. Un mélange des hquides provenant des deux sortes de glandes s'effectue dans le canal commun qui conduit la salive à la bouche ou dans la bouclie elle-même. L'existence d'au moins deux sortes de glandes salivaires chez un grand nombre d'Insectes est certaine. C'est une complexité ([ui n'est ]ias sans analogie avec ce que l'on voit dans les Animaux supérieurs. La salive est très-franchement alcaline, et tout indique que non-seulement elle sert à faciliter la déglutition en hmuectant les aliments, mais qu'elle exerce une action chimique compa- rable à celle de la salive des ^'ertébrés. Elle a un autre usage chez les Insectes suceurs ; elle agit sur les végétaux et les ani- maux, de façon à déterminer une excitation propre à amener vers la piqûre une aJiondance de matière fluide. On en verra des exemples remarquables dans le cours de cette histoire. 11 est des cas où les glandes salivaires sont détournées davantage encore de leurs fonctions ordinaires. Dans les chenilles et diverses autres larves, elles (hnienneni les vaisseaux (pii fournissent la soie. Î22 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Les glandes intestinales sont des tulîes aveugles insérés au point d'union de l'estomac et de l'intestin. Ces tubes, toujours assez longs, entortillés sur le canal digestif , quelquefois fortement accolés à une partie de l'intestin, sont au nomlire d'au moins deux jjaires. C'est le cas pour tous les Coléoptères; mais, chez une foule d'Insectes, les Orthoptères, les Hyménoptères, etc., ils sont en nombre beaucoup plus considérable et très-variabh^ Fram- boises sur leurs bords, souvent d'un jaune verdàtre, comme dans la Sauterelle, jtarfois d'un l>run foncé comme dans le Dytique, h's tubes urino-biliaires sont particulièrement caractéristiques de l'appareil digestif des Insectes. Ils ont été appelés canaux ou vaisseaux de Malpighi, du nom de l'auteur qui les a signalés le premier, vaisseaux hépatiques, canaux biliaires, canaux uri- naires, canaux urino-biliaires, selon l'idée que l'on s'est formée de leur fonction. Leur produit a été le plus oi-dinairement consi- déré counne étant de la bile ; ce devait être alors des corps rem- plissant les fonctions du foie. D'un autre coté, la })résencc d'acide urique et même de calculs ayant été constatée dans ces tubes, plusieurs physiologistes estimèrent que ces canaux faisaient l'office des reins. D'autres physiologistes ne pouvant douter que ces organes ne soient en même temps le siège d'une sécrétion spéciale très-analogue à la bile, ont vu probablement avec raison, dans les canaux de IMalpighi, des organes chargés du doidîle rôle du foie et des reins. De là le nom de canaux urino- biliaires qu'on paraît aujourd'hui préférer à tout autre et qu'il convient sans doute de leur attribuer. La graisse se forme en grande masse chez les espèces qui hivernent, et surtout chez les Insectes à l'état de larves qui doivent l)asser un tenq)s assez prolongé à l'état de nynq)lies. Dans d'in- uondtrables vésicuhîs retcMiues par des brides de tissu connectif, la graisse s'accumule autour du canal digestif, et finit ([uelquefois j)ar envahir les interstices de tous les organes et même de toutes les fibres musculaires. On voit cette substance, très-abondante LKS APPAREILS ET LKS FONCTIONS DE NUTHITION. 12:5 ;iu inomont ih la métamorphose delà larve, disparaîtro iircscpic Il f CHENILLE. PAPILLON. Appareil dfiiestif du Bombyx Ju Mûrier à IVlal ,1e Ver ù soie et il l'.ar un organe semblable, pour que la fonction puisse s'exercer toujours d'une manière aussi complète que possible dans diffé- rentes conditions de la vie. Beaucoup d'Insectes sont pourvus de glandes logées dans la partie postérieure de labdomen. Ces glandes simples ou doubles, souvent accompagnées de réservoirs, sécrètent un liquide acre, caiistique, acide, plus ou moins volatile. Elles ont leur orifice au voisinage de l'orifice anal. Le tissu des conduits éjaculateurs est contractile, et des muscles particuliers venant à agir sur ces conduits, à l'instant même où s'exerce sur les glandes luie pres- sion produite par les parois de l'abdomen , l'éjacidation s'effec- tue. Les glandes anales varient extrêmement sous le rapport de la configuration, et la nature de la liqueur qu'elles sécrètent paraît également varier d'une manière très-notable. Parfois cette liciueur, lancée avec plus ou moins de force, s'écoule en répan- dant son odeur acre, pénétrante. La plupart des Coléoptères carnassiers possèdent ainsi la faculté defïrayer leurs ennemis. Parfois la liqxieiu' est tellement volatile, qu'elle s'échappe brus- quement sous forme de vapeur. En soulevant des pierres le long des chemins, au milieu des champs, il est ordinaire de mettre à découvert des groupes de petits Coléoptères au corps l'ougeâtre, aux éMres bleues. Ces petits Insectes, que l'on nomme des Brachines, fuient en lançant avec explosion leur vapeur acide. Malheur à l'imprudent qui a regardé de trop près! la vapeur, atteignant les yeux, cause une atroce sensation de brûlure. Le même danger est à craindre de la part des Fourmis. L'entomo- logiste, remuant une fourmilière et examinant de très-près, ne manque guère de recevoir les atteintes de l'acide (|ue ces Insectes émettent au dehors loi'squ'ils sont inquiétés. L'acide l)articulier cpie sécrètent les Fourmis a été étudié dans ses i',8 Li:s mi:taiM(>ki'HOses des insectes. propriétés, et les chimistes lui ont appliqué le uoui d'acide formique. Uaus un grand nombre de familles de l'ordre des Hyméno- ptères, les femelles sont pourvues d'un appareil analogue, dont la sécrétion a un caractère tout spécial : c'est le venin que l'Abeille, (pie la Guêpe introduit au moyen d'un aiguillon fort acéi'é. L'ap- pareil consiste en deux longs tubes simples ou ramifiés, se réunis- sant d'ordinaire en un canal commun, aboutissant à un réservoir en foi'me de poche. Un conduit excréteur aboutit à l'aiguillon. C'est dans l'histoire des Hyménoptères, et de l'Abeille en parti- culier, que nous examinerons tous les détails de la conformation de ce curieux appareil, tant redouté de ceux qui voient s'appro- cher des Guêpes ou des Abeilles. Chez les Abeilles et quelques autres Hyménoptères, il existe encore une sécrétion fort remarquable, la cire, qui transsude à travers le tégument et s'accumule, sous forme de lames minces, à la face inférieure du second et du troisième anneau de l'ab- domen. Chez beaucoup d'Hémiptères, les Cochenilles, certains Pucerons, des Fulgores, il se produit aussi à travers la peau une exsudation de matière cireuse qui prend sur le corps de l'animal l'aspect d'une efflorescence blanche, et qui est très-propre à le garantir du contact de l'eau pendant la pluie; parfois cette ma- tière s'échappe en volumineux flocons. Le mode de production de la matière cireuse est loin encore d'avoir été étudié d une manière satisfaisante ; peu de recherches attentives ont été faites sur ce sujet. Une autre production curieuse de certains Insectes est celle de la lumière. Tout le monde remarque les Lampyres, habituel- lement désignés sous le nom vulgaire de Vers luisants. En Amé- rique, de grands Taupins (Pyrophores), dont chacun a entendu parler dans ces dernières années, où plusieurs individus ont été apportés vivants du Mexique, sont l'objet de l'étonnement et de l'admiration des voyageurs. 11 en est de même des grands Fui- LES SÉCRÉTIONS ET LA REPRODUCTION. IfiÇ) gores de la Guyane et du Brésil, de plusieurs Fulgores de l'Inde et de la Chine. La lumière se montre sur les cotés de l'abdomen chez les Lampyres, sur le prothorax, par deux espaces ovalaires, chez les Élatérides du genre Pyrophore, dans un prolongement de la tète chez les Fulgores. La matière qui produit la lumière, logée dans de petits amas de cellules, est épaisse, granideuse, et ne présente aucune trace de phosphore, comme l'ont démontré toutes les recherches. De très-nombreuses trachées entourent et pénètrent les cellules. Cette particularité anatomique a conduit à supposer que la lumière est produite par une combustion entretenue par l'oxygène contenu dans les trachées. La lumière s'éteint ou se manifeste avec intensité, selon la volonté de l'ani- mal, ou du moins selon son activité. Il suffît en effet d'exciter l'Insecte dont la lumière a disparu, pour qu'il la fasse reparaître aussi brillante que possible. Le système nerveux agit ainsi tout particidièremcnt, à n'en pas douter, dans la production de cette lumière, ce qui explique ses intermittences. La fécondité des Insectes est bien connue, trop connue des agriculteurs, qui ont fréquemment à gémir sur les ravages causés dans leurs plantations. Pour tontes les espèces, il y a des indi- vidus des deux sexes, des mâles et des femelles. Certains auteurs, même aujourd'hui, considèrent, il est vrai, les Pucerons vivipares comme des hermaphrodites; mais le fait est loin d'être suffisam- ment démontré. Dans quelques groupes de la classe des Insectes, il est des espèces vivant en sociétés, dont la plupart des individus demeurent incapables de multiplier. Ce sont ordinairement des femelles chez lesquelles les organes de la reproduction, sous l'influence d'ime nourriture particidière, restent dans un état rudimentaire. Personne n'ignore qu'on appelle ces individus stériles qui forment la foule dans les sociétés d'Abeilles et de Fourmis, les neutres ou les ouvrières. Il y a dans toutes les espèces, entre les organes de la repi'o- duction des mâles et des femelles, une ressemblance générale 150 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. très-manifeste. Ces organes, toujours symétriques, occupent la partie ventrale de l'abdomen et aboutissent à son extrémité, un peu en arrière de l'orifice anal. Chez les femelles, les ovaires sont formés de fuites plus ou moins nombreux, amincis graduellement vers le sommet et rapprochés de façon à constituer un faisceau. Dans ces tubes ou ces gaines ovigères se développent les œufs. Ceux qui occupent la partie inférieure, ordinairement arrivés à maturité au moment où l'Insecte apparaît sous sa dernière forme, ont toute la grosseur qulls peuvent acquérir. Les œufs placés au-dessus, souvent moins avancés dans leur développement, ont un plus faible volume, et ceux (pii se trouvent à l'extrémité des tu])es sont fort petits. Les œufs pressant les parois des gaines, ces parois s'ap- pliquent exactement à leur surface, de soiie que les œufs, rangés à la suite les uns des autres, figurent une sorte de chapelet. Cette inégalité dans le développement des œufs n'existe, au l'esté, que chez les espèces capables d'effectuer des pontes succes- sives. Les Insectes dont la vie est très-courte font une seule ponte: tous leurs œufs sont mûrs en même temps. Si les gaines ovigères contiennent une petite quantité d'œufs, les ovaires demeurent libres, reposant simplement sur la pai'oi de l'abdomen; si ces gaines, au contraire, sont nombreuses et fort longues, les ovaires sont mainteniis par un ligament suspenseur fixé à la base du thorax . Les œufs, en se détachant de leurs gaines, tombent dans une sorte de sac, qui ajeçu de Léon Dufour le nom de calice ; de là ils passent dans un tube, qui est l'oviducte. Les oviductes des deux ovaires se réunissent en arrière pour former un oviducte commun. Une poche, d'ordinaire assez vaste, existe chez le plus grand nombre des Insectes, et à son défaut, une dilatation de l'oviducte. Cette poche, communiquant par un conduit avec l'oviducte commim, reçoit pendant l'accouplement la liqueur fécondante. Une autre cnpsule. soiivviint dans l'oviducte, en général nu LES SÉGKKTIONS ET LA REPRODrCTION. 151 peu au-dessus de la poche principale, quelquefois en arrière, comme chez le Dytique, a été reconnue par les observations de MM. de Siebold et Stein pour un réceptacle de la semence. C'est APPAREIL FEMELI-E DU DYTIQUE (Dytiscus marginalis] . n. Les ovaires. — i. Leur calice. — c. Les OTiducles. — d. La poche copulalrice. — e. Gaine Je l'oviducle. f. Glandes anales. — g. Exlrémilé du rectum. dans son passage au devant du col (1(> ce rései'voir que Iceul reçoit l'imprégnation. Des glandes accessoires complètent d ordinaire l'appareil l'eraelle. Les œufs, on le sait, sortent du corps des femelles 152 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. imprégJit'S (rime niatièix' visqueuse, qui leur fait coutraeter adhérence entre eux et sur les corps où ils sont déposés. Ce sont des glandes spéciales, s'ouvrant vers l'extrémité de l'oviducte, (pii sécrètent cette sorte de vernis. Ces organes simples ou doubles affectent souvent une forme tubuleuse; mais leur configuration varie à l'infini entre les divers groupes. 11 y a même des glandes dont le rôle reste pour nous fort douteux. De ce nombre, ou peut citer deux glandes ramifiées comme des arbuscules, qui existent chez beaucoup de Lépidoptères. On a pensé (pie ces organes étaient le siège de la production d'une liqueur odorante propre à dénoter, pour les mâles, la présence des femelles. Rien encore, cependant, n'est bien démontré à cet égard. L'appareil mâle se compose de deux organes producteurs de la liqueur fécondante, disposés symétriquement comme les ovaires des femelles. Ces organes sont formés, dans divers types, de j)lnsieurs tubes aveugles groupés d'une manière très-analogue aux gaines ovigères. Souvent ils consistent en un long tube simple, enroulé sur lui-même à la manière d'un peloton de fil. Dans plusieurs familles, notamment chez les Scarabéides, ils sont formés de six, huit ou dix petites capsules, chacune portée sur un pédoncule. Dans la plupart des cas, les organes des mâles ont une enveloppe générale fibreuse. Les deux canaux déférents représentant les deux oviductes se réunissent comme ces derniers en un canal unique. Vers leur point de jonction, il existe ordinairement des glandes acces- soires de forme variable, cpii sécrètent' une sorte de mucosité : ce sont les glandes mucipares. L'organe d'intromission offre toutes les modifications imagi- nables. En général, il est recouvert de pièces solides de la nature des parties tégumentaircs. Les corpuscules fécondateurs (spcrmatozoïd(?s) atïectent en général la forme de fils terminés en pointe extrêmement fine ; souvent ils sont repliés en manière de boucle, et parfois on LES SÉCRÉTIONS ET LA REPRODUCTION. 153 les trouve attachés par une extrûmitc' à une sorte de ruban. Les œufs des Insectes varient de la manière la plus remar- i[ual)le sous le rapport des formes extérieures. 11 y en a de par- faitement arrondis, d'ovalaires, d'oblongs; les uns avec leur surface lisse, les autres avec leur surface cannelée. Au moment de réclosion, il est des cas où les petites larves déchirent l'enve- loi>[»e de leur œuf; cette enveloppe est mince. 11 est des cas, au contraire, où la coquille de l'œuf, dure et épaisse, résisterait aux mandibules de la petite larve. Les œufs présentent alors la plus curieuse conformation. Semblable à un petit barillet, l'œAïf a un couvercle qui adhère médiocrement ; la jeune larve voulant venir à la lumière presse, et la déhiscence du couvercle s'opère. Les œufs n'étant imprégnés que pendant leur passage dans loviducte, lorsque leur enveloppe solide est parfaitement consti- tuée, il fut longtemps impossible d'expliquer comment s'effec- tuait la pénétration des corpuscules fécondateurs. Une petite découverte assez récente a fourni l'explication : la coquille de l'œuf présente à l'un de ses pôles un ou plusieurs trous, aux- quels on donne le nom de micropyles; ces ouvertures suffisent pour donner accès aux corpuscules. Les micropyles sont très- diversement caractérisés et en nombre plus ou moins consi- dérable , suivant les types. D'intéressantes observations ont été faites à ce sujet par M. le professeur Rudol[di Leuckart (de Giessen). Dans les circonstances ordinaires, l'œuf, avant d'être fécondé, ne se compose que de la vésicule germinative et du vitellus. Mais, dans quelques circonstances, le travail embryogénique a lieu sans fécondation. En un mot, il est des femelles qui repro- duisent sans l'intermédiaire d'aucun mâle. Divers Lépidoptères en fournissent des exemples accidentels; les Pucerons, les Abeilles, etc., des exemples réguliers. Le nom de parthénogenèse est employé pour désigner cette reproduction par des femelles vierges. 15/1 ■ LES METAMORPHOSES DES INSECTES. Les Insectes, pour le plus grand nombre, naissent h un degré de développement encore peu avancé, un état embryon- naire, l'état de larve, suivant l'expression consacrée. De l'in- stant de leur éclosion jusqu'à la fni de leur croissance, les Insectes, sous leur formte de larves, subissent des mues ou chan- gements de peau, sans éprouver de modifications notables dans leur organisme. Arrivés au terme de leur croissance, ils changent de forme, et ils tombent dans une période d'immobilité, l'état de nymphe ou de chrysalide. C'est en quelque sorte un œuf nou- veau, et en même temps c'est un moule dans lequel s'achève le développement de l'animal. En sortant de leur enveloppe de nymphe, les Insectes sont complètement adultes. Les espèces qui éclosent, n'ayant aucune ressemblance mani- feste avec leiu's parents, et qui doivent passer par mie phase d'immobilité, comme les Lépidoptères, les Coléoptères, les Hy- ménoptères, sont appelées habituellement : les Insectes à mêla- morphoses complètes. Il est des types, les Ortlioptères (Sauterelles), les Hémiptères (Punaises), etc., dont le développement organique s'effectue presque en entier dans l'œuf. Ceux-ci naissent avec les carac- tères des adultes. A l'intérieur, les organes de la reproduction ; à l'extérieur, les organes de vol seuls, ne sont pas constitués. Dans cette première condition, on considère l'Insecte comme luie larve, mais c'est une larve peu comparable à celle d'un Li'pi- doptère ou d'un Coléoptère. A une époque, les ailes se montrent sous l'apparence de moignons emmaillottés : on dit alors l'animal à l'état de nymphe, mais cette nymphe est active comme la larve et l'adulte. On nomme les Orthoptères, les Hémiptères, etc., des Insectes à métamorphoses incomplètes. Nous verrons des types ((ui, sous le rapport des phases de leur développement, sont in- termédiaires aux premiers et aux derniers. VIII LES LEPIDOPTERES. L«.'s ti'aits essentiels (!<> rorgauisation générale des Insectes nous étant connus, nous devons esquisser l'histoii^e particulière des représentants de chacune des grandes divisions. Il ne s'agit pas seulement de reconnaître les traits caractéristiques des divers types. Nous avons eu même temps à examiner chez les espèces les détails de leur conformation qui les obligent à vivre dans des conditions détermmées ; nous avons à constater pour quels usages sont construits lenrs appendices. Nous avons surtout à suivre ces espèces dans leurs métamorphoses, dans les manifestations de leurs habitudes, de leurs instincts. Nous commençons cette histoire par celle des Lépidoptères, par la simple raison que les Lépidoptères sont les Insectes dont les métamorphoses ne sont absolument étrangères à personne. Il est d'ailleurs assez indifférent de commencer par les Coléo- ptères, les Hyménoptères, les Lépidoptères, pjiisqu'il n'existe 156 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. pas d'enchaînement régnlier entre les divers groupes. Dans les classifications, les types les plus parfaits sous le rapport de leur organisation viennent d'ordinaire les premiers. Les Hyméno- ptères industrieux occupent ainsi le rang suprême parmi l(>s Insectes; mais les Hyménoi)tères les plus dégradés sont loin d'être supérieurs à une foule de types appartenant aux autres ordres. Avec le plan que nous avons adopté, les phénomènes les plus simples nous conduiront par une heureuse gradation aux faits les plus complexes. Les Lépidoptères présentent une physionomie si particulière, que les plus ignorants n'hésitent jamais à reconnaître un Insecte de cet ordre. C'est un Papillon, s'écrie chacun : 't*ai)ill(in de jour, Papillon de nuit. Le doute n'est possible à personne. Le nom de Lépidoptèrej ou le nom plus vulgaire de Papillon, apporte l'idée d'un être aux formes légères et élégantes, aux couleurs vives et variées ou aux teintes délicatement nuancées. Les ailes, le plus souvent d'iuie grande ampleur relativement au volume du corps, donnent à la plupart des Lépidoi)tères les mouvements un peu saccadés qui désignent ces Insectes à l'atten- tion. Les ailes, au nombre de quatre, toujours formées d'une double membrane incolore, parcourues par des nervures diver- sement disposées suivant les types , sont revêtues d'écaillés microscopiques superposées à la manière des tuiles d'un toit. Les belles couleurs, toiijours admirées, que présentent les ailes d'une foule de Papillons, appartiennent aux écailles. Les oppo- sitions de teintes, si violentes qu'elles soient, n'offrent jamais ici aucune découpure, jamais aucun contraste désagréable à l'œil, comme cela se voit ailleurs, si deux couleurs absolument diffé- rentes se trouvent rapprochées. Sur l'aile d'un Lépidoptère, une bande roiige, jaune, bleu clair traversant un espace noir, il y a sur les bords des deux parties un enchevêti'ement des écailles diversement teintées qui échappe aux yeux, tout en produi- sant lui charmant rll'ct. ('ombien de peintres gaguerafeut à LKS LEPinoPTÈlŒS. 157 «ibserver sur les ailes des Léi)i(lo[>tères coinmeiit la iiatui'e pro- cède pour oi>teiiir sans dureté les plus vives oppositions de coloris ! l'ORTlON TRÈS-GROSSIE DE L'aILE ANTÉRIEURE DL' GRAND PAON-DE-NL"IT [Mlacus Puvouia-major) nionlranl le mode d'implanlalion des écailles. A la vue simple, les écailles des Lépidoptères sont de la pous- sière, la poussière s'attachant aux doigts qui ont effleuré l'aile d'un Papillon; sous le microscope, ce sont des objets d'une ravissante délicatesse, de formes parfaitement déterminées et pleines d élégance, d'une structure complexe. Variables selon les genres et les espèces, variables aussi selon les différentes parties de l'aile, les écailles peuvent être plus ou moins allongées, plus ou moins élargies en éventail, arrondies au sommet ou découpées. de manière à figurer des dents ou des festons aigus. A la base de cliaque écaille existe un pédoncule que l'on pren- drait pour un manche ou une poignée, lorsque le microscope donne à l'objet une dimension un peu considérable. C'est la partie implantée dans la membrane alaire. La surface des écailles offre ordinairement plusieurs carènes longitudinales, bien parallèles et également espacées. Entre ces carènes, des arêtes transversales très-rapprochées les unes des autres forment un réseau d'une incroyable délicatesse, dune admirable netteté. 158 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. Ces ligues saillantes sont destinées sans doute à l'aire contracter aux écailles une sorte d'adhérence entre elles. ÉCAILLES DE LÉPIDOPTÈBES DE DIFFÉRENTS GENRES. Papillon Machaon, — 3, 4. Morplio Ménélas, — 5. Hespcrio miroir. — G. Sosie apifomie. — 7. Zygène de la Filipendule. — 8, 9, 10. Sphinx du Trocnc. — 11. Plérophore penladactyle. Tous les Lépidoptères ont pour caractère, connue l'exprime leur nom (is-iSot, écailles; ^Tapa, ailes), d'avoir les ailes revêtues d écailles à la face supérieure et à la l'ace inférieure. Parfois cependant le caractère se dégrade. 11 y a des Papillons dont les ailes sont en grande partie transparentes. Les ailes sont ti'anspa- rentes parce qu'elles sont nues; mais encore, chez ces Insectes, les écailles existent toujours sur les bords, sur les nervures, sur (|uel(pies espaces. Le caractère ne manque donc jamais. Quand il s'agit des particularités extérieures des Lépidoptères, il ne faut pas s'arnMer à la seule considération des ailes. I.KS LKPIUOPTERES, l.ïO Les patios sont presque toujours très-frêles, relativeinenl à la masse et au poids du cor[)s. (les Insectes, en effet, marchent peu pour la plupart, surtout les espèces diurnes. Ils ne l'ont guère usage de leurs pattes que pour se poser. En général, les trois paires de [lattes sont également développées, mais dans quelcjues gi'oupes de Papillons de jour celles de la première [)aire sont atrophiées. Plus petites que les autres, dépourvues de crochets à leur extrémité, mais très-velues, elles demeurent sans usage, a[)pli(|uées contre la poitrine. Les pattes des Lépido|>tères sont couvertes de poils et d'écaillés; les postérieures ])ortant parfois des faisceaux de longs poils, et dans EXTHEMITE DES TAHSE3 DE DIVERS LÉPIDOPTÈIIES, 1. Papillon Machaon. — 2. Iléliconic ajiseuJc's. — 3. Vanessc Paon-iie-jour. — i. Spliiiix ilii Troc la plupart des espèces nocturnes, des pointes auxquelles on donne le nom d'éperons. Le rôle de ces pointes, dont le développement est très-variable suivant les genres, n'a [m eiicore être décou- lf,0 F.ES MKÏAMOUPHOSES DKS INSECTES. vert. Les tarses se terminent par des crochets (|ni ont toujours la même configuration chez les IVocturnes, mais qui se modifient au contraire d'une façon très-remarquable parmi les Diurnes. Chez certains types, les crochets sont simples et très-longs ; chez d'autres, ils sont divisés; chez d'autres encore, ils sont complè- tement partagés jusqu'à leur origine, et dans leur intervalle il existe une sorte de pelote ou de semelle flexible. Cette curieuse variabilité des crochets dans les Lépidoptères a été signalée par M. Doyère, il y a environ vingt-cinq ans. On s'imagina (pie l'on [tourrait employer les caractères fournis par ces parties à la distinction des genres ou des groupes. On se trompa. Dans le même genre, des espèces voisines peuvent avoir, les nues des crochets simples, les autres des crochets Ijifidcs. C'est une simple adaptation à des conditions biologiques. Chaque espèce a des crochets conformés poui' se poser sur des fleurs, sur des feuilles, sur des troncs, où il est plus ou moins facile de se maintenir. La tète des Lépidoptères n'est jamais très-grosse. Les antennes, composées d'une longue suite d'articles, offrent toutes les formes imaginables. Les yeux sont presque toujours assez gros et velus, et souvent il existe sur le front des ocelles dont on s'expUque d'autant moins la présence, qu'ils sont ordinairement recouverts par les poils et les écailles de la tète. Les Lépido[>tères ont une bouche conformée d une façon particu- lière et adaptée à un genre de vie spécial. La lèvre supérieure elles mandibules n'ont jibis aucun usage; ces pièces, nous avons déjà constaté le fait, sont réduites à l'état de vestiges. Des précautions inûnies sont nécessaires pour les trouver cachées sous les poils et les écailles cpii garnissent la tète. Les mâchoires, au contraire, ont en général un remanpiaijle développement. Minces, étroites, flexij)les, extrêmement allongées, intimement rapprochées l'une de l'autre sans être soudées, mais excavées à leur côté interne de manière à former un canal, elh>s constituent une trompe. Cette tromjte a souvent la longueur du corjjs de l'animal et LES LEPIDOPTERES. 161 parfois bien davautage. Sou allongement était indispensable au Papillon puisant sa nourriture dans le fond de la corolle des fleurs. Mais la trompe varie beaucoup sous le rapport de sa dimension, selon les espèces. De là un indice certain de la nature des fleurs de prédilection pour l'espèce. Le Papillon buti- nant sur les fleurs à corolle étalée n'a besoin que d'une petite trompe; il en faut une longue à l'espèce qui préfère les fleurs à corolle en cornet. Il est des Lépidoptères dont la trompe est rudimentaire ; ce sont ceux qui ne prennent aucune nourriture. Tout le monde sait que le papillon du Ver à soie ne mange jamais. Des Insectes de divers groupes n'arrivent à l'état adulte que pour se reproduire. Le but étant rempli, ils meurent. Cette trompe, grande ou petite, si elle n'est pas absolument rudimentaire, est toujours roulée en spirale pendant le repos. De la sorte elle occupe peu de place; elle ne peut en rien gêner les mouvements de l'animal. L'Insecte est-il pris de la tentation de humer le nectar d'une fleur, soudain, par un effort des muscles maxillaires, la trompe se déroule. Les palpes des mâchoires, si développées chez les Insectes broyeurs, sont ici tout à fait rudimeutaires; organes réduits à létat de vestiges, ils existent comme simples témoins d'organes ayant un rôle important chez nue foule de représentants du monde des Insectes. Les palpes de la lèvre inféi'ieure conservent presque toujours, au contraire, des proportions notables; suivant toute probabilité, ils agissent comme organes de tact. Les Lépidoptères, parmi lesquels nous comptons les Insectes les plus magnifiques entre tous les Insectes, offrent peu de faits remarquables dans leurs habitudes. A l'état de larves ou de chenilles, ils ont encore parfois des instincts curieux; mais à l'état de papillons, ils vivent quelques jours, paraissant n'avoir d'autre rôle à remplir que dembellir la nature. Ils satisfont à la loi de la reproduction; les femelles pondent leurs œufs dans l'endroit convenable, prenant les soins nécessaires à leur pro- 11 162 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. tection avec un iustinct qui n'est jamais en défaut, puis tous les individus adultes disparaissent. Ou ne saurait, dans l'état actuel, expliquer comment se pro- duit la coloi'ation chez les Lépidoptères des difïereuts groupes. A ce sujet, des faits seulement peuvent être notés. Toutes les espèces de certains geni-es se trouvent avoir les mêmes nuances. Les espèces les plus brillantes appartiennent aux régions les plus chaudes et les plus humides : l'Amérique du Sud, les iles de la Sonde et les Moluques et certaines parties de l'Inde. La plupart des groupes du Règne animal offrent des exemples analogues qui ont été partout signalés. Dans le grand genre pour lequel on a réservé le nom de Papillon (Papilio), on voit des groupes entiers composés d'espèces dont le système de coloration est uniforme. Des espèces de ce genre, répandues aux Moluques, aux îles de la Sonde, dans l'Inde, dans la Chine méridionale, ont des ailes d'iui noir de velours, sablées de bleu ou de vert métallique et ornées de taches ou de bandes de la même nuance. D'autres espèces du genre, propres à l'Amérique du Sud, aux Antilles, au Mexique, se distinguent par des ailes postérieures parées d'une grande tache ou d'une bande d'un rouge écarlate à reflets d'opale sur un fond noir. D'autres encore, et en très-grand nombre, ont les ailes bigarrées de jaune et de noir. Les Piérides, le grand Papillon du Chou en est le iype, ont généralement les ailes blanches; les Coliades, les ailes jaunes; les Argus, de couleur bleu de ciel chez les mâles, brune chez les femelles. Les Danaïdes ont la tête et la poitrine ponctuées de blanc; les splendides Morphos de l'Amérique méridionale ont la plupart les ailes d'un bleu métallique chatoyant. 11 existe ainsi très-souvent une soiie d'uniformité dans le système de coloration d'espèces appartenant à des groupes naturels plus ou moins étendus. Ceci s'appUque aux repré- sentants de beaucoup de divisions du Règne animal, mais on en LES LEPIDOPTERES. 163 est suxiout frappé à l'égard des Lépidoptères et des Oiseaux. Chei'chons-nous les causes de la coloration des Lépidoptères, le but de la nature eu attribuant certaines nuances à des espèces, nous demeurons dans l'ignorance. Les causes déterminantes de la coloration d'un animal nous échappent encore d'une manière à peu près complète; c'est l'action seule de la lumière plus ou moins intense dont nous apercevons parfois les effets. Le but de la nature au contraire nous apparait clairement dans diver-ses circonstances. Tel animal vit sur les branches ou sur le feuillage d'un arbre, il aura les teintes sombres du bois ou les nuances vertes des feuilles; c'est une livrée qui dissimule sa présence et le fait échapper à des ennemis. Une infinité de Chenilles en offrent 1 exemple. Pour les Lépidoptères diurnes qui recherchent la lumière, paraissant destinés à être l'ornement des campagnes, les couleurs ne sont pas des moyens de dissimulation. Le docteur Boisduval a cité de nombreux exemples remar- quables de Lépidojjfères pareillement colorés appartenant à différentes familles. Dans nos campagnes, volent au bord des sentiers les Zygènes et l'Euchélie du Séneçon, ayant également des ailes d'un vert bronzé, ornées de taches rouges comme le plus beau carmin. Dans nos bois, se mêlent les Mélitées ou les Damiers avec la Lucine, espèces de genres très-dissem- blables, si pareilles par leur coloration, que de loin on ne les distingue pas entre elles. Dans les mêmes Ueux, c'est une Phalène toute blanche [Geometra dealbata) qui semble vouloir se confondre avec un Papillon de jour, une Piéride {PierisNapi). A la Chine, le voyageur, trompé par la couleur, peut prendre pour des frères, une Phalène {Phalœna papilionaris) et des Danaides aux ailes tachetées de vert. Dans l'Amérique du Sud, les faits du même genre sont nombreux. A Surinam, une Pha- lène (Phalœna osiris) et un Papillon (Papilio ammon) vivent ensemble, portant la même livrée. Au Brésil comme à la 164 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Giiyane , ce sont d'élégants diurnes , des Héliconies et des Castuies appartenant à cette division que les anciens natura- listes appelaient les Crépusculaires, d'un aspect tellement sem- blable, que les yeux les confondent en les voyant voler dans les sombres forêts du nouveau monde. Les Piérides ont la plupart les ailes blanches, mais quelques- unes sont parées des couleurs jaunes, rouges, noires des Lépido- ptères d'une autre famille, les Héliconies. Et ces Lépidoptères, Piérides par tous leurs caractères de chenille, de chrysahde, de papillon, Héliconies par leurs couleurs, voltigent aux mêmes lieux. Un voyageur anglais, habile entomologiste, M. H. Baies, qui a recueilli d'intéressantes observations sur les Lépidoptères de la vallée de l'Amazone, a vu, parmi les Héliconies vivant eu immenses troupes, les Piérides qui leur ont emprunté leurs nuances, des espèces de plusieurs auti'es genres de Diurnes et même des Phalènes toutes si pareilles aux Héliconies par leur coloration, par leurs habitudes, par leur vol, qu'il devient impos- sible dans cette foule de distinguer les unes des autres. L'auteur anglais pense que la nature, en donnant à la Piéride ou à la Phalène l'aspect des Héliconies, lui a fourni un moyen d'échapper aux animaux insectivores. L'explication ne seml)le pas heureuse. L'oiseau chasseur aurait-il donc vuie préférence poui" la Piéride sur l'Héliconie? Parmi les Lépidoptères, les individus des deux sexes sont souvent tout pareils, mais très-fréquemment aussi ils présentent dans leur coloration des dissemblances extrêmes et parfois de très-grandes inégalités dans leur développement. 11 est des femelles privées d'ailes; il en est de si imparfaites, qu'on les prendrait aisément pour des larves. 11 n'est pas d'ordre, dans la classe des Insectes, dont les méta- morphoses ai-ent été autant observées que celles des Lépidoptères. Les larves, les chenilles, comme on les appelle habituelle- ment, de la plupart de nos espèces européeimes, ont été décrites LES LÉPIDOPTÈRES. 16,î et figurées. L^s chenilles d'un assez grand nombre d'espèces des autres parties du monde ont également été l'objet de repré- sentations plus ou moins fidèles. Il y a une séduction pour l'artiste, pour le peintre, à faire le tableau de l'Insecte aux couleurs ou aux formes étranges, et de la plante qui le nourrit. C'est l'animal et le végétal unis par la puissance créatrice, \u\ poëme de la nature qui attire volontiers un esprit obser- vateur. Les chenilles, à bien peu d'exceptions près, se nourrissant de végétaiix, il est facile et amusant de les élever en captivité, de les voir grossir, puis se métamorphoser. Cette éducation est pleine d'attrait pour les amateurs de Papillons. Ils épient le moment de l'éclosiou, et se trouvent posséder des individus qui n'ont pas secoué leurs ailes, qui n'ont pas perdu une écaille, qui enfin sont d'une ravissante fraîcheur. C'est un but plus sérieux cependant qui a conduit beaucoup de naturalistes à s'occuper des chenilles. Sous leur première forme, les Lépidoptères offrent plus d'intérêt à certains égards (fue pendant la dernière période de leur existence, où ils se mon- trent dans tout lem* éclat. Les chenilles, du reste, ont aussi leur l>eauté, et parfois une beauté singuhère. 11 est impossible de com- prendre le sot préjugé", répandu parmi les personnes ignorantes, qni leur fait regarder ces Insectes comme dangereux ou répu- gnants. En comptant bien, nous ne trouverons guèi'e, en Europe, plus de trois ou quatre espèces dont on doive se méfier, et encore n'y en a-t-il qu'une seule vraiment redoutable. Celles-ci ont des poils aigus qui se détachent avec facilité, pénètrent l 'épi- derme et causent une démangeaison. Mais toutes les autres che- nilles sont des animaux que l'on peut toucher sans le moindre inconvénient, des animaux qui se nourrissent exclusivement des plantes sur lesquelles on les rencontre , et qui ne justifient le dégoût sous aucun rapport. Dès le moment où l'on commença à observer les larves des 166 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. Lépidoptères, l'intérêt s'attacha à leiu" étude. Tous les Pa- pillons semblent vivre à peu près de la même manière; les chenilles offrent de nombreuses différences dans lem^s conditions d'existence. Des espèces de Lépidoptères, assez dissemblables à l'état de papillons, se ressemblent à l'état de chenilles. Des espèces si voisines à l'état de papillons, que leur caractérisation était des plus difficiles, ont des chenilles faciles à distinguer par leur coloration, par la nature de leur régime, par leur séjoui' de prédilection. Des rapports manifestes entre les espèces d'un même type pen- dant lem" premier âge s'obscm'cissent chez les adultes, comme on en a des exemples fi'appants aujom'dhui dans toutes les grandes divisions du Règne animal. Le sentiment de cette vérité avait déjà conduit, en 1773, deux amateurs de Vienne, Denis et SchiffermiiUer, à classer les Lépidoptères d'après les caractères des chenilles. Les ouvrages spécialement destinés à faire connaître les Lépi- doptères sous leurs formes de chenilles et de chrysalides sont nombreux. Même en ne s'occupant pas des anciens livres, dont les figures étaient grossières, on peut énmnérer une série de belles publications sur ce sujet. Dans le siècle dernier, un observateur américain, John Abbot, avmt décrit et représenté avec une remarquable perfection les chenilles, les chrysalides, les cocons d'un grand nombre d espèces des Etats-Unis. Son ou%Tage a été publié avec luxe à Londres, en 1797, par Smith. Pour les métamorphoses des Lépidoptères d'Europe, on considte toujours les planches d'un peinti'e d'Augsbourg, Jacob Hûbner, (jui ont paru de 1806 à 1818. En 1832, le continuateur de l'ouvrage bien connu de Godart sur les Papillons de France, Duponchel, commença une publication sur les chenilles des espèces européennes. Dans le même temps, trois entomolo- gistes, MM. Boisduval. Rambur et Graslin, s'associèrent pour un travail «lu même eenre. Ces omTaees, recommandables à LES LÉPIDOPTÈRES. 167 plus d'un litre, n'ont pas été achevés. Certaines chenilles se trouvent partout, mais d'autres sont difficiles à rencontrer, et les recherches infructueuses découragent les investigateurs. Les métamorphoses des plus petits Lépidoptères occupent aujourd'hui plusieurs observateurs. L'ouvrage le plus considé- rable et le plus complet qui ait paru sur ce sujet, est celui d'un auteur anglais, M. Stainton. Depuis quelques années, un entomologiste de Lyon, M. Millière, fait connaître les premiers états encore inobservés de beaucoup d'espèces rares, accompagnant ses descriptions de charmantes figures, dont le naturaliste ne laisse à personne le soin de l'exé- cution. Les Lépidoptères étant si bien connus dans leurs métamor- l)hoses, n'aurons-nous dojic à présenter à leur sujet que les observations des auteurs spéciaux? Non, certes. Dans ce champ si exploré, mille petites découvertes restent à faire. On a décrit les formes générales et les couleurs des chenilles, les conditions de leur existence, les caractères des chrysalides, les particularités que présentent les cocons. C'est déjà beaucoup, mais il y a davan- tage à considérer. Toutes les chenilles ont une tête bien distincte, un corps plus ou moins allongé, composé de douze anneaux, une bouche pour- vue de pièces propres à la mastication, avec une filière pratiquée dans la lèvre inférieure, trois paires de petites pattes attachées aux trois premiers anneaux, et que l'on nomme habituelle- ment les pattes écailleuses, en outre des pattes membraneuses, le plus ordinairement au nombre de cinq paix-es. Les premières sont les vraies pattes ;e\[cii deviendront les pattes du papillon. Les autres sont les fausses pattes; constituées par de simples prolon- gements de la peau garnis de crochets ta l'extrémité, elles sont absolument transitoires : l'Insecte adulte n'en conserve aucune trace. Les pattes et les pièces de la bouche ayant presque la même 168 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. configuration chez toutes les espèces, aucun observateur n'a songé à les regarder de bien près. Or, l'examen de ces parties nous conduira à des aperçus d'un réel intérêt. Lue vue nouvelle nous montrera l'existence des Lépidoptères dans leur premier âge, sous un aspect qui n'a même pas encore été entrevu. Nous vendons alors combien sont admiral)les, chez ces êtres, les adaptations des appendices aux conditions d'existence de chaque espèce. L'examen d'une patte suffira à nous apprendre si cette patte appartient à une chenille qui grimpe après les tiges ou qui se tient sur les feuilles, ou qui vit à l'intérieur du bois, ou qui séjourne dans la terre, à la racine des végétaux, ou qui demeiu-e cacliée dans l'intérieur des feuilles. L'observation du labre ou lèvre supérieure, cette petite pièce avancée au-dessus des mandibules, nous dira comment l'Insecte prend sa nourri- ture. En poussant notre investigation à l'intéxneur de l'animal, la considéi-ation des glandes qui produisent la soie nous per- mettra de décider sans autre information si nous avons affaii^e à une chenille devant subir à découvert sa transformation en chrysalide, ou à une espèce qui s'enferme dans un cocon faible ou solide. Les chenilles, arinvées au terme de la croissance, cessent de prendre de la nourriture ; les unes choisissent un endroit convenable pour se fixer par une partie de leur corps ou pour s'enfermer dans une coque soyeuse, les autres s'enfoncejit dans la terre. En cet état, la chenille se raccourcit, sa peau se fend, et alors se montre la chrysalide, un être emmaillotté, presque immobile, où se dessinent déjà à l'extérieur les formes générales du papillon. Les formes des chrysalides sont souvent très-caractéristi- ques; aussi les classificateurs y ont donné la plus grande atten- lion. Affectant presque toujours des formes anguleuses chez les (1) Voyez page Hi, LES LKPinnPTÉHES. 169 ('S|)i''ces diurnes, ellos sont oblongues, juTontlies et de couleui* brunâtre chez les espèces nocturnes. 11 est presque toujours assez facile de distinguer les unes des autres les espèces de Lépidoptères. Les contours des ailes, les détails de leur coloration surtout, fournissent des signes qui n'échappent pas à des yeux attentifs. iMais vient-on à s'efforcer d'établir de grandes divisions, des familles, des genres, dans cette multitude si attrayante, la difficulté se trouve plus grande cpie dans la plui)art des autres ordres. La raison en est simple : Tor- ganisation générale des Lépidoptères varie dans les limites les plus étroites entre les espèces de l'aspect le plus différent. Aussi les classificateurs se sont donné, sinon beaucoup de peine, au moins beaucoup de tracas, pour grouper ces Insectes de la ma- nière la plus naturelle. Les appendices ne subissent cpie des modifications assez mini- mes. Le régime étant partout le même, les organes de la diges- tion conservent un grand caractère d'uniformité. Le système nerveux n'offre pas cette diversité de degrés de centralisation, si remarquables dans plusieurs des autres ordres. Tous les Lépi- doptères ont, à peu de chose près, le même degré de perfection organique. Les Nocturnes, et surtout les Boml^yx, ont, sous ce rap|»ort, un léger avantage sur les Diurnes et les Phalènes, mais l'avantage est faible. Linné n'avait distingué que trois grands genres dans l'ordre entier des Lépidoptères : les Papillons, les Sphinx et les Phalènes. Les trois genres constituèrent, dans la classification de Latreille, les familles des Diurnes, des Crépusculaires, des Nocturnes. Quand le nombre des subdivisions admises commença à être considérable, les trois familles devinrent des sections ou des divisions supé- rieures aux familles. Puis on s'aperçut que les noms de Diurnes, de Crépusculaires et de Nocturnes ne répondaient pas dans tous les cas à l'idée que l'on devait s'en former et que les trois sections n'étaient pas différenciées par des caractères précis. Tout le 170 LES IVfÉÏAMORPHOSES DES INSECTES. monde reconnut qu'il n'y avait que deux grands types dans l'ordre, l'ini représenté par les Diui-nes, l'autre par l'ensemble des Crépusculaires et des Nocturnes. Les premiei's ont tous des antennes terminées en massue; pour eux le nom de Rhopalocères fut inventé par Duméril. Pour les autres, le docteur Boisduval imagina le nom d'ilétéi^ocères, appellation assez peu satisfaisante, SPHINX DU TROENE VU EN DESSOUS, raoïitraiU d'un cùlé le frein de l'aile postérieure engagé dans l'anneau de l'aile supérie dégagé de l'anneau. e, de l'autre cùlé le frein puisqii'elle signifie les Lépidoptères aux antennes de toutes les formes. D'autres noms ont ététii'ésdnne particidarité plus impor- tante. Chez lc« Diurnes, les ailes postérieui'es ne sont retenues en aucune façon aux ailes antérieures; leurs mouvements sont indé- pendants. Chez tous les autres, à peu d'exceptions près, les ailes postérieures sont attachées aux ailes antérieures au moyen d'un frein. Cette différence a conduit à donnera la première grande division le nom d' Aclialùioptères (ailes sans frein), et à la seconde celui de Chalinoplères (ailes pourvues d'un frein). Rien de plus simple que ce petit appareil. C'est une portion LES LÉPIDOPTÈRES. 171 do la nervure costale de l'aile postérieure qui s'isole sous la forme d'un crin très-roide, et s'engage dans un petit anneau de l'aile antérieure qui repose sur la grosse nervure costale. Tous les Lépidoptères, un peu abondamment répandus dans notre pays, portent des noms qui appartiennent à la langue fran- çaise. Ces noms, probablement d'une origine assez ancienne, ont été consacrés par les naturalistes du dernier siècle. Geoffroy, auteur d'une Histoire des Insectes des environs de Paris, publiée il y a un peu plus de cent ans, les a presque tous enregistrés. Quelques années après, un moine de l'ordre des Augustins, Eugramelle, a également désigné par leurs noms vulgaires les Papillons d'Europe, dessinés par Ernst, un peintre allemand, dont les planches sont encore citées dans les ouvrages spéciaux. LES LÉPIDOPTÈRES AUX AILES DÉPOURVUES DE FREIN [Achalinoplères). C'est ici que l'élégance des formes, que toutes les splendeurs du coloris apparaissent comme dans une suprême manifestation. Les ailes des Papillons de jour, ordinairement d'une extrême anq)leiu\, offrent tous les contours imaginables. Nous voyons des ailes dont les bords sont gracieusement arrondis, des ailes dont le bord postérieur poi'te un prolongement tantôt court et élargi, tantôt grêle et allongé, sorte de queue donnant à l'animal im port vraiment majestueux. Les Lépidoptères diurnes, toujours remarqués même des plus ignorants, ont reçu une infinité d'appellations vulgaires. N'y a-t-il pas les Parle-queue, ceux que Linné avait appelés les Che- valiers [Equités)'! Le naturaliste suédois, souvent animé d'un sentiment poétique, ne distinguait-il pas les Chevaliers troyens 172 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. et les Chevaliers grecs? N'y a-t-il pas les Parnassiens, les Argus, les Sylvains, les Satyres, etc. ? Linné n'a-t-il pas nommé les Lépidoptères diurnes aux teintes soml:»res les Papillons plébéiens ruricoles et les Papillons plébéiens urbicoles ? Les beaux Lépidoptères que les naturalistes ont longtemps l'ORTlON TKBMINALE DE I.'ANTENNE DANS DIVERS (iENRES. i. Papillon Macliaon. — 2. Arjirynne Grand-Nacré. — 3. Tliécla W blanc. — 4. Ilespérie sylvuîn. appelé les Divu'nes, et que tout le monde appelle les Pai)illons de jour, n'ayant point les ailes postérieures retenues aux ailes antérieures, ont un vol très-saccadé. Au repos, leurs ailes se redressent contre le corps, ne laissant plus voir que leur face infé- rieure, ('es lus(>ctes n'emploient leurs pattes grêles, insuffisantes pour la marche, qu'à se poser. Les tarses ont d'admirables LES LEPIDOPTERES. 173 petites grifi'es presque imperceptibles à la vue simple. Ces griffes étant diversement construites suivant les types, on ne saurait douter qu'il n'y ait des griffes disposées pour prendre adhérence sur certains végétaux, d'autres conformées pour se fixer sur d'autres végétaux. De petites particularités dans les habitudes de nos Lépidoptères restent encore à observer. Toutes les espèces ont des antennes qui se terminent par une massue, tantôt grêle, tantôt très-grosse, arrondie ou aplatie. Les différences que présentent ces appendices servent ' souvent à caractériser certains groupes. Ces Insectes semblent devoir être partagés en quatre grandes familles, les Papiliomdes, les Nymphalides, les Erycinides, les Hespériides; auxquelles il convient peut-être d'en ajouter une cinquième, comprenant lui fort petit nombre d'espèces de l'Amé- rique du Sud, des Moluques et des îles de la Sonde, les Cydimo- nides. Les Paphjonides sont caractérisés par des pattes antérieures bien développées, par des palpes entièrement garnis d'écaillés et si courts, qu'ils ne dépassent pas les yeux, par des antennes terminées en une massue allongée. Cette famille renferme plu- sieurs genres dont les espèces, abondamment répandues en Europe, attirent l'attention de tous ceux qui, pendant l'été, se promènent dans les campagnes. C'est le Flambé et le Machaon, nos représentants du genre Papillon proprement dit; ce sont les Papillons blancs ou les Piérides ; les Coliades, que vulgairement on nomme le Souci, le Soufre, le CHron. Les espèces du genre Papillon, disséminées par la terre entière, peuvent compter parmi les plus beaux ornements de la création animée. Passer la revue de ces espèces dans la col- lection de notre Muséum d'histoire naturelle, c'est se procurer le spectacle de toutes les élégances imaginables dans les formes, de toutes les merveilles du coloris. Nulle part, en effet, on ne trouverait des ailes mieux découpées. Le prolongement que 17i LES METAMORPHOSES DES INSECTES. - porteut les ailes postérieures, figurant parfois une longue traîne, donne à tout l'animal un air de haute distinction. Sur les ailes de ces Insectes souvent ce sont d'éclatantes couleurs, plus souvent de l'avissantes nuances, parfois de délicieux effets de transparence. Les teintes sont-elles modestes, ces teintes sont si agréablement mélangées, qu'elles produisent toujours un charmant effet. Trois espèces de Papillons porte-queue vivent en France : le Flambé' [Papilio podalirius), répandu dans toute l'Europe tempérée et méridionale, le nord de l'Afrique et l'Asie Mineure; l'Alexanor {Papilio alexanor), qui habite nos départements des Hantes et Basses-Alpes, et enfin le Machaon [Papilio machaon), le plus commun, qui vit dans toute l'Europe, dans le nord de l'Asie jusqu'aux montagnes de Cachemire et dans le nord etit Pajtillon du Chou {P. rapœ); la Piéride du ÎXavet, ou le Papillon hlanc veiné de vert, de Geoffroy {P. napi); la Piéride daplidice, ou le Papillon blanc marbré de verl, que l'on ne voit jamais dans les jardins : sa chenille ronge les Résédas et les Crucifères qui croissent dans les champs. Dans les Alpes et les Pyrénées, apparaît une espèce voisine de cette dernière, la Piéride callidice (Pieris callidice). \ oici deux Piérides cjui se ressemblent sous beau- coup de rapports, lune est l'espèce de la plaine, l'autre 1 espèce de la montagne. Il est encore une autre Piéride fort commune en lùirope, c'est le Gazé [Pieris cralœgi). Pour certains auteurs, le Gazé est le type d'un genre particidier. Sa chenille dévore les Aubépines des haies. Après lavoir signalée, Linné la traite de peslis horlo- rum. Il n'en faut pas plus pour se convaincre que le célèbre natu- raliste devait posséder un jardin. Certaines Piérides d'assez petite taille, dont les ailes délicates ont le plus ordinairement leur face variée de vert, composent aujourd'hui le genre Anthocharis. Ce nom exprime l'idée <(ue ces Lépidoptères ont la grâce des fleurs, et en effet l'Aurore [Anthocharis cardamines), le Papillon si comnuin au printemps dans les avenues des bois, légitime parfaitement une si belle appellation : le mâle a les ailes antérieures ornées d'une très- grande tache aurore. Dans le midi de la F'rance et dans une grande partie de l'Europe méridionale, il y a VÀnrore de Pro- vence [Anthocharis eupheno), dont le mâle se distingue par ses ailes entièrement jaunes. Mais, sous le rappoi't de la coloration, il existe quelque chose de plus curieux chez certains Anthocharis aux ailes blanches en dessus dans les deux sexes, h' Anthocharis belia se trouve dans le midi de la France et accidentellement jusqu'aux environs de Paris, dans presque toute l'Europe méri- LES LKPIDOPTKRES. 181 dionale. dans le nord do rAlï'i([ue. Il a deux générations par an. Les Papillons éclosent an mois de mars et d'avril de chry- salides qui ont passé l'hiver; leurs ailes postérieures, en dessous d'un vert tendi'e un peu jaunâtre, sont parées de taches du blanc nacré le plus pur. Ces Papillons donnent naissance à une nou- velle génération; les individus adultes paraissent de la fin de juin au commencement d'août. Ceux-ci, un peu plus grands que ceux du printemps, ont leurs ailes postérieures marquées des mêmes taches, seulement ces taches sont d'un blanc mat. La variété, dont les taches blanches ont perdu leur apparence de nacre a été longtemps regardée comme une espèce particulière {Ânthocharis ausonia). Le docteur Boisduval, le premier, a reconnu la vérité. Lue espèce voisine est répandue, au printemps, dans une grande })artie de la péninsule ibérique et sur les cotes méditerranéennes de l'Afrique. C'est Y Anthocharis helemia. Comme Y A. belia, elle a des taches nacrées à la face inférieure des ailes de la seconde paire. Aux mêmes lieux, en été, volent des Anthocharis bien sem- bhdiles à ceux du printemps, mais les mêmes taches sont mates. C était Y Anthocharis glaiice. ( h\ 1 analogie ne saurait laisser aucun doute. Les Anthocharis helemia et glaiice sont de la même espèce, et toujours l'un est la souche de l'autre. Ce fait présente un véritable intérêt, en nous montrant une coloration modifiée par des circonstances extérieures. Xous aurons à en citer im autre exemple plus remarquable encore. Un Anthocharis aux formes plus robustes que les espèces pré- cédentes avait été observé en Crimée et dans le district d'Oren- bourg; à l'état adulte, il semblait n'offrir rien de particuher : mais le docteur Rambur, l'ayant rencontré au pays d'Andalousie, aux t>nvirons de ^lalaga et de Grenade, létudia dans ses transfor- mations. La chenille de ce Lépidoptère vit dans les champs, sur des Crucifères. Pour se transformer, elle file, comme les Parnassiens, une légère coque. La chrysalide, assez courte, sans pointes latérales, étranglée au milieu, a une forme très-différente 182 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. de celle des autres Papilionides. Il n'en fallait pas davantage pour déterminer un entomologiste à voir dans cette espèce le type d'un genre. ÎM. Rambur prit pour le nom générique un souvenir de l'histoire d'Andalousie, et le Lépidoptère de Grenade et de Malaga , qui , par sa coloration , ressemble à V Aurore, s'appelle aujourd'hui le Zegris eupheme. D'autres Papilionides bien connus ont des habitudes et des transformations tout à fait analogues à celles des Piérides et des Authochai-is. Des ailes jaunes, des antennes courtes d'une jolie teinte rosée, font aisément reconnaître ces Lépidoptères, le Souci, le Soufre de nos campagnes (Colias edusa et C. hyale), le Solitaire et le Candide {C. palceno et C. phicomone) des Alpes. Ils composent le genre Colias. Leurs chenilles vivent sur les Trèfles et diverses autres Légumineuses. Le Citron, si remar- quable par ses ailes antérieures terminées en pointe aiguë, n'échappe à l'attention de personne. Dans l'hiver même, si par hasard la température vient 'à s'adoucir et le soleil à se montrer, le Citron se met à voler dans les champs, dans les jardins. Dans nos départements méridionaux, les ailes du mâle se couvi'ent d'une belle teinte aurore. Les Papillons de cette espèce hivernent en se réfugiant dans des trous de murailles et des cavités des arbres. Après un séjour de plusieurs mois dans ces sombres retraites, ils en sortent les ailes toutes déflorées et soTivent fort déchirées. La chenille de ce Lépidoptère vit sur le Nerprun. Le Citi'on [Rhodocera rhamni) est devenu le type d'un genre, le genre Rhodocère, dont le nom l'appelle une particularité commune aux espèces du groupe des Coliades, les antennes couleur de rose. Dans les régions intertropicales des deux continents, et surtout en Amérique, il existe des Coliades aux antennes plus effilées que chez les autres (genre Callidryas), qui en certaines contrées se montrent par myriades. Un voyageur anglais, Schomburgk, LES LÉPIDOPTÈRES. 183 rapporte qu'un jour, en remontant la rivière Essequibo, il A'it, de huit heures du matin à cinq heures du soir, sans interrujjlion, de ces Insectes traversant la rivière en nombre incroyable. Les Indiens de quelques localités recueillent leurs chenilles pour s'en nourrir. Après les avoir fait griller, ils les mélangent avec la farine de Manioc, qu'ils tirent de la racine du Cassave (Jatropha). Après les Papilionides viennent les Nymphalides. C'est une belle et nombreuse famille que celle des Nymphalides. On y voit des formes extrêmement diversifiées, des couleurs variées à l'infini, des pai-ures splendides et d'humbles ornements ; on y rcmarcpie des habitudes assez dissemblables entre les repré- sentants des divers groupes. Les Nymphalides sont toujours faciles à distinguer des Papi- lionides. Elles ne se posent que sur quatre pattes. Chez ces Lépi- doptères, les pattes antérieures sont en partie atrophiées et im- propres à la marche ; leurs tarses, dont les derniers articles sont 'très-petits, manquent de crochets. Ces pattes, très-velues, de- meurent immobiles, appliquées sur la poitrine, figurant une sorte de palatine. Les Nymphalides se reconnaissent encore à leurs palpes longs, bien garnis d'écaillés jusqu'à l'extrémité. Il y a de ces Lépidoptères dans toutes les régions du monde, les contrées brûlantes et les pays glacés. Ces Insectes forment néan- moins un ensemble parfaitement naturel, où l'on distingue une multitude de petits groupes particuliers, ou, si l'on aime mieux, de grands genres. Les Nymphalides présentent entre elles des différences no- tables, sous leur premier état. Dans certains genres, les chenilles, de forme cylindrique, portent des prolongements charnus; dans d'autres genres, elles sont épineuses; elles ont des épines simples ou des épines rameuses; ailleurs elles sont lisses, amincies en arrière, ici avec une large tête munie de longs tubercules, là avec une tête petite et inerme. Mais si les chenilles offrent entre elles des différences frappantes, les chrysalides se ressemblent 1S'i LF.S METWIORPltOSFS DES INSECTES. toiit<'s par la manière dont elles sont attachées. Les chrysalides des Nymphalides n'ont point, comme celles des Papilionides, un lien, une ceinture propre à les maintenir par le milieu. Fixées seulement par l'extrémité de leur corps, elles demeurent sus- pendues la tète en bas. La plupart des chrysalides de cette famille se font remarquer par des taches d'argent et surtout des taches d'or. C'est dans ce fait curieux que se trouve l'origine du nom de chrysalide, dérivé du mot grec (-/^pvjoç), qui signifie or. Des amis des biens matériels s'étaient volontiers persuadé qu'il y avait de l'or véritable dans ces petits corps condamnés à l'immobilité. Comme il arrive sou- vent en toutes choses, l'apparence était prise pour la réalité. Un pigment de couleur blanche, un peu d'air emprisonné sous un tégument jaunâtre et semi-transparent, suffisent pour produire l 'effet du précieux métal. Réaumur a tracé en un long discours les manœuvres de la chenille qui se suspend pour se transformer en chrysalide. Avant lui, bien des observateurs avaient été témoins de ce spectacle de la chenille (pii, sous les yeux, devient chrysalide dans l'espace de quelques minutes. Le spectacle est à la portée de tout le monde, mais personne n'avait compris ce qui se passait. La chenille, avec la petite quantité de soie dont elle dispose, s'attache par l'extrémité de son corps. Une fois ce petit travail exécuté, elle se laisse suspendre; alors elle se raccourcit presque à vue d'œil. sa peau se flétrit, elle se fend sur le dos : la chrysalide apparaît, se contournant pour se débarrasser de sa dépouille de chenille. Bientôt toute la partie antérieure du corps est dégagée, la peau de la chenille est refoulée en arrièi'e. Encore quelques efforts, et cette peau se détache en totalité. Au moment où elle va tomber, la chrysalide, qui est armée à son extrémité postérieiu'e d'hame- çons, s'accroche au petit amas de soie déposé par la chenille pour se fixer elle-même. Dans la famille des Nvmphalides. les Danaïdes composent une LES I.KPIDOPTERKS. 185 division particulière, une tribu, les Danaïilines, composée de quelques genres fort remarquables , dont presque toutes les espèces sont étrangères à l'Europe. Ces Lépidoptères ont le corps allongé, une physionomie un peu particulière; cependant il est assez difficile de formuler un caractère précis, propre à les faire distinguer sûrement des autres Nymphalides. Chez ces dernières, la grande cellule qui occupe le centre ou le disque de l'aile est ox"dinairement incomplète ; dans les Danaïdes et les genres voi- sins, cette même cellule est toujours complète, étant fermée par une nervure transversale. Les Danaïdes proprement dites et lesldéas, qui appartiennent au même petit groupe, offrent toutes cette particularité que leur thorax est ponctué de blanc. Leurs chenilles, glabres, portent des prolongements charnus, flexibles, dont l'usage ne nous est pas bien connu, en l'absence d'observations directes. Les chi'ysalides sont lisses et ornées de larges taches dorées d'un éclat magnifique. Une teinte fauve, plus ou moins irisée, colore les ailes des vraies Danaïdes, teinte relevée par des taches noires et blanches. Ces jolis Lépidoptères sont disséminés dans les ré- gions les plus chaudesduglobe, l'Amérique, l'Asie, l'Afrique. Dans les iles de la Grèce, on voit voler parfois une espèce de Danaïde [Dandis chrysippus). Cette même espèce a été prise, assure-t-on, sur les cotes de Calabre ; mais poussés par le vent, les papillons peuvent franchir d'énormes espaces, et ceux-là, sans doute, étaient nés sur la côte africaine. Les Idéas de l'Inde et des îles du Pacifique ont des ailes délicates, d'une grandeur énorme, blanches et marquetées de noir. Les Héliconies, qui se distinguent des Danaïdes par leurs ailes oblongues, souvent assez étroites, sout de charmants Lépido- ptères; ils ont l'élégance de la forme, toutes les parures que donne la variété infinie du coloris. En abondance à la Guyane, au Brésil, dans une grande partie de l'Amérique du Sud, ces Lépi- doptères sont remarqués de tous les voyageurs. Nous en avons 186 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. des espèces qui ont les crochets des tarses doubles, d'autres espèces où ces crochets sont simples. A coup siir, il y a là des adaptations à cexiaines conditions d'existence, des caractères qui coïncident avec certaines habitudes. L'observation n'a encore été dirigée de ce côté par personne. Les chenilles des Héliconies sont épineuses, et ressemblent, sous ce i^apport, à quelques-unes de nos Nymphalides les plus communes. La seconde tribu de la famille des Nymphalides, celle des Nymphalines, se compose d'une nombreuse suite de genres. Les espèces de plusieurs d'entre eux comptent parmi les plus beaux Lépidoptères de notre pays. Ce sont les Argynnes, aux antennes terminées par une large massue aplatie, aux ailes arrondies, de couleur fauve, parsemées en dessous de taches blanches, brillantes comme l'argent, comme la nacre, comme les perles fines. Vul- gaii'ement, les Argynnes s'appellent les Nacrés: ce nom exprime heureusement leur caractère le plus frappant pour tous les yeux, s'il n'est pas le plus important. Dans les avenues, dans les clai- rières de nos bois, volent, depuis le mois de mai jusqu'à la fin de juillet, ces papillons recherchés des jeunes amateurs : le Tabac- d'Espagne [Argynnts paphia), le Grand-Nacré (A. aglata), le Petit-Nacré [A. lathonia), le Collier argenté (A. euphrosyne). Les chenilles des Argynnes ont le corps couvert d'épines ra- meuses ; elles vivent en général sur les Violettes, mais se cachent si bien pendant le jour, qu'il est toujours difficile de les rencon- trer. Leurs chiysalidcs sont anguleuses et ornées de taches mé- talliques. On distingue des Argynnes, des Lépidoptères qui leur ressem- blent beaucoup par l'aspect général, par la coloration; seulement ceux-ci, de taille toujours très-médiocre, n'ont pas de taches blanches métalliques à la face inférieure des ailes, et la massue de leurs antennes est moins élargie. Leurs ailes sont fauves et quadrillées de noir ; de là le nom vulgaire de Damiers que l'on donne à ces Insectes. Ce sont les Mélitéesdes naturalistes. Comme LES LÉPIDOPTÈRES-. 187 les Ai'gynnes, elles se plaisent dans les bois, s'exposant moins que ces dernières au plein soleil. Tout dans leurs allures est plus modeste. Les chenilles des Mélitées, en général de couleur grise ou noirâtre piquetée de ])lanc, sont couvertes d'épines courtes, épaisses, ciliées de poils roides. Elles vivent sur des plantes basses. L'espèce la plus commune dans notre pays, la Mélitée athalie (Melitœa athalia), se trouve sur le Plantain, la Jacée, la \ alériaue, etc. Dans le même petit groupe que les Argynnes et les Mélitées, nous avons les Vanesses , si connues de tout le monde ; les Vanesses aux ailes anguleuses ou festonnées, peintes de riches couleurs; papillons qui, pour la plupart, éclosent sous nos yeux, le long des chemins, qui fréquentent les jardins, qui traversent de leur vol sautillant les rues des hameaux. Le Paon-de-jour, le Vulcain, la Petite-Tortue, la Belle-Dame, ne sont-ils pas partout? Leurs images ont été faites plus souvent que celles des hommes les plus illustres ou des plus nobles personnages. Prenons à part, pour un moment, l'espèce la plus séduisante de cette charmante pléiade de Vanesses, le Paon-de-jour (Va- nessa io). Il ne lui manque que de venir d'une contrée bien lointaine et peu fréquentée pour valoir cent fois son pesant d'or. Qui n'a admiré ses ailes si élégamment découpées, d'un rouge tirant sur le rouge-brique, d'une incomparable fraîcheur ; cha- cune portant une large tache analogue à l'œil du Paon, où le noir, le jaune, le bleu tendre violacé figurent une pupille, une prunelle, un iris. Un vieil historien des Insectes, Mouffet, un médecin anglais de la seconde moitié du xvi" siècle, a exprimé son admiration pour la belle Vanesse par cette simple épithète : omnium regina. Le Paon-de-jour se montre au printemps ; il paraît de nouveau en été; souvent il reparaît encore en automne. C'est sur les Orties que vivent ses chenilles. Sous leur premier état, les Vanesses 188 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. liabitont on commun: les individus d'nne même ponte ne se séparent guère les uns des autres avant le terme de leur crois- sance, avant l'époque de la métamorphose. Sur une tige d'Ortie, les chenilles se pressent les unes les antres, rongeant la même feuille. Quand tout est rongé, la troupe entière se porte sur une autre tige. Les chenilles du Paon-de-jour sont d'un noir de ve- lours pointillé de blanc; chacun des anneaux de leur corps, à l'exception du premier, porte six épines rameuses, ou tout au moins ciliées de poils roides. Leurs pattes membraneuses ont lui cercle d'épines très-fines; elles sont construites pour grimjjer sur les tiges peu résistantes d'une plante herbacée. Pour se transformer en chrysalides, ces chenilles se fixent ordinaire- ment aux feuilles de la plante qui les a nourries ou aux plantes du voisinage. (Juinze jours après, les papillons écloscnt. Le Paon-de-jour n'est pas la seule Vancsse ayant des chenilles qui mangent les Orties. La plus commune est la Petite-Tortue [Vcmcssa iirticœ), dont les générations se succèdent rapidement pendant toute l'année. Le Vulcain (Vanessa alalanta), aux ailes noires traversées par une bande d'un rouge écarlate, se nourrit également des Orties au temps de sa première condition. Les chenilles du Vulcain, d'un gris jaunâtre, ont des habitudes plus solitaires que celles des autres Vanesses; pres([ue toujours on les trouve isolées. La Belle-Dame [Vanessa cardui), aux ailes rosées, a presque le monde entier pour patrie. D'après plusieurs observations, elle émigré en grandes troupes, pai'couraut d'immenses espaces, lors- que les vents lui sont favorables ; fait certain, on la rencontre eu Europe du nord au sud, en Afi'ique, dans une grande partie de l'Asie, jusqu'en Australie et même en Amérique. Ses chenilles vivent sur les Chardons, rassemblées en groupes plus ou moins nombreux. La Grande-Torlue (Vanessa polychloros) n'est guère moins comnnuie que les jirécédeiites dans notre ])ays. Ses cluMiilles JlÊTAMOni'llOïES DE LA VANESSE l'AOïN DE JOUI LES LKPinni'TKRKS. 189 vivent paiiiculièroiiieiit sur les (Jrmes, et dans les localités où on les rencontre, il est ordinaire d'en voir [)lusieurs milliers réunis sur les mêmes branches. Le Morio (V. an(iopa) est la pins grande de nos Vanesses ; [dus grande et beaucoup moins répandue que ses congénèi'es, elle est fort prisée des amateurs. C'est d'ailleurs un fort beau Papillon : des ailes festonnées d'un brun marron avec une bor- dure jaune clair, précédée d'une série de taches bleues. Le Morio a un vol [tins élevé que les autres Vanesses, il est plus difficile à saisir; ce qui fait le désespoir des jeunes chasseurs. Sa chenille vit par groupes plus ou moins nombreux dans les cimes des grands Saules. Le Roberl-le-Diable (Yanessa C. album), aux ailes fauves marquées de noir, toutes découpées sur le bord terminal, ayant en dessous un j^etit trait blanc courbé qui ligure exactement la lettre C , est partout fort commun. Ses chenilles, assez réguliè- rement teintées de blanc rosé dans leur portion antérieure, vivent sur les (Jrties et assez fréquemment aussi sur les Ormes. Dans le midi de la France, le Robert-le-Diable est remplacé par une espèce voisine, dont la ligne de la face inférieure des ailes offre la figure d'une L {Vanessa L. album). Enfin, dans le même genre, il est encore une très-petite espèce {Yanessa prorsa), fort curieuse à raison de la variabilité de sa coloration, variabilité qui avait fait croire à l'existence de deux et même de trois espèces distinctes : c'est la Carte géographique . Lorsque vers la fin d'avril et dans les premiers jours de mai, on visite ces bois pleins de fraîcheur, arrosés par de petits ruisseaux faisant entendre leur murmure cher aux poètes, on voit vol- tiger, puis se poser sur les Orties, qui, sous l'ombrage et dans la terre humide, poussent verdoyantes, de charmants petits Papil- lons bien reconnaissables pour des Vanesses, à leur port et surtout à la forme de leurs ailes. Ces ailes si fraîches, qu'elles semblent veloutées, ont une couleur fauve, extrêmement vive, sur 190 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. laquelle serpentent <^laus tous les sens des ligues noires^ sembla- bles aux ligues d'uue carte géographique, ce qui explique le nom vulgaire de l'Insecte. Si l'on retourne aux mêmes lieux pendant le mois de juin, les Vanesses carie-géographique ont disparu ; les grandes Orties sont chargées çà et là de grappes de petites chenilles noires, finement pointiUées de blanc et couvertes d'épi- nes très-rameuses. C'estla progéniture des jolis Papillons du mois d'avril. Ces chenilles, parvenues au terme de leur croissance, s'isolent successivement ; chacune va s'attacher à une feuille et bientôt se transformer en chrysalide ; chrysalide grisâtre ayant la forme anguleuse de celles des autres Vanesses. Nous sommes au mois de juin, la température est chaude, le développement de nos Lépidoptères marche vite. Deux semaines s'écoulent; arrive le mois de juillet, et les petites Vanesses carte-géographique éclosent. L'observateur qui aurait, comme nous venons de le dire, suivi toute leur existence depuis l'apparition du printemps, serait bien étoiuié. Les Papillons du mois de juillet ne ressem- blent plus du tout par leur couleur à ceux du mois d'avril : leurs ailes sont noires, sillonnées de ligues blanchâtres. Voilà qui est bien étrange. Continuons cependant à suivre cette espèce dans son existence. Les Vanesses carte-géographique aux ailes noires pondent leurs œufs, et dans les mois d'août et de septembre les Orties se trouvent de nouveau rongées par des masses de petites chenilles semblables à celles que nous y avons trouvées au mois de juin. Comme les })remières, les chenilles de l'automne se suspendent, se transforment en chrysalides. Si l'automne, par un de ces hasards qui se produisent assez rarement dans notre belle France, prolonge l'été, au mois d'octobre peut-être, quelques Papillons seront éclos : leurs ailes n'auront ni la coloration noire des Papillons du juois de juillet, ni la coloration fauve des Papillons du mois d'avril, mais une coloration intermédiaire. Cette éclo^ sion tardive est très-accidentellej mais il est facile de la produire LES LÉPIDOPTÈRES. 191 à volonté eu maiutenaut des chrysalides daus une atmosphère chaude. La plupart des chrysalides, et le plus souvent toutes les chrysalides, passent l'hiver; les Vauesses carte-géogTaphique éclosent au printemps. Tous les individus ont des ailes fauves. C'est en 1827 que le docteur Boisduval, le premier, reconnut que les petites Vauesses, jusque-là considérées comme étant d'espèces distinctes, étaient en réalité de la même espèce. Ainsi toute bonne observation conduit à la vérité. Quelques Anthocharis, avons-nous vu, présentent, entre leurs deux générations du printemps et de l'été , une différence remarqnable dans la nature de leurs ailes blanches ; la différence de coloration est bien autrement considérable chez les Vauesses carte-géographique. C'est un fait des [ilus curieux et des plus intéressants. Nous ne pouvons donner une explication satisfai- sante du phénomène, parce qu'il est isolé, qu'il ne se produit pas chez d'autres espèces. Mais, dans notre exemple particulier, nous voyons la couleur noire apparaître chez les individus qui se sont transformés à une époque à laquelle la lumière est vive, la chaleur forte; la teinte fauve, teinte affaiblie, en quelque sorte pâlie, chez les individus développés pendant le temps où la chaleur est faible, la lumière souvent pâle. Les INymphales constituent un groupe particulier (Nympha- lites) daus l'immense famille des Nymphalides. C'est un grand genre où les variétés de forme et de couleur sont à l'infini. Les Nymphalites ont en général un corps robuste pour des Papillons de jour, des ailes postérieiu'es dont le bord interne est une assez large gouttière propre à recevoir l'abdomen, des palpes plus rapprochés l'un de l'autre que chez les Vauesses et les Argynnes. Ces Lépidoptères ont peu de représentants dans notre pays ; ils eu ont en foule dans les régions intertropicales, en AfriquCj daus l'Amérique du Sud, aux Indes. Les chenilles de ces Insectes ont souvent des feintes vertes d'une extrême fraicheur ; les unes [tortent des épines sur tous les anneaux du corps, les autres sont 192 LES MÉTAMOltPHOSKS DES INSECTES. lisses, avec la tête armée de pointes plus ou moins robustes: leurs chrysalides ont des formes assez variées. Le grand genre des Aymphales a été divisé en une multitude de genres; mais c'est là un détail que nous n aurions pas cru utile de mentionner, si nous ne voulions faire remarquer qu'il est fort ordinaire de voir de longues suites d'espèces regardées comme des divisions particulières ou des genres, présentant toutes le même système de coloration, presi[ue un uniforme. Dans les })arties chaudes de l'Amérique, il existe une foule de mignonnes Nymphalites d'espèces différentes, ayant des ailes rouges plus ou moins marquées de noir, où, semblable à un signe cabalistique, le chiffre 80 ou 88 se trouve inscrit en gros caractère à la face inférieure des ailes de la première ]>aire (genre Calagramma). Parmi les >iynqthalites de notre pays, tout le monde connaît les Sylvains [Limenilis). Leur nom vulgaire est bien choisi, car jamais ils ne volent dans les campagnes, mais seulement à la lisière des bois ou dans les avenues des forets. Le Petit-Sylvain [Limemhs sibylla) est assez commun dans nos bois pendant le mois de juin, <[iudquefois encore pendant le mois de septembre. Sa chenille, d'un vert clair pointillé de vert plus foncé, portant sur le dos deux rangées d'épines chamiues et rameuses, vit sur les Chèvre- feuilles. Les feuilles de ces arbrisseaux sont lisses, assez dures, les petits crochets des pattes en couronne des chenilles du Petit- Sylvain seraient peut-être insuffisants pour s'y fixer avec force. L'inconvénient qui pourrait en résulter pour l'Insecte est conjuré par une faculté et un instinct (pi il partage avec d'autres espèces. La chcnilh; étend à la surface de la feuille des fils soyeux, et la voilà pourvue du moyen de s'accrocher aussi vigoureusement que possible. Sa chrysalide est tout anguleuse, d'un brun ver- dàtre sombre ; elle est ornée de brillantes taches d'argeutet d'une lai'ge tache d'un vert clair à la partie supérieure de l'abdomen. Dans nos départements méridionaux, on trouve le Petit- LES Llil>lD(irTKI{KS. l'Jo Sylvain aziirt' [Limenilis camilla) , et dans nos grandes forêts, le tirand-Sylvain (Limemlis Populi), dont les chenilles se tiennent vers les cimes des Peupliers et que^iuefois des Saules. Celui-ci particulièrement a un vol élevé et soutenu, et les amateurs, avec leur filet en main, font souvent des courses furieuses pour s'en emparer, ('ei)endant le chasseur ([ui reste calme peut profiter aisé- ment d"uuehal>itude singulière de (pielques Xymphales. Dans les allées où les chevaux ont laissé des témoins de leur passage, on voit le Grand-Sylvain descendre peu à peu, et finir par se poser sur les fientes, dont il hume la partie liquide avec une sorte d'avidité. Les vraies Xyraphales [Nrjmphalis) ont deux représentants en Europe. Ce sont des Papillons au corps robuste, aux ailes arron- dies, aux antennes graduellement renflées en une massue en forme de fuseau. Ces Lépidoptères ont un vol puissant, ce ({ui s'expli([ue par le grand développement de leur thorax. Leurs chenilles ont un corps lisse, la tète pourvue de deux pointes diri- gées en arrière, le dernier anneau muni de deux ])etits crochets. La plus commune de nos iSymphales est bien connue sous le nom vulgaire de Pclil-Mars ou de Mars changeant [Nymphalis ilia). C'est un grand et beau papillon aux ailes sombres, ayant de ma- gnifiques reflets d'un violet changeant et des taches blanches ou jaunâtres. 11 vole [irès des rangées de Peupliers qui bordent cei'tains cours d'eau, ou à la lisière des bois et des forêts, dans les endroits où se balancent les Trembles. Sa chenille, d'une jolie teinte verte, vit pendant le mois de mai sur les Peupliers, les Saules, les Trembles, se tenant souvent à une hauteur où il est malaisé de l'atteindre. Cette chenille, lente dans sa marche, paraît d'ordinaire comme engourdie; elle se maintient cependant sans la moindre difficulté sur ces arbres longs et flexibles, que le vent agite parfois avec ime AÏolence extraordinaire. Les grifl'es et les ventouses de ses pattes mendn-aneuses ne lui suffiraient sans iloute pas toujours })our s'accrocher assez fortement aux feuilles \:'y 19/, LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. qui vienueiit à être secouées dans tous les seus. Tout est prévu par la uature. Ces chenilles, mieux encore (jue les chenilles des Sylvains, tapissent de soie les feuilles sur lesquelles elles doivent se tenir on marcher, et de la sorte elles peuvent demeurer indif- férentes aux secousses les plus hrusques. Dans les grands hois, on aperçoit dans les mois de juin et de septemhre notre seconde espèce de Nynqjhale, volant jusque vers les cimes des arhres. C'est le Grand-Mars (Nymphalis iris). Plus grand, plus heau encore, plus rare (jne son congénère, il est bien plus précieux pour les jeunes amateurs. Sa chenille se trouve au printemps sur les grands Chênes. Une des singularités de la vie des Nymphales, c'est leur dédain absolu des fleurs, leur goût pour la sève (|ui s'échappe du tronc des arbres malades, pour les fientes d'animaux. Ces Lépidoptères offrent un contraste étrange : beauté superbe, avec le goût de ce qui, à nos yeux, est repoussant. Dans le petit groupe des Nymphalites, il existe des espèces de grande taille, au port majestueux, aux ailes postérieures plus ou moins prolongées en une sorte de queue. Ces espèces appartiennent principalement à l'Afrique et aux parties chaudes de l'Asie; on en a fait le genre Charaxès. Ces Lépidoptères ont tous les caractères essentiels de la famille des Nynqthalides, et avec cela ils offrent dans leur aspect général, dans la coupe de leurs ailes, une analogie frai)pante avec des espèces du genre Papillon (Papilio), et à côté d'eux les vraies l\yuq)hales, aux ailes aiTondies, semblent représenter les Piérides de la famille des l*apilionides. C'est un fait remarquable (jui se re})roduit continuellement entre les espèces de familles appartenant à un même ordre, comme entre les types appartenant à divers ordres. Des caractères essentiels très-prononcés les séparent; des analogies dans l'aspect, dans la coloration, dans les habitudes, semblent les rapprocher. Les analogies sautent aux yeux des moins clairvoyants ; les ressemblances inqjortantes, fondamen- LES LEPIDOPTERES. 195 taies, demandent à être sérieusement étudiées. Aussi est-il aisé de comprendre les fautes si fréquentes des classificateurs. Une espèce de Charaxès habite à la fois une partie de l'Afrique et l'Europe méridionale. C'est le Jasius [Charaxès jasius), qui n'est pas bien rare dans notre Provence. Magnifique papillon, à peu près égal en dimension au Machaon et au Flambé, ses ailes brunes en dessus, bordées par une large bande d'un fauve clair, ont en dessous une raidtitude de raies de presque toutes les nuances imaginables. Sa chenille, verte, finemeni cha- grinée, amincie en arrière, a un port superbe. Sa tète, extrê- mement large, ayant des téguments fort dui's, indice certain que l'Insecte doit se nourrir d'un feuillage très-résistant, porte quatre prolongements obtus, inclinés en arrière, de la con- sistance des autres parties : on dirait une sorte de diadème. Est-ce un ornement, une parure ? Est-ce un appareil ayant un usage spécial? Nous l'ignorons encore. Les pattes membraneuses de cette chenille sont bien organisées pour saisir avec force ; profondément excavées en dessous, elles constituent une ventouse ayant son bord interne garni d'un double rang d'épines, et le côté externe très-couvert de poils roides propres à rendre le tact d'iine grande sensibilité. La chenille du Jasius vit sur les Arbou- siers ou arbres aux fraises, les jolis arbrisseaux de la Provence, que l'on plante volontiers dans les jardins de Paris et de ses environs, malgré la nécessité de les mettre soigneusement en serre pendant la saison rigoureuse. Nous avons peu de chose à dire des représentants d'un petit groupe de Nymphalides dont le type est le genre des Morphos. Tous sont éti'angers à l'Europe. Us vivent dans les contrées chaudes et humides de l'Amérique; par l'énorme envergure de leurs ailes, par leur vol élevé et rapide, ils étonnent le voya- geur, et l'éblouissent par l'éclat métallique de leurs ailes. Les Morphos, les plus grands des Papillons de jour, oiit des antennes grêles, un corps frêle, avec des ailes aiToudies d'une 196 LES MK'IA.Mdlil'IlOSKS l)i;S I.NSliCTKS. extrême Mmplitnde. Tout le inonde voit et remarque, exposé aux vitrines des marchands d'ol)jels d'iiistoire naturelle ou de curiosité, ini splendide Papillon aux ailes d'un hlcu d'azur chatoyant et d'un éclat tout métallique. C'est le Morpho Menelas, fort com- mun an iirésil et à la Guyane. Cet éclat cjue présentent les ailes de certains Lépidoptères, notamment les ^lorphos, est dû à un etl'et de lumière (pi'il n'est pas aisé d'expliquer d'une manière satisfaisante, dans l'impossibilité où nous sommes encore de reproduire le même effet. Nous avons étudié la disposition des écailles des ailes métalliques de ces Papillons, nous avons observé ces écailles isolément, ce que personne n'avait fait jus(|u à présent. Ici les écailles ne sont pas superposées comme à l'ordinaire; rangées parfîtes parfaitement droites, un faible intervalle est laissé entre chacune d'elles. Au-dessous des écailles qui paraissent bleues, se trouvent des rangées d'écaillés plus petites, transi»arentes, ondulées à la surface et polarisant la lumière. Ces dernières se montrent en partie dans les intervalles des écailles colorées, et jouent sans doute un rôle fort important dans l'etret produit. Les écailles, qui semblent bleues, prises isolément et observées sous le microscope, ne sont plus bleues. Presque opa(iues, comme granuleuses dans leur épaisseur, il devient impossible de ne pas les croire brunes. Un autre Morpho [Morpho Laerfes), abondant au Brésil, a les formes et la taille du précédent, avec des ailes d'un blanc métal- ]i(iue légèrement bleuâtre, dont le miroitage est également obtenu par la superposition de deux couches d'écaillés. Mais, puisque nous parlons ici des Morphos à cause de leurs dimensions et de leur magnificence, il faut citer le Morpho qui dépasse en éclat, en s[)lendeur, tout ce qu'il est possible d'imaginer. Incom- parable est le seul terme qui puisse être employé en parlant de C(; Lépidoj)tère, et il faut le prendre dans son acception la plus vraie. Ce Min'pho [Morpho repris), jtarticulier à la Nou- velle-(îi'enade, fré([ncntc les carrièivs où se fait rex]>loitation LES LICPIDOPTÈRES. 197 (les (''inoraiidcs, comme s'il voulait montrer (pie la Iteantt' des pierres les plus précieuses est une niist're comparativement à sa propre beauté'. Que l'on se figure ses grandes ailes d'un Ideu éblouissant, traversées par une l)ande jaunâtre à reflets métal- liques d'un charmant contraste; le bleu passant au vert, et sur- tout au violet, otîrant en un moment tous les effets imagi- nables, selon le jeu de la lumière, tous les éblouissements qui défient la comparaison. Les femelles de ces splendides Pai>illons sont en général beaucoup plus modestes, ce qui ne les empêche pas d'être encore extrêmement belles. Leurs ailes ont des tons jaunâtres, roussà- tres, qui se mélangent avec quelques parties l>leues. En dessous, elles ont à peu près les mêmes couleurs pâles, les dessins, les taches ocellées des ailes des mâles. .Nous en tenant aux affinités naturelles, nous passons sans transition des plus éclatants Papillons du monde aux jdus sombres, les Satyres, les plébéiens de Linné. Le grand genre des Satyres, ou plut(U le groupe des Satyrites, a le monde pour patrie. En Europe, ou rencontre ces Insectes dans toutes les localités, les champs découverts, les plaines arides, le bord des chemins, les bois couverts, les montagnes éJevées, froides, nei- geuses. Depuis le printemps jusqu'à la fin de l'automne, il est imjiossible de se trouver dans un endroit (jnelcouque sans voir voltiger des Satyres aux ailes ternes, grises ou brunâtres. Ce sont les Lépidoptères des herbes les plus vulgaires, des herbes qui poussent en tous lieux. Leurs chenilles vivent sur les Graminées; mais si communes qu'elles soient, ou ne les voit jamais. 11 est besoin de l'art de l'entomologiste le plus exercé pour les décou- vrir : pendant le jour, elles se cachent au pied de la plante, dont elles ont les teintes vertes, et c'est seulement la nuit qu'elles voyagent im peu en rongeant les feuilles. Papillons de jour, chenilles de nuit; chenilles de jour, Pai>illons de nuit, tel est le contraste que nous offrent une foule de Lépidoptères. 198 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Les chenilles des Satyrites ont toutes la même forme générale : un corps finement velu, atténué vers l'extrémité comme les Pois- sons, et le dernier anneau muni de deux petits crochets. Les chrysalides sont courtes, ramassées, sans aucune de ces saillies bizarres qui sont ordinaires aux clirysalides de l)eaucoup de Nymphalides. Le grand genre Satyre des entomologistes d'il y a quarante ans a été bien subdivisé. On distingue maintenant les Argés, les Erébies, les Chionobas, les vrais Satyres, sans compter ceux qu'il est inutile de mentionner. Les Argés sont aisément reconnaissables à leurs antennes minces à peine renflées vers le bout, et surtout à leui^s ailes blanches variées de noir. Une seule espèce de ce tj'pe se trouve répandue dans les parties centrales et septentrionales de l'Eu- rope. C'est le Demi-deuil [Arge galat/iea), fort commun au milieu de l'été, dans les taillis et à la lisière des bois. Sa colo- ration blanche et noire lui a valu son nom vulgaire, qui est tout à fait expressif. La chenille de ce Satyre vit sur les plus humbles Graminées. Les autres Argés habitent l'Europe méri- dionale, l'Asie Mineure, le nord de l'Afrique. Les Erébies (Erebia), ou les Satyres nègres des auteurs, sont les Satyres des montagnes. Ils abondent sur les Alpes, les Pyré- nées, le Caucase, l'Himalaya, les montagnes Rocheuses, etc. Ha- bitants des pays froids, ils se trouvent jusqu'en Laponie. Ce sont d(! petits Papillons ayant des ailes noires ornées de taches ocel- lées fauves ou rougeâtres. Sur les plus hautes montagnes et dans les contrées les plus septentrionales de l'Europe et de l'Amé- rique, l'Islande, le cap Nord, la Sibérie, le Kamtchatka, vivent les Chiono])as, ou les Satyres hyperboréens. D'un fauve terne ou d'un gris jaune pâle, ces Papillons semblent avoir été teints par les brumes. Une seule espèce du genre [Chionobas aello) se montre siu* nos Alpes. Les vrais Satyres sont les habitants de nos plaines. Ayant un U. BLAKCBARD. IIBRAIBIE GERilEB BAILLIÉBE. MÉTAMORPHOSES OU SATYRE DEMI-DEUIL [Arije Giilathea}- LES LÉPIDOPTÈRES. 199 vol bas qui ressemble à uu sautille meut, des teintes tristes, brunes, grises, ou d'une nuance fauve sans vivacité ; ils parais- sent être, au milieu de la foule des esi)èces parées de belles cou- leurs, de véritables plébéiens, comme Linné en avait jugé. On les voit partout, depuis le commencement jusqu'à la fin de la belle saison. Les plus grands sont le Silène (Salyi^us circe), qui est surtout répandu dans nos départements méridionaux ; le Sylvandre [S. hermione), se posant babituellemenl sur les roches. Dans les localités arides et montagneuses, le Grand-I^ègre-des-bois [S. phœdra), auquel ses ailes très-sombres, avec des taches ocel- lées, donnent une assez belle apparence. Parmi les espèces de taille moyenne, volent, dans les endroits arides et rocailleux, le Faune (S. faima) et VAgrcsle{S. semele). Les plus communs sont \'Â7-iane d'Engramelle(5'. mœra) et le Satyre de Geoffroy (S. me- (jœra), qui voltigent sur les chemins, et surtout le long des miu-ailles; le Tircis [S. œgeria) et la Baccanthe {S-dejanira), qui lialiitent les bois et se cachent dans les fourrés; le Myrlil {S.ja- iiira), ort des contours et de la coloration des ailes. Les Hœlera du Brésil et de la Guyane ont les ailes festonnées et en partie transparentes. Leurs écailles, presque disséminées, deviennent très-grêles en certains endroits et finissent par être de simples petits poils; la membrane alaire est irisée : de là de très-jolis effets de miroitage, des teintes mordorées qu'on n'obsei've pas ailleurs. Les Érycinides, troisième famille des Lépidoptères diurnes, 2(10 LI':S MHTAMOIUMIOSES DES INSECTES. jKHiri'aiciil. an iiromuT abord, passer pour des rivluctions des espèees des illou semblent avoir été imitées ; pour les autres, les formes des ÎNymphales. Pour des yeux exercés, il est extrêmement facile de recon- naître à première vue une espèce (pielcon([ue de la nombreuse famille des Erycinides. Un port particulier, une physionomie spéciale, servent suffisamment à ceux (]ui ont étudié les collec- tions. Les caractères cpii distinguent ces Lépidoptères, soit des Papilionides, soit des l\ymplialides sont faibles en l'éalité. Les pattes antérieiu'es sont fré([neniment impropres à la marche, comme chez les JNymphalides.. mais il est ordinaire quelles atteignent le même développement cpie les autres chez les femelles. Dans tous les cas, les crochets des tarses sont extrê- mement j)etits. Les antennes sont terminées en massue ovalaire. Les palpes ont le dernier article nu i)resque dégarni d'écaillés. A l'état de chenilles, les Erycinides sont vraiment remarqua- bles. Leur corps est court, ramassé, large, avec une très-petite tête. C'est l'apparence des Cloportes, par conséciuent un aspect très-différent de celui de toutes les autres chenilles. Pour se transformer, elles s'attaclient exactement connue les Papilionides, au moyen d'une ceinture et par l'extrémité du coi'ps. Les chry- salides sont courtes, massives, obtuses. Les Erycinides ont très- ordinairement les ailes postérieures terminées par un prolongement caudiforme d'une longueur très- variable suivant les espèces. Aussi les anciens entomologistes appelaient-ils ces jolis Papillons, les Pelits-Porle-qimie . Cette famille de Lé]iidoptèrcs se partage d'une manière frès-naturelle on deux groupes, les Lycénites et les Erycinites. Les ])remiers Ll-:s LKPllMtPTKItKS. 201 ont (les |iali»('s (m'i driiasseiit iKitaMcnii'iit la ttMc; les seconds ont ces mêmes iialpes tout à t'ait exigus, Les Lycénites ont de nomltreux représentants en Europe, entre soixante-dix et quatre-vingts, que l'on répartit dans quel- ques genres faciles à distinguer. Les Théclas, les Polyommates, les Lycénas. Les Théclas ont leurs ailes postérieures prolongées en une jietite queue, des antennes avec une massue médiocre- ment épaisse. Ce sont de petits Papillons brunâtres en dessus pour la })lupart, et en dessous d'une teinte claire, avec des lignes ou des dessins caractéristiques des espèces. Prenons pour exemple l'un des Tliéclas les jdus communs dans notre ])ays : le Porte-queue brun à ligne blanche de Ernst, ou Thécla W ])lanc [Thecla W album). Le papillon est tout bi'un en dessus, avec une ligne blanche près du bord ; il est d'un gris clair en dessous, avec des ligues noires, ronges et bianclies, l'une de ces dernièi'es figurant, vers l'extrémité des ailes posté- rieures, la lettre W parfaitement reconuaissable : de là le nom adopté pmu' l'Insecte, et \\\\ caractère qui permet do le recon- naître sans difGculté. La chenille de cette espèce vit sur les Ormes et quelquefois sur l'Aubépine. Courte, élargie, déprimée en dessus, comme les autres chenilles de Lycénites, elle a toute l'apparence d'un Cloporte; cependant elle n'en a pas la couleur. La chenille du Petit-Porte-queue brun est oi'dinaircment d'un vert-pomme qui ne ditTère pas beaucoup de la couleur des feuilles de l'Orme, lorsqu'elles ont encore toute leur fraîcheur priuta- nière. Sa tète, très-petite, brunâtre, se retire entièrement dans le premier anneau du corps pendant le repos. Sur chacun de ses anneaux couverts d'une fine pubescence , on remarque deux petites saillies dorsales, et de cha(|ue côté \\i\ trait plus obscur que la teinte générale de l'animal. Les pattes écailleuses de cette chenille sont très-petites ; les pattes membraneuses sont également fort courtes, et comme le corps est loin d'être svelte, ou peut être assuré (pie l'Insecte doit être fort lent dans sa marche. 202 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Les épines des pattes mem]>raneuses circonscrivent une cavité MKTAMOni'UOSES DU TUÉCLA W lîl.ANl'. {Thecla w album). agissant à la manière d'une ventouse : c'est un indice que la che- nille marche sur une surface d'ordinaire plane comme une feuille, LES LÉPIDOPTÈRES. 203 qu'elle ne grimpe guère après les tiges. En effet, toutes les che- nilles des Lycénites, très-lentes dans leurs mouvements, se déplacent fort peu. Après avoir rongé une" feuille, elle se porte sur la feuille voisine, et c'est là leur plus grand voyage. De la couleur du feuillage au printemps et blotties habituellement à la face inférieure des feuilles, ces chenilles sont difficiles à apercevoir. C'est une sauvegarde contre leurs ennemis, tous les insectivores, qui volontiers en feraient leurs délices. Les chenilles du Tliécla W blanc se trouvent communément sur les Ormes de nos routes, des parcs, de la lisière des bois ; elles se transforment en s'attachant aux feuilles sur les- quelles elles ont vécu. Les chrysalides, légèrement pubescentes, sont d'un gris brun, avec une rangée latérale de points noirs. Comme chez toutes les espèces du groupe, les anneaux de leur abdomen sont immobiles. Le papillon éclôt une quinzaine de jours après la métamorphose de la chenille, et on le voit voler pendant tout le mois de juin. On n'a pas encore observé où il dépose ses oeufs, ni sous quelle forme l'Insecte passe l'hiver. Tous les autres Théclas ressemblent à celui-ci par leiu" genre de vie comme par leur transformation. Le Thécla du Prunellier {Thecla Spini) se montre souvent dans les jai\lins. Le Thécla du Chêne (Tkeda Quercûs), dontles ailes sont glacées de bleu violacé, n'est pas rare dans les bois. Le Thécla de la Ronce [Thecla Rubi) est commun dans la plupart des tailUs où croît la plante t[ui nourrit sa chenille. 11 offre ime coloration exceptionnelle chez les Lépidoptères; ses ailes, brunes en dessus, sont en dessous d'un vert clair uniforme. Une espèce de la Californie [Thecla du- metorum, Boisd.) en est toute voisine, ayant ses ailes absolument de la même couleur. 11 est du reste très-remarquable de voir combien une foule d'espèces de la partie occidentale de l'Amé- rique du Nord ressemblent aux espèces de l'Europe tempéi'ée. Le genre des Polyommates se distingue des Théclas par les antennes, dont la massue est plus courte et plus épaisse, et ])ar 20'i LES MKTAMdHPHOSKS DES INSECTES. les ailes jM)st(''rii'iu'('s siiiis jii'dldii^ciiiciit. Lf nom de Polyuni- inates, (|iii siyuilic beaucoup dtjeux, fait allusidu imxpctitos taches cerclées, assez seiiil)lal)les à des yeux, qui orueut la face infé- rieure des ailes de ces jolis Lépidoptères. En dessus, les ailes des Polyommates sont en général d'un fauve doré et d'un éclat métallique produit à peu près de la même manière que chez les Morphos. Toujours chez les femelles, quel([uefois chez les niàles également, ces ailes hrillantes sont tachetées de noir. Pendant leur premier âge, les Polyommates ressemhlent extrêmement aux Tliéclas. L'espèce la plus commune du genre est \e Bronzé de Geotïroy (Polijommaius phlœas). Comme quelques Vanesses, elle a une grande partie du monde pour Itatrie; elle vole partout sur les chemins, dans les champs rocailleux, dans tous les endroits découverts. Le Polyonnnate de la \ erge-d'or (Pobjommalus virgaurece) est le plus étincelant : les ailes du mâle sont d un rouge doré uniforme. C'est inie espèce qui habite les Alpes et qui ne se trouve jamais ([ue dans les pays de montagnes. Le Polyommate chryseis [Pohjommalus chryseis), ou YAigus-saliné-changeanl d'Engramelle , presque aussi beau, mais d'un ton un peu violacé et chatoyant, est par- fois abondant dans les grandes forêts. C'est charmant, au mois de juin, de le voir briller au soleil, dans les petites avenues de la forêt de Chantilly. Sous le nom de Lycéna, on a distingué des Polyommates toutes les petites espèces aux ailes bleues en dessus, quelquefois brunes chez les femelles, et généralement ornées en dessous d'une multitude de taches ocellées. Ce sont de vraisj Argus, comme les appelaient les anciens entomologistes, et comme nous voudrions les appeler encore, si le nom à' Argus ne désignait, depuis I^inné, une espèce en particulier. A ce genre se rattache le Porte-queue bleu strié de Cu'offroy {Lycœna bœticu), d'un bleu grisâtre en dessus, tout strié eu des- sous, et orné à l'angle des ailes postérieures de (pudques points LES LI':i'lL)(il'Ti:iil-:s. yos ocellés, ayant imu [tui>ille d'or. C'csl un joli petit papillon, auipiel la petite ([iieue de ses ailes donne infiniment d'élégance. 11 est fort répandu dans l'Europe méridionale, en Afrique et en Asie, et il est devenu commun dans une grande partie de la France, depuis que le Baguenaudier a été pro]»agé dans les jtarcs et les jardins. Sa chenille vit dans les siliques de cet arbrisseau et en ronge les graines. La plupart des Lycenas n'ont pas de rayures à la face inférieure de leurs ailes, mais seulement des taches ocellées. Partout, dans les plaines, au milieu des champs do Trèfle, de Sainfoin, de Luzerne, voltige l'Argus bleu (Lycœtia alexis). Le niàle a les ailes du plus beau bleu de ciel, avec des reflets cha- toyants; la femelle a les ailes brunes. Sa chenille vit sur les Légumineuses les plus répandues. LArçjus bleu céleste (L. adonis), un peu moins abondant que le i)i'écédent, est peut-être encore plus joli. L'Argus bleu nacré [L. corydon) se plaît dans les ave- nues des bois et dans les plaines arides. Les chenilles de ces espèces vivent sur difTérentes Légumineuses. Les Erycinites, dont les variétés de formes sont extrêmes, habitent les régions chaudes du monde, l'ar leurs premiei's états, par leurs métamorphoses, d'après les observations de plusieurs voyageurs, elles ditfèrent fort peu des Lycénites. Une seule espèce. de ce groupe se trouve en Eui-ope, et cette espèce a la coloration et toute l'apparence d'une petite Mélitée : des ailes fauves quadrillées de noir. C'est la Liicine ou le Fauve à lâches 6/rt«cAe5d'Engramelle {Nemeobius lucina), Lépidoptère très-com- mun au mois de mai, dans les clairières des forêts et des grands bois. Sa chenille possède la physionomie des Cloportes, comme celle des autres Erycinides, et sa chrysalide, ramassée, obtuse, est couverte d'une fine pubescence. Les IIespérmdes, qui forment notre (pialrième famille de l'ordre des l^épidoptères, s'éloignent d'une manière t]'ès-notal)le des types précédents. Ce sont des Diurnes qui déjà se rapprochent 20(j LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. des Nocturnes d'uue laçou saisissante. Ils ont un corps épais; un(3 tête forte, élargie; des antennes renflées eu une massue allongée comme un fuseau, et souvent courbée à l'extrémité, à la façon d'un crochet ou d'un hameçon. Leurs pattes sont bien déve- loi>pées, et les postérieui-es eu particulier sout fortes, avec leurs jambes munies de deux paires d'épines. Les ailes de ces Lépi- doptères ont une ampleur très-médiocre, relativement au volume du corps; elles ont très-généralement des couleurs grises, bru- nâtres, fauves. Les Hespériides étaient mises par Linné au nombre des Plé- héiens; cette classification était justifiée par une taille petite, par des couleurs ternes, par un vol saccadé, lent, humble en quelque sorte. En considération de leur allure inceiHaine, Geoffroy les nommait les Estropiés. Ces Lépidoptères voltigent dans les endroits couverts, les étroites allées des bois, les taillis sombres; ils semblent presque confus de se montrer à la lumière. Les Hespériides sont parfai- tement des Diurnes, et elles affectent une analogie d'allure sm^- prenante avec certains Nocturnes. Si les Hespériides, à l'état adulte, diffèrent beaucoup des familles précédentes, elles s'en éloignent aussi sous leur première forme. Leurs chenilles, par leur aspect, par leurs mouvements brusques, rappellent la démarche des Pyrales. Elles ont un corps mince, allongé, une tête grosse, arrondie. Pour dissimuler leur présence, elles se cachent souvent dans les rigoles d'une feuille dont elles retiennent les bords au moyen de quelques fils. Au moment de subir leur transformation, elles établissent avec plus de soin leur retraite, puis elles s'attachent par l'extrémité de leur corps comme tous les autres Diurnes, et s'enlacent en outre avec uu certain nombre de Gis entrecroisés : c'est nue sorte de réseau très-léger. Les chrysalides sont minces, longues, angu- leuses. Les Hespériides ne sont, à proprement parler, qu'un grand I,ES LÉPlDOPTElîES. 207 genre; mais, rès des particularités ou des détails de faible importance, elles ont été réparties en plusieurs genres. Les espèces étrangères à 1 Europe ont une taille moyenne. Ce sont les Eudames, surtout abondants dans l'Amérique du Sud. (Juel- ques-uns d'entre eux se trouvent dans les régions méridionales de l'Amérique du Nord. Leurs })remiers états ont été représentés dans le grand ouvrage de Smitli et Abbot, et lAL Agassiz a étudié les métamorphoses de l'Eudame tityre [Eudamus tilyrus), dont lu METAMORPHOSES DE I. lIESl'ElilE MIKOlll [PamphUa aracynllins}. chenille vit sur le Robinier faux-Acacia. Les Hespéries de notre pays sont toutes fort petites. On a donné le nom de Pamphiles à celles qui se plaisent dans les bois couverts. Leur corps est plus mince (pie celui des autres Hespéries, et leurs antennes, ayant une massue ovalaire, ne se terminent point par un crochet. oiis l.i:S MKTAMdlU'HOSKS DES INSECTES. Tons les anuiteurs cunnaissoiit et recherchent ITlespérie miroir [Pamphila aracynthus). Le papillon est en dessns dun brun iioirAlre, le mâle presqne sans taches, la femelle im peu tachetée de jaunâtre. Dans les deux sexes, les ailes postérieures sont ornées en dessous de taches blanchâtres cerclées de brun, ipu' 1 on prendrait volontiers pour autant de miroirs. C'est ce qui a valu à l'Insecte son nom vulgaire, partout en usage. Le Miroir vole parfois très-communément dans les grandes forêts, pen- dant les mois de juin et de juillet. Sa chenille se trouve au prin- temps sur les Graminées. D'une couleur verte, bien pareille à celle de l'herbe qui la nourrit, se tenant au pied de la plante, elle est difficile à découvrir. Elle se transforme comme nous l'avons dit des Uespériides en général. Une autre espèce de même genre, plus répandue que la pré- cédente, est appelée Y Echiquier par les vieux entomologistes du dernier siècle [Pamphda paniscus). Elle a des ailes fauves, avec un treillis noir, figurant assez ])ien un damier ou un échiquier. Les llespéries proprement dites ont \\n corps robuste et des antennes tei'minées par un petit crochet. Toutes les espèces ont des ailes d'une teinte fauve uniforme, présentant parfois quelques lignes noires. On les voit voler pendant tout l'été dans les brous- sailles et à la lisière des bois, comme l'IIespérie bande-noire de Geoffroy [Ilesperia linea), comme l'IIespérie sylvaiu {Hespcria sijlvanus). Les espèces (pii ont des ailes festonnées de couleur grise et marquetées de brun ou de noir composent un genre particulier (Syrichlus). La plus répandue dans les endroits où croissent des Mauves, des Altha-as, est la Grisetle (S. malvarum). On In voit souvent dans les jardins. Sa chenille, pour se mettre à l'abri, roule une partie dune feuille de la plante dont elle se nourrit. L(; Poinl-(h-Ho}i»iric dl^ngranudh' {Ilesperia loges — G''' Erijn- nis), nue de in.s |.ins petites llespéries, dont K's antennes sont |.en renllées. se montre partout an j.rinfenips et à la lin de l'élé. LES LÉPIDUPTERES. 209 LES LÉPIDOPTÈRES AUX AILES RETENUES PAR UN FREIN {('halviûpteres). Les Lépidoptères dont les ailes sont ordinairement pourvues d'un frein forment une division infiniment plus considérable que la précédente. C'est un ensemble de types plus nombreux, en général mieux caractérisés, parfois l'eprésentés par des mul- titudes d'espèces à peine distinctes les unes des autres par quelques détails de coloration ou quelques autres particularités de fort peu d'importance. Dans cette vaste division, on observe aussi des babitudes plus diversifiées, des mœurs souvent plus curieuses que cliez les Diurnes (Âchalinoplères). Tous ces Lépidoptères étaient appelés autrefois les Crépuscu- laires et les Nocturnes. Encore enq:)loyés dans le langage vul- gaire, ces noms méi'itent d'être conservés comme des expressions agréables à toutes les oreilles, à raison de leur simplicité et de l'idée générale qu'ils laissent dans lesprit. Ces noms, cependant, ont du être abandonnés des naturalistes : aucun caractère précis ne séparait les Crépusculaires des Nocturnes, aucune distinction n'était possible entre les espèces qui volent au crépuscule et les espèces qui volent dans la unit. Tout dort quand la nuit est complète. Mais en confondant dans une même grande division les Cré- pusculaires et les Nocturnes, le nom de Nocturnes ne pouvait-il être conservé pour désigner l'ensemble? Les entomologistes de lépoque actuelle ne l'ont pas pensé. Parmi les Nocturnes, il est beaucoup d'espèces qui volent au grand jour, qui ne volent même que dans le temps où le soleil est dans son éclat. Le nom était capable d'induire en erreur; c était assez pour le condamner. •)[() LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Les Lépidoptères crt'itusculaires et nocturnes ue possèdent en commun aucun caractère aussi général que la présence du frein servant à maintenir les ailes postérieures fixées aux ailes anté- ANTENNES DE QUELQUES LÉPIDOPTÈRES CHALINOPTÈHF.S. ). Sphinx du Ti'.x'iio. — 2. Bombyx cccropia. — 3. Fiilonie à pliiincl?. rieures; néanmoins le caractère disparaît dans ([nehpies «genres. Les antennes, conservant chez tous les Diurnes une coidiguration peu différente, varient ici, au contraire, dans les plus larges limites. Ces appendices affectent très-ordinairement la forme de LES LEPIDOPTERES. 511 fils ou (.le soies, mais souvent aussi ils sout gai'iiis de crénelures, de barbes, de longs rameaux, et dans plusieurs groupes ils sont renflés vers le bout, offrant les formes de massues les plus diverses. Dans la division des Lépidoptères aux ailes pourvues d'un frein, Crépusculaires et jNocturnes, dominent les teintes grises et brimàtres, teintes de murailles et de troncs d'arln^es, teintes tristes de la nuit. Mais il est de ces Nocturnes dont les ailes ont de délicates nuances claires d'une certaine vivacité, seule- ment elles sont dépourvues du brillant, du chatoyant des ailes des Diurnes. Les Nocturnes qui recherchent le grand jour, qui se plaisent au soleil, qui vivent, en un mot, de la vie des Diurnes, ont aussi parfois, les coideurs éclatantes de ces derniers, mais le ton est plus mat : c'est le mat des plus belles couleurs que pré- sentent parfois les animaux de la nuit,' ou des animaux qui, pendant le jour, préfèrent les endroits les plus sombres des forets, comme certains oiseaux des mieux parés. []n œil profon- dément exercé saisit la différence entre les écailles de l'aile d'un Papillon de jour et celle dvi Pa})illon de nuit le plus richement coloré ; la différence est impossible à définir, elle échappe presque à toute description. Chez les Crépusculaires et les Nocturnes, les ailes ne se redressent jamais. Pendant le repos, elles se rabattent sur le corps. Des Lépidoptères, singuliers par leur aspect sous la forme de papillons, remarquables par leurs habitudes sous la foinne de chenilles, constituent le genre des Sésies [Sesia), genre qui, à lui seul, est presque une petite famille entière (famille des Sésiides). Les personnes dont l'œil est peu habitué aux distinctions entre des objets ayant entre eux une vague analogie, prennent aisé- ment les Sésies pour des espèces d'Hyménoptères assez voisines des Guêpes. Un corps élancé, et surtout une coloration particu- 212 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. lièro, fond noir avec des bandes jaunes, contribuent ])eaiicoup à leur donner l'apparence de ces derniers Insectes. Leurs ailes sendjlent n'être plus des ailes de Papillons; étroites, en grande partie nues et transparentes, elles n'ont d'écaillés que sur les nervures, sur les bords, sur ({uebjucs espaces très-limités. Con- servant le caractère essentiel des ailes de Lépidoptères, elles oiïrent presque la physionomie d'ailes d'Hyménoptères. Il est assez étrange de voir ici des Insectes d'un ordre, revêtant la livrée des Insectes d'un autre ordre, avec lesquels ils semblent n'avoir aucune l'elation. On s'explique des analogies de cette nature entre certaines espèces vivant aux dépens d'autrui et les esi)èces destinées à être les victimes de ces dernières. C'est l'uniforme empriuité povu" tronq)er siu' sa qualité. Mais entre les Sésies et les Guêpes, les Crabrons, etc., il n'y a rien de pareil. Les Sésies, aux antennes en fuseau, crénelées surtout chez les mâles, aux jambes de derrière fortement éperonnées, volent en plein jour, d'un vol horizontal et rapide. Souvent elles se posent sur des arbres ou des arbustes; elles viennent y déposer leurs œufs, œufs très-petits et de forme arrondie. Leurs chenilles, au corps allongé, presque cylindrique, vivent dans l'intéi'ieur des troncs d'ai'bres, des branches, des racines, même de certains fruits. Pâles, décolorées, comme des êtres qui ne s'exposent jamais à la lumière, on les reconnaît aisément pour des larves lignivores. La plupart des Sésies sont de petite taille, mais la plus commune dans notre pays est aussi la plus grosse. C'est la Sésie apiforme (Sesia apiformis) que l'on voit souvent an mois de juin et au commencement de juillet, volant près di^s Peiiiiliers ([ui liordent les rivières et les canaux, ou courant avec agilité sur les troncs. Peut-être vient-elle d'éclore ou cherche-t-elle à opérer sa ponte. Ses œufs sont déposés sur l'écorce, à peu de distance du pied; les petites chenilles éclosent, et, rongeant le bois, elles pénètrent à l'intérieur, chacune creusant sa galerie. La vie MÉTAMORPHOSAS DE LA SÉSIli APIKOHME (S.»m ,H„[„n,us). LES LÉPIDOPTÈRES. 213 de ces chenilles paraît être assez longue, deux années; elles ' deviennent assez fortes et finissent par établir dans un tronc des loges très-spacieuses, au grand dommage de larbre. Cependant ces. larves semblent s'attaquer exclusivement à des Peupliers qui ont déjà souffert; l'abondance de la sève d'un arbre sain leur serait sans doute luiisible. Il est curieux d'observer la chenille de la Sésie apiforme dans ses caractères, de remarquer combien tout en elle est admirable- ment adapté à son genre de vie, de constater combien il lui serait impossible d'être soumise à d'autres conditions d'exis- tence. Ses pattes écailleuses sont plus petites que chez la plupart des autres chenilles; un peu grandes, elles eussent été fort gênantes pour cii^culer dans une étroite galerie. Ses pattes mem- braneuses sont également très-courtes et ne sont nullement conformées pour saisir, mais bien pour prendre la plus forte adhérence possible sur une large surface ; leurs épines très-acé- rées forment une coui'onne complète. La tête de cette Chenille est revêtue d'un tégument rougeâtre fort dur, car elle doit faire un effort considérable lorsque ses mandibules puissantes en- taillent le bois. Le labre, n'ayant rien à maintenir, ne présente aucune échancrure. Le corps tout entier de l'Insecte a une peau molle avec de petits tubercules et des poils rares propres à rendre l'animal très-sensible à tous les contacts. La chenille de la Sésie apiforme sécrète un peu de soie, mais pas en quantité suffisante pour constitue)' à la chrysalide un abri capable de la bien protéger. Pour que sa cocjue ait toute la résis- tance désirable, elle agglutine de la poudre de bois. La coqjie, rugueuse à l'extérieur, est parfaitement lisse à l'intérieur. La chrysalide a la forme générale des chrysalides des Nocturnes, mais elle est tout autrement armée que la plupart d'entre elles, et cette armatiu'e n'est pas un vain ornement; elle lui permet d'exécuter un mouvement de progression. Le Papillon, à sa naissance, ne saurait traverser à nu une galerie, sans lacérer son 214 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. corps et ses ailes aux rudes pai'ois. A peine a-t-il dégagé ses pattes, qu'il entraîne avec lui sa dépouille de chrysalide, comme' l'escargot emporte sa coquille. Cette enveloppe, garnie d'une rangée d'épines sur chaque anneau de Tahdomen, et de foz'tes pointes à l'extrémité, ne glisse pas aisément sur le bois ; l'Insecte arrive ainsi protégé jusqu'à l'issue de la galerie. Parvenu au dehors, il se dégage complètement, le voilà li])re : la dépouille de la chrysalide, fendue par le dos, reste d'ordinaii'e accrochée à l'endroit même où elle est devenue inutile. Aotre dessin l'aconte bien mieux, au reste, l'histoire de la Sésie apifornn^ qii'iin long discours. Les ZvGÉNiUEs, les Lépidoptères qui ressemblent le plus aux Sésies, n'ont pas cependant une parenté fort étroite avec ces dernières. Il y a un certain rapport dans la forme du corps, mais les Zygénides ont des antennes épaissies vers l'extrémité, des jambes postérieures sans ergots, portant tout au plus de très- petites pointes à l'exti'émité. Le genre principal de cette famille, qui a beaueoii]) de représentants étrangers à l'Europe, est le genre Zygène [Zygœna). Quels charmants Lépidoptères que les Zygènes. Une taille assez petite ; un abdomen cylindrique ; des ailes étroites, d'un vert ou d'un bleu très-foncé, métallique comme le corps bii-aiême , ayant de plus des taches ou des bandes d'un rouge carmin; des antennes grandes, contournées en dehors et renflées en inie longue massue, signalent ces Insectes à l'attention. Ils volent en plein jour, en plein soleil, butinant sur les fleurs des plantes basses les plus communes. Le mois de juillet les voit éclore en grand nombre dans toutes les parties centrales et méridionales de l'Europe. On s'étonne de la dimension de leurs antennes sur leur petite tète. C'est ce qui avait le plus frappé les anciens naturalistes, qui appelèi'ent nos Zygènes les Sphinx-Béliers. Toutes les Zygènes connues ont entre elles les plus grands rapports par l'aspect général, par les propoi'tions et même par MÊTAMOr.PHOSES DE LA ZYGÈNE DE LA FILIPENDULE LES LÉPIDOPTÈRES. 215 les couleurs, les reflets et l'apparence soyeuse du corps et des ailes, comme par les habitudes. A leur état de larves, elles se ressemblent davantage encore par leurs caractères extérieui's comme par leur genre de vie. L'espèce la plus répandue dans une grande partie de l'Eu- rope est la Zygène de la Filipendulc (Zi/gœna Filipeiidnke). Le Papillon, dune couleur bleu d'acier, orné de taches du plus beau carmin sur les ailes de la première paire, ayant les ailes postérieures rouges, avec une simple bordure presque noire, se montre souvent en abondance vers le milieu de l'été. Rien de plus charmant c[ue de voir de ces jolis Papillons réunis en assez grand nombre, accrochés aux fleurs des Pissenlits, des Char- dons, des Scabieuses et autres fleurs des champs. La Chenille de la Zygène de la Filipendule, un peu bour- souflée, garnie de petits faisceaux de poils fins, d'un jaune pille avec des rangées de taches noires, a une tète fort petite et des mandibules faibles comme la plupart des espèces qui se nourrissent de feuilles tendres. Elle vit non-seulement sur la Filipendule, mais sur beaucoup de Légumineuses. Près de se métamorphoser, elle construit sur les tiges une coque allongée, couleur jaune-paille, d'un tissu mince et ferme comme du par- chemin, la soie étant enduite d'une grande quantité de vernis. Les jeunes chenilles éclosent à la fin de l'été, et demeurent engourdies pendant l'autonnie et l'hiver ; elles se réveillent au printemps, et grimpent après les plantes dont elles doivent se nourrir. Les Procris, Lépidoptères très-apparentés aux Zygènes, ont des antennes grêles, doublement pectinées chez les mâles, un peu denticulées chez les femelles, et des ailes dune teinte mii forme. Pour se transfoi'mer en chrysalides, les chenilles des Procris, peu différentes de celles des Zygènes, filent entre dés feuilles une coque à parois peu résistantes. Le type du genre est la Turquoise {Procris Stalices), bien reconnaissablc à 216 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. ses ailes de la première paire, entièrement d'un beau vert soyeux. Dans quek[ues parties de l'Europe méridionale, en Italie, aux îles Baléares, etc., les vignobles sont fréquemment dévastés par le Procris de la Vigne {Procris ampelophuga). Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, a publié, il y a près de quarante ans, de curieux détails sur cet Insecte. Nulle famille de l'ordre des Lépidoptères n'est mieux caracté- risée que celle des Sphingides. Un corps très-volumineux; des antennes épaisses, prismatiques, crénelées en dessous, particuliè- rement dans les mâles et terminées dans les deux sexes par une petite pointe ; des ailes longues, étroites, très-fortes, donnent aux Spbingides un aspect tout particulier qu'on ne retrouve dans aucun autre groupe du même ordre. Ces Lépidoptères, pour la plupart de grande taille, étonnent par la vivacité de leurs allures. Dans les cbaudes soirées de l'été, on peut les apercevoir fendant l'air avec une incroyable rapidité. Leurs ailes robustes, solidement maintenues, leur permettent de planer, de se maintenir sur place par une sorte de frémissement. C'est ainsi que les Spliinx, qui presque tous ont une trompe fort longue, puisent le miel dans le nectaire des fleurs sans jamais se poser. Ils rappellent les mouvements des oiscaux-moucbes tant de fois décrits |>ar les voyageurs en Amérique, et c'est aux oiseaux-mouclies que plu- sieurs auteurs ont comparé quelques-uns de nos Spbingides. Ces beaux Lépidoptères aux ailes mates, souvent teintées de fraîcbes et suaves nuances, sont répandus dans une grande partie du monde ; ils disparaissent seulement dans les contrées très- froides. Les Sphingides ont été fort recberchés, et il en existe dans les diverses collections plusiem's centaines d'espèces. Le docteiu' Boisduval en énumère 341 dans une étude spéciale ([ui iia pas encoi'e été mise au jour. En Eui'ope, nous n en conqttons pas moins de trente et quelques espèces. Les Spliinx. si remarquables à l'état de papillons, sont peut- (Mrc plus curieux encore à l'état de larves ou de chenilles. Ce sont LES LÉPIDOPTÈRES. 217 de grosses chenilles qui, au repos, prennent fréquemment une attitude des plus singulières. Solidement fixées sur la tige d'une plante au moyen de leurs pattes membraneuses, elles redressent toute la partie antérieure de leur corps, inclinant un peu leur tête enfoncée dans le premier anneau, et conservant, des heures entières, une immobilité absolue. Dès longtem]is les observateurs ont été frappés de cette attitude. En imagination, ils ont pu se trouver transpoiiés à Thèbes, et y voir le Sphinx jetant au passant sa terrible énigme. Le nom du monstre fabuleux est devenu le nom des Insectes qui rappelaient une pose étrange. Mais l'homme est en réalité si peu inventif, qu'il est bien à croire aussi que les anciens avaient puisé l'idée dans la nature, ayant remar- qué sans doute l'attitude des chenilles de Sphingides, pour la domier au monstre auquel ils attribuaient la tête d'une femme et le corps d'un lion. Les chenilles des Sphingides ont la peau lisse, presque toujours luisante, le plus souvent ornée de couleurs vives et de charmants dessins. En général, elles sont un peu amincies en avant, et elles poiient au-dessus du dernier anneau de leiu" corps un appen- dice courbé à la manière d'une corne, mais qui figure parfaite- ment une sorte de queue. ÎNous n'avons aucune idée de l'usage d'un semblable appendice qui existe chez des chenilles faciles à observer, fuyant peu la lumière, comme l'indiquent leurs vives et fraîches nuances. Sur le point de se transformer en chrysalides, les chenilles des Sphingides s'enfoncent plus ou moins dans la terre, s'y forment une loge, qu'elles tapissent soigneusement avec la petite quantité de soie dont elles disposent. C'est merveille ici, comme pour toutes les espèces de Lépidoptères qui se métamor- phosent en terre, où très-ordinairement elles doivent passer la mauvaise saison entière, de voir de quelle façon l'Insecte, qui produit très-peu de matière soyeuse, réussit à se former un abri. Une chrysalide est dans la terre, enfermée dans une loge dont les parois sont cimentées simplement par un peu de soie ou 218 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. même par une matière qui, n'étant pas véritablement étirée en lils, ressemble à. de la bave. Four vivre, pour se développer, cette chrysalide a besoin de n'être point pressée par la terre, de n'être point continuellement mouillée. On se demande par quel miracle les parois de sa loge ne vont pas s'affaisser lorsque sur- viennent les interminables pluies de l'automne, de l'iûver et du commencement du printemps. L'observation et l'expérience apprennent que c'est un miracle bieji simple. La matière soyeuse qui retient les molécules terreuses est inattaquable par l'eau. Si mince que soit la couche, elle résiste admirablement à toute pénétration du liquide. Certaines chenilles de Sphingides se transforment au ras du sol; produisant un peu plus de soie que les autres et agglutinant des corps étrangers, fragments de feuilles, débris d'herbes, elles s'emprisonnent ainsi dans une sorte de coque. Les chrysalides n'offrent aucune particularité notable. De la forme générale des chrysalides de Nocturnes, elles se terminent par une petite pointe, et leur couleur luiii'orme est d'un brun ou sombre ou uu ])eu rougeàtre. Pour les Sphingides, si nombreux en espèces, on a admis quelques distinctions génériques. Le nom de Sphinx a été ré- servé spécialement pour des espèces dont la trompe est plus longue que le corps entier de l'Insecte, et l'abdomen de forme cylindro-conique. Deux espèces du genre sont assez com- munes dans notre pays : le Sphinx du Tro('ne (Sphinx Liguslri) et le Sphinx du Liseron, ou Sphinx à cornes de bœuf (Sphinx Convolvidi) . Sur les Troènes aux petites fleurs blanches i[ui forment les haies des parcs, sur les Lilas de nos jardins, on aperçoit assez communément une magnifique chenille longue de 8 à 10 cen- timètres, d'un vert tendre, avec des Itandes latérales obliques d'une teinte violet clair. A la fiu de juillet ou vers le commencement du mois d'août, la LES LÉPIDOPTÈRES. 219 belle chenille descend au pied de l'arbrisseau dont elle a rongé le feuillage, et tout aussitôt s'enfonce dans la terre, y établit sa loge, se transforme en chrysalide, et demeure en cet état jusqu'au mois de juin de l'aimée suivante. C'est à cette époque que se montre le Papillon. Le Sphinx à cornes de boeuf, comme l'appelle l'entomologiste Geoffroy {S. Convolvuli), vit sur les Liserons. Moins commun en France que le précédent, il est d'une taille un peu supérieure, et sa trompe est d'une extrême longueur. Sous le nom de Deiléphiles (Deilephila), ou a distingué des Sphinx dont la trompe n'excède pas la moitié de la longueur du corps et dont l'abdomen a une forme très-conique : ce sont les plus nombreux et les plus beaux entre tous les Sphingides de l'Europe. Les chenilles, pour la plupart, ne le cèdent guère aux Papillons par la variété de leurs couleurs, par la fraîcheiu' de leurs nuances. L'une des espèces les plus répandues dans notre pays est le Sphinx du Tithymale ou de l'Euphorbe (Deilephila Euphorhiœ), qui se montre deux fois chaque année, en juin et en septembre. Sur les Euphorbes, ces plantes élégantes au suc lai- teux, que l'on appelle de leur nom vulgaire Réveil-malin, plantes des terrains rocailleux, vivent les chenilles de l'un de nos plus jolis Sphinx. Sur une seule tige de l'Euphorbe il n'est pas rare de voir plusieurs chenilles, surtout quand elles sont encore jeunes. Grosses, elles ont besoin de s'épar])iller davantage, car alors elles consomment beaucoup de nourriture. Ces chenilles sont singulièrement parées. Sur leur corps, ordinairement d'un noir profond, courent dans toute la longueur trois lignes rouges comme le carmin, l'une sur le dos, les autres au-dessus des pattes; des points jaunes très-serrés sont disposés sur les anneaux comme des rangées de perles; puis des taches rondes, tantôt jaunes, tantôt rouges, tantôt blanches et rouges, se répètent sur deux files le long des flancs. Par exception, quelques-unes de ces chenilles, avec les mêmes 220 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. ligues, les mêmes taches, les mêmes points, ont un fond vert brillant. C'est à la fin de juillet qu'elles ont pris tout leur accroisse- ment. S'enfonçant en terre, elles se transforment en chrysalides après s'être constitué une loge. Mais c'est pour un temps bien court. Quelques semaines plus tard, éclot le Sphinx duTithymale; nous le verrons voler au crépuscule du matin et du soir, butinant parfois sur les fleurs de l'Euphorbe. C'est un charmant Insecte aux ailes antérieures d'un gris rose avec trois taches et une bande ondulée d'un vert foncé, aux ailes postérieures d'un rouge rose avec deux bandes noires. Les chenilles du Sphinx du Tithymale reparaissent une se- conde fois sur les Euphorbes; celles-ci descendent en terre vers la fin de septembre ; les chrysalides passent l'hiver. Presque toujours le voyageur qui, au printemps, parcourt la Calabre, la Sicile, le nord de l'Afrique, s'arrête ravi à l'approche d'un toiTcnt. En certains lieux, le spectacle est magnifique sous iin ciel splendide, les montagnes apparaissent éblouissantes; dans un lit rocailleux, raviné, l'eaii se précipite avec fracas, et de chaque côté de la rive s'élèvent en masses touffues les Lauriers-roses tout chargés de fleurs. Le naturaliste promènc-t-il ses yeux sur les tiges flexibles du charmant arbrisseau qui j'emplace dans l'Europe méridionale les Saules et les Osiers de l'Europe centrale, il aper- çoit, sohdomenl cramponnées aux tiges qui se courbent sous l'eft'ort du vent et s(! redressent avec force, de grandes chenilles vertes, ornées de chaque cùté d'une belle taclie bleue. Ce sont les chenilles du Sphinx du Laurier-rose (Sphinx Ncrii). 11 suffit de connaître la nature du végétal sur le([uel vivent ces superbes Insectes pour être persuadé ([u'on doit leiu' trouver certaines particularités de conformation. La chenille, destinée à vivre sur des tiges tlures souvent secouées avec violence par les vents des côtes de la Méditerranée, a nécessairement des pattes niembra- n<'uses pourvues de griffes ])uissautes. Il est peu de chenilles, en MÉTAMORPHOSES DU SPHINX DE L'EUPHORBE {Sphini Eiiphorbia), LES LÉPIDOPTÈRES. 221 elFel, dont les pattes possèdent une i>his J)elle armature. La du- reté et l'épaisseur du feuillage que ronge la chenille du Sphinx du Laurier-rose nous disent que cette chenille a inie tète forte, une lèvre siq)érieure très-dure et très-largement échancrée pour être en état de maintenir la feuille épaisse, des mandibules ex- trêmement fortes et denticulées de façon à pouvoir couper cette feuille sans difficulté. Au miheu de l'été, la chenille du Sphinx du Laurier-rose a pris toute sa croissance; elle se construit sur la terre une coque com- posée d'un peu de soie et de débris de végétaux en la protégeant avec des feuilles mortes ; le papillon éclôt en septembre et même en octobre. Le papillon est un des plus beaux Lépidoptères. Une envergure de 10 à 1 2 centimètres ; des ailes antérieures admi- rablement nuancées de rose et de vert tendre, avec une tache blanche et un point noir près de leur origine ; des ailes posté- rieures d'un beau noir dans leur première moitié, d'un vert clair nuancé dans leur seconde moitié, donnent à ce Lépidoptère un aspect ravissant. Parfois il arrive que le Sphinx du Laurier-rose se montre dans le centre et même dans le nord de la France. En 1839, on en trouva un assez grand nombre de chenilles sur les arbustes en caisse qui décorent les jardins de Paris. Ce fut une joie immense parmi les amateurs qui avaient été assez heureux pour les décou- vrir. Des Papillons égarés sous notre climat avaient sans doute effectué leiu' ponte sur les pauvres Lauriers-roses végétant loin de leur beau ciel de la Méditerranée. Cette introduction fortuite, dont on a déjà eu plusieurs exemples, ne s'est pas perpétuée. Dans les contrées où vit le Sphinx du Laurier-rose, se trouve une espèce voisine plus petite, mais également fort belle : c'est de son nom vulgaire, le Phénix, et de son nom scientifique, le Sphinx celerio. Sa chenille se nourrit des feuilles de la- Vigne; elle se transforme au ras du sol, en réunissant pour s'abriter plu- sieurs feuilles au moyen de quelques fils de soie. 222 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. D'autres Sphingides de uotre pays, appartenant an genre Deilépliile, sont fort remarquables et fort connus, comme le Si)lnnxdela Mgne, ou le Grand-Pourceau (DeilephUa elpenor), et le Petit-Sphinx delà Vigne, ou le Pelil-Pourceau (DeilephUa por- cellus).Le Sphinx de la Vigne a un corps rosé rayé de vert tendre ; des ailes de cette dernière nuance, avec des bandes du rose le plus frais et le plus velouté; des ailes postérieures de la même teinte, rose, avec leur base noire et leur frange blanche. Cette ravissante espèce se montre deux fois chaque année. Sa chenille épaisse, avec ses trois premiers anneaux amincis et rétractiles, ordinairement brune, (pu:'li[uefois verte, striée de noir, ornée de deux taches orbiculaires noires, encadrant chacune un cercle d'un blanc vio- lacé, a une apparence boursoullée qui lui a fait donner le nom de Grand-Pourceau. Elle a été trouvée sur la Vigne, mais il est [dus ordinaire de la rencontrer dans les endroits humides, sur des Epilobes. Ayant la faculté de produire un peu de soie, elle ne s'enfonce jamais dans la terre, mais elle se construit, à la siu'face du sol, une co([ue légère en réunissant de la mousse ou des feuilles sèches. Le Sphinx Petil-Pourceau semble être une réduction du Sphinx de la Vigne, mais ses couleurs sont moins vives et ses ailes ont leurs bords sinueux. Sa chenille, véritable pourceau, à en juger par l'aspect, a la forme et à peu près la coloration de lespèce précédente ; privée d'appendice caudal, elle porte à la place une sorte de verrue. Elle vit ordinairement sur cette plante basse à fleurs jaunes ([ue l'on nonune le Caille-lait ((ra/nliinx Demi- Paon {Smerinthxis ocellata), le Sphinx du Tilleul (S. Tiliœ), le Sphinx du Peuplier (S. Populi), ne sont pas rares dans notre pays. On trouve leurs chenilles particuUèrement sur les Peu- pliers, mais fréquemment encore sur les Saules, les Bouleaux ou d'autres arl»ros. Dans le midi de la France, on rencontre le plus grand de nos Smérinthes, le Sphinx du (Ihène (S. Qiierah). De toutes les familles de Lépidoptères, il n'en est pas de plus intéressantes que celle des Bombycides. Dans cette famille, le nomhre considérable des représentants, les grandes dimensions d'une foide d'espèces, la beauté de beaucoup d'entre elles, les formes étranges de quelques-unes, les curieux instincts de la plupart de ces Insectes, et par-dessus tout les services excep- tionnels que le produit de diverses espèces, de l'une en parti- culier, rend chez tous les peuples civilisés, sont autant de motifs d'attrait ou d'intérêt. A l'état de papillons, les Bombycides ont généralement un corps épais, massif, sans être robuste comme celui des Spliin- gides; des ailes d'ordinaire fort amples; des antennes pectinées, souvent semblables à des panaches dans les mâles ; une trompe rudimentaire ne pouvant servir à aucun usage ; des palpes fort courts. Chez le plus grand nombre des Bombyx, on constate toujours avec surprise une étrange faculté dont on a peu d'exemples. Les mâles sont attirés par des femelles de leur espèce à d'énormes distances. Une femelle est-elle emportée dans une maison, à 1 intérieur d'une ville, loin de toute végétation et placée sur ime fenêtre, même à un étage élevé, il est ordinaire que dans la soirée, des mâles arrivent en grand nombre autour de cette femelle, souvent après s'être heurtés aux murailles, aux fenêtres, à tous les obstacles, car la vue ne les dirige en aucune façon. M. Jules Verx'eaux, dont les voyages ont été extrêmement [irolitables aux sciences naturelles, nous a rapporté qu'étant en 15 226 LKS MÉTAMUUPHOSES DES INSECTES. Australie, il lui arriva un jour de saisir uue femelle d'uuc petite espèce de Bombyx, et de l'emprisouuer dans une boite. La boite mise dans la poche, il continua son excursion ; des mâles de la même espèce ne cessèrent de voltiger autour de lui, et resque imperceptible et des palpes très-]ietits. Ce sont d'abord les Endromites, aux ailes étendues, marquées d'une tache sur leur disque. C'est à ce petit groupe ({n'appartient le Bombyx du Mûrier, ou, en d'autres termes, le Ver à soie. Le genre Bombyx ayant été infiniment di- visé, le Bombyx du .Mûrier est devenu le ty})e du genre Séricaire [Sericaria) . Là l'histoire du genre est l'histoire d une seule espèce, histoire si souvent faite, si souvent reproduite avec plus ou moins d agrément, (jueuous avons peule désir de la recommencer. A qui il [)lairait de lire ce que nous savons de l'origine du Bom- byx du Mûrier et de son introduction en Europe, nous })Ourrious renvoyer à une conférence sur la production de la soie s éducateurs, snfhront-ils à faii'e disparaître une calamité dont l'industrie a déjà tant souffert. Le genre Endromis, (lui donne son nom au groupe dans lequel nous plaçons le Bombyx du MTirier, a pour type une espèce d'Eu- ro]K', 1(! Versicolor {Endromis versicolora). A l'état de chenille, cet Insecte, qui rappelle beaucouji l'aspect des Sphingides, vit siu' les arbres de nos forets. Les Bombyx plus particulièj'ement doués des beautés et des formes curieuses que nous avons signalées, sont du genre des Allacusài^ Linné (groupe des Attacites, genre Salurnia de l>eau- coup d'auteurs). Presque tous de grande taille, avecdesailesd'une ani])leur magnifique, ces Insectes ont des antennes effdées vers le bout, |)ortaid sur les côtés des rameaux régulièrement disposés qui atteign(Mit une longueur considérable chez les mâles*. La tète de ces Papillons se trouve ainsi merveilleusement empanachée. Chez la plupart des Attacus, les ailes sont arrondies sui- les bords, mais chez divei'ses espèces du genre elles ont des bords fes- ' Voyez page 210, ranlennf do ÏAllanii rorrupid, 230 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. tonnés, et parfois les ailes postérieures ont un prolongement en forme de queue ou de traîne qui autoriserait à dire, si Ion em- ployait le langage de Linné, que ces Lépidoptères sont les Cheva- liers parmi les Nocturnes, comme les Papillons proprement dits sont les Chevaliers parmi les Diurnes. Dans plusieurs Attacus de l'Afrique australe et de l'île de Madagascar, la queue des ailes postérieures est d une longueur sans pareille et vi'aiment sur- prenante. Chez ces Insectes, les ailes aux formes tant diversi- fiées, avec des teintes douces, comme il convient à des êtres de la nuit ou au moins du crépuscule, ont souvent de fraîches nuances, et presque toujours, sur leur disque, une tache figurant avec plus ou moins d'exactitude les caractères d'un œil, ou un espace transparent, entièrement privé d'écaillés et semblable à \xt\ mii'oir. Les chenilles des Attacus, massives et de forte dimension, sont des plus belles que l'on puisse imaginer. Les xnies poi'tent des tubercules vivement colorés surmontés de poils; les autres portent des épines rameuses ou verticillées d'une extrême élé- gance. Ces chenilles produisent une soie abondante, et pour subir leur métamorphose, elles se construisent entre les feuilles des arbi'es de volumineux cocons. La soie de plusieui's Attacus est utilisée à la Chine, et dans l'Inde de temps immémorial, et depuis un certain nombre d'années on fait de grands efforts pour intro- duire et acclimater en Europe plusieurs de ces beaux Insectes. Les Attacus sont disséminés à peu près par le monde entier. Le plus commun dans notre pays est le Grand-Paon de nuit (Attacus Pavonia-major). Le Papillon a des ailes d'un gris nébu- leux, parées vers le centre d'une tache ocellée noire, où la pru- nelle consiste en un espace presque diaphane de la forme d'un croissant, où l'iris est fauve et cerclé de blanc. ]^a chenille, d'un vert-pomme de la plus grande fraîcheur, a des tubercules d'un bleu d'azur surmontés chacun de sept poils roides, quelques-uns élargis à l'extrémité, comme do LES LEPIDOPTERES. 231 petites massues. Elle a des pattes membraneuses, larges, con- formées pour saisir les tiges avec force, et garnies d'un cercle d'épines propres à accroclier solidement. PATTES DE QUELQUES CHENILLES DE NOCTURNES. 1. Sésie .ipiforme. — 2. Grand-Paon tle nuîL — 3. Cucutlie tUi BoniUon-blanc. — i. Nocluelle des moissons. La chenille du Grand-Paon de nuit vit sur la plupart des arl.>res fruitiers; mais elle se trouve en abondance particulière- ment sur les Ormes de nos routes. Vers le mois d'août, elle se prépare à subir sa transformation, et quitte l'arbre dont le feuil- lage l'a nourrie. Sa belle couleur verte a jauni alors; on la voit fréquemment traverser les chemins, et gagner une corniche de muraille ou un endroit quelconque, bien abrité, pour y tisser son cocon. Ce cocon, très-volumineux, dur, fortement impré- gné de matière agglutinante, affecte la forme d'une poire. Ouvert par le petit bout, qui est disposé à peu près comme l'en- tonnoir d'une nasse, le Papillon peut sortir sans grand effort, tandis que l'accès du cocon, de dehors en dedans, demeure impos- sible pour les Insectes qui voudraient y pénétrer. Cette disposition est expliquée par ce fait, que la chenille du Grand-Paon de nuit, après avoir conduit son fd jusqu'à l'extrémité de sa coque, le 232 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. l'eplie sur lui-même, au lieu de le tendre sur le coté opposé eu décrivant des cercles continus, comme le fait notre \'er à soie et tant d'autres chenilles. Les antres représentants européens de ce beau genre des Attacns sont le Petit-Paon de nuit (^4. Pavonia-minor), dont la chenille vit indifteremment sur la plupart de nos arbres; le Moyen-Paon [A. Pavoma-media), qui est pi'opre à la Hongrie; le Cécigène [A. cœcigena), lUie remarquable espèce de la Dal- matie, et l' Attacns d'Isabelle (.4. Isabellœ), magnifique Bombyx aux ailes d'un vert tendre, avec des rayures pâles, découvert en Espagne par le professeur Grar-Us, de Madrid. Les tentatives faites pourintroduire en France de nouveaux Bombyx producteurs de soie sont de date assez récente. Ce fut seulement en 1831 qu'un naturaliste fi'ançais, au retoiu' d'une exploration dans l'Inde, M. Lamare-Picquot, rapporta des chry- salides d'un magnifique Attacns dont la soie est employée par les Indous pour la confection d'étoffes fort estimées pour leur solidité (Allacus mylilla). On eut à Paris l'éclosion des Papillons; on eu obtint des œufs, et bientôt des chenilles, qu'on ne réussit ]ias à élever. Du reste, à cette époque, personne ne voulut voir auti'e chose qu'un objet de curiosité dans l'essai que IM. Lamare-Picquot se pi"oposait de tenter. Se procurer un nouv'eau Ver à soie quand déjà on en possédait ini, semblait une singularité, une rêverie. Cependant, en 1 840, une caisse remplie de cocons provenant de la Louisiane arrive au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Les cocons, formés d'une soie brune d'apparence assez grossière, sont examinés; tous contenaient une chrysalide vivante. 11 s'agissait d'attendre l'éclosion des Papillons; elle ne se fit pas allendre. Dans le cours du mois de mai, on vit naître plus d'une centaine d'individus de VAllacus cecropia, magnifi([ue Papillon (l'une diuiensinu supérieure à celle de notre Grand-Paon de LES LEPIDOPTERES. 233 nuit. Beaucoup de femelles effectuèrent leur ponte, et quelques jours après on était en possession d'une multitude de petites clienilles. Rien de plus curieux que les changements que ces clienillcs éprouvent à chaque mue. A leur naissance, elles sont presque noires, garnies d'épines verticillées qui les font ressem- bler à de petits Hérissons; au bout de (juelques jours, leur teinte gén(''rale est un peu éclaircie, les tubercules portant les épines sont devenus plus saillants. Un premiei' changement de peau étant survenu, le corps est d'un gris verdàtre ou roiissàti'e. avec tous les tubercules et leurs épines d'un noir IjriUant. Après une nouvelle mue, l'animal est d'un vert tendre avec cinq rangées de taches noires, deux magnifiques tubercules d'un rouge carmin sur le second et le troisième anneau, et deux tubercules d'un jaiine chiir sur la partie dorsale de tous les autres anneaux; chaque tubercule porte plusieurs épines verticil- lées entièrement noires. Une troisième mue a lieu : le corps en- tier de la chenille, ainsi que latèLe, est d'un vert plus vif, passant au bleu azvu'é sur le dos, avec quelques points noirs sur les parties latérales et sur la tète; les tubercules formant deux raugées dorsales, sont plus gros proporti(jnnellement, surtout les t\d)er- cules rouges; tous les autres tubercules se terminent par une seule épine. Enfin, la dernière mue s'est effectuée : l'Insecte est d'un vert pâle, avec tous les tubercules latéraux d'un bleu clair ; les tubercules rouges sont devenus orangés, et, comme les autres, ils ne portent plus qu'une seule épine. Chez nulle autre larve, à ses divers âges, on n'a observé de changements de coloration aussi notaldes. Plusieurs centaines des chenilles de ÏÂHacus cecropia, élevées au Muséum d histoire naturelle en 18iO, filèrent leur cocon vers la fin de l'été. Le cocon de cette espèce est double, en quelque sorte; il a luie enveloppe dure, sèche, parcheminée, facile à isoler du véritable cocon intérieur. Celui-ci est composé d'une soie que l'on parvint à dévider, non pas comme les cocons 234 LES iMÉTAMORPlIOSES DES INSECTES. du Bombyx du Mûrier, au moyen d'une simple immersion dans l'eau bouillante, mais à l'aide d'une eau un peu alcaline. Les résultats de cette expérience et de l'éducation de l'espèce américaine furent signalés la même année à l'Académie des sciences par M. Victor Audouin. Tout semblait annoncer que l'Insecte américain ne périrait i»as en France. En 1841, on eut en efifet l'éclosion des Papillons dont les cbenilles avaient été élevées l'année précédente, puis des œufs et de nouvelles chenilles. Depuis cette époque on a fait, à plusieurs reprises , soit au Mu- séum , soit ailleurs, des éducations de Y Allacus cecropia , mais la soie fournie par cette espèce étant d'une qualité inférieure à celle de plusieurs autres Attacus, on n'a pas persisté. Quelques années après la tentative faite dans notre Muséum d'histoire naturelle, M. Guérin-Méneville s'efforça d'appeler l'at- tention sur aquelques Insectes fileurs on Bombyx dont les pro- » duits, pour être inférieurs en qualité à la soie (du Bombyx » du Mûrier), n'en seraient pas moins susceptibles d'un emploi utile» (1847). En 1849, nous signalions, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences, la possibilité d'introduire et d'acclimater en France divers Bombyx, ou plutôt divers Atlacus producteurs de soies pouvant donner lieu à de nouvelles branches d'industrie. Nous pensions devoir recommander plusieurs espèces de l'Inde ef de l'Australie, et surtout les espèces de l'Améi'ique du Nord, dont les chenilles se nouiTissent volontiers de nos végétaux indigènes. Deux d'entre elles avaient déjà vécu et s'étaient reproduites en France , les Attacus cecropia et polyphème. heVo\\^\\hmG [Allacus poly- phemus) donne une soie brillante, à peine colorée. Une autre esj)èce, VAllacus luna, paraissait encore devoir être préférée à raison de la finesse de la soie de son cocon. Cette espèce avait vécu et s'était transformée autrefois chez un naturaliste d'Alfona. Depiiis, on en a fait àplusieurs reprises des éducationsau Muséum. Le Luna, que nous prés(Mitons ici comme nu exemple METAMOIll'IIUSES Dli L'ATTACUS LIN'A (Atl.UH. lun,,). LES LÉPIDOPTÈRES. 235 des Attacus étrangers à l'Europe, est un très-bel Insecte. Le Papillon a des ailes d'nn vert tendre, avec une petite tache ocellée vers le centre et une frange blanche ; ses ailes postérieures sont prolongées en forme de queues. La chenille, d'un vert-pomme, avec des tubercules rosés, se trouve habituellement sur le bel arbre de la Floride et de la Caroline que l'on nomme le Liqui- dambar, mais elle mange aussi volontiers du Saule, du Prunier, du Bouleau, etc. Son cocon est ovalaire et d'une teinte blonde extrêmement pâle. En songeant à un moyen d'augmenter le ])ien-ètre au sein des populations de certaines parties de la France, nous résumions dans les termes suivants les facilités et les avantages que l'on trouverait dans l'introduction de divers Attacus. « Les chenilles de ces Lépidoptères se nourrissent de plantes très-semblables à celles de notre pays, et vivent parfaitement sur les espèces qui croissent en France , c'est-à-dire que ces animaux peuvent être élevés dans notre pays sans qu'on soit obligé de leur consacrer aucune culture. Dans le voisinage des bois, on leur trouverait sans frais une nourriture abondante. Les Aubépines qui servent de clôture seraient également utilisées pour la nourriture de ces Boml)yx. Les gens les plus pauvres de nos campagnes, auxquels il serait impossible de se procurer des feuilles de Mûrier, trouve- raient autour d'eux la nouri'iture de leurs nouveaux Vers à soie, et ils obtiendraient ainsi un produit d'une assez grande valeur. Les femmes, les enfants, toutes les personnes incapables de se livrer à un labeur pénible, suffiraient pour s'occuper un peu chaque jour, pendant quelques semaines seulement, des soins à donner à ces chenilles. » Ces paroles devaient-elles engager les personnes en situation de favoinser l'introduction en France d'une nouvelle l^ranche d'industrie, à faire quelques efforts dans ce but? Nous aimerions pouvoir l'affirmer, mais la vérité est que l'indifférence demeura complète. 236 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. En 1 854, se fondait la Société (Vaccliniatation. Nul, plus que son président, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ne s'était occupé de lintroduction et de la domestication des Animaux utiles ; nul plus que lui n'était capable pour ces questions de faire naître l'intérêt dans l'esprit des plus indifférents. L'introduction d'Insectes producteurs de soie fut à l'ordre du jour. On songea de nouveau aux Attacus de rAméri(|ue, mais l'attention se portait bien davantaii,e vers l'Inde et la Chine. M. E. Tastet, qui avait visité la Chine, y avait appris rexistlacer, jusqu'à un certain point, le Bombyx du Mûrier. C'est une faute grave. Aucune soie n'est vraiment com- parable à la soie ordinaire. Pour dévider les cocons des Attacus, Un ouvrage de M. Givelet, l'Ailante et son Bombijœ, a été publié en 1866. Une publication de M. Personnat (de Laval) sur le Yama-maïa été faite en 1866. LES LKPIDOPTÈKES. 239 les fils ne se détacliaiit pas par ractioii seule de l'eau bouillaute, on y ajoute de la cendre ou une autre substance alcaline qui permet le dé vidage. De la sorte, le vernis de la soie est attaqué et les In'ins de plusieurs cocons ne s'unissent point comme cela a lieu dans le dévidage des cocons du Bombyx du Mûrier. Rien ne prouve, il est vrai, ([u'un moyen d'opérer, conduisant au résultat <|ue l'on obtient dans le dévidage de la soie ordinaire, soit introu- vable, mais jusqu'ici, à notre connaissance, il n'est pas trouvé. Du reste, en admettant que le même avantage soit réalisable avec les cocons du Bombyx de l'Allante et du Yama-maï, on uaïu'ait pas encore une soie comparable, pour l'éclat, à la soie du Bombyx du Miirier. Il s'agit donc en réalité d'une autre matière textile, très-bonne pour la coulection de tissus d'une grande soli- dité et d'un aspect fort agréable, comme on a pu en juger par des écliaiitillons fabriqués et soumis à diverses teintures. De nouvelles matières textiles, faciles à produire dans les régions où n'existe pas l'industrie de la soie, rendraient, pensons- nous, d'assez grands services pour que l'on puisse s'en contenter. Une belle espèce de nos forêts, la Hachette d'Engramelle, con- stitue un genre particulier du groupe des Attacites (Aglia tau). Le Papillon a les ailes fauves avec une tache bleue. Le nom de Bombyx a été plus particulièrement réservé pour les espèces qui, avec des antennes très-pectinées dans les mâles et un corps massif, ont des ailes d'une étendue médiocre, compa- rativement à celles des Attacus. Leurs chenilles ne sont pas tuberculeuses, mais très-velues. Plusiem's Bombyx fort communs dans notre pays sont intéres- sants à plus d'un titre; il en est de si nuisibles à la végétation, qu'il faut plaindre le cultivateur assez malavisé pour ne point s'en préoccuper. Le Bombyx connu sous le nom vulgaire de Minime à bande (Bombyx Qiiercih), peut être pris pour le type du genre. Le mâle a les ailes d'un brun ferrugineux, avec un point central blanc et 240 LliS MÉTAMORPHOSES DES l.NSKCTES. une baudc transversale jaune ; la femelle, les ailes d'un jaune pâle avec le point blanc et une bande très-claire à la même place. Il y a donc une grande dissemblance dans la couleur des individus des deux sexes ; il y a également dissemblance dans la taille, car la femelle est beaucoup plus grande que le mâle. Le Minime à bande est répandu à peu près partout, dans les jardins aussi bien que dans les bois. Lorsqu'on possède une femelle nouvellement éclosc, si l'on veut attirer une foule de mâles, il suffit de la placer le soir sur nue fenêtre ou sur un balcon. Aucune espèce n'est plus favorable pour répéter l'expérience si souvent faite, dont le résultat cause toujours la surprise, tant l'étrange faculté des Bombyx est demeurée inexplicable. Les Minimes à bande se montrent au mois de juillet ; au mois d'août, les femelles pondent leurs œufs sur les feuilles. L'éclosion des clienilles a lieu au bout de peu de joiu"s; mais après leur nais- sance, elles ne prennent aucune nourriture, elles vont hiverner ; hiverner avec la températiu-e du mois d'août. C'est uu fait singu- lier dont les Lépidoptères nous olfrcnt plus d'un exenq)le. A peine écloses, ces chenilles se mettent en (piète d une retraite; chacune va se loger dans une cavité dans la lissure d'une écorce, et elle attendra ainsi le priutenqis pour sortir de son réduit et aller gagner le feuillage dont elle doit se nourrir. Pendant neuf mois, elle se passera de tout aliment ; elle demeurera dans un engourdissement complet, dans une sorte de léthargie, jusqu'à ce que les chalexu's de la saison nouvelle amènent son réveil. Les chenilles du Minime à bande, d'un gris cendré, aA'ec des raies latérales noires, quehpies marques rougeàtres et une ligne jaune de chaque côté, sont couvertes de longs poils soyeux qui ondulent gracieusement quand elles marchent. Dans les bois, elles dévorent les feuilles des Chênes, des Ronces, des denêts; dans les champs, elles rongent les Groseilliers, les Pi'unelliers, etc.; dans les jardins , elles mangent les Lilas et les Troènes. Pour se trans- former, elles s'établissent, soit entre les branches, soit sous des LES LHPIDOPTERES. 2il roburds de murailles, soit daus des excavations, et lileiit un cocon ovalaire de couleur brune, à parois épaisses, d'un tissu serré et très-tenace. Les champs de Trèfle sont quelquefois maltraités sur certains points par la chenille d'une espèce voisine , le Pelil-Minime à bande d'Engramelle [Bombyx Trifolii). A l'automne, on rencontre, cou- rant à travers tous les chemins, une belle et grande chenille couvei'te de longs poils d'un roux châtain, ayant des incisions annulaires d'un noir de velours. Alors au terme de sa croissance, elle cherche un refuge pour hiverner, ne devant filer son cocon que l'année suivante. C'est la chenille d'un Bombyx [B. Bubi) que l'on appelle vulgairement la Polyphage, à raison de son indiffé- rence dans le choix de sa nourriture. Un Bombyx de petite taille (B. neuslria), dont le nom commun s'applique à la chenille, la Livrée, est le plus répandu en Europe. Le Papillon a les ailes d'un jaune fauve ou roussàtre, avec deux raies plus ou moins foncées sur celles de la première paire ; il se montre en juillet, un i)eu partout, mais surtout dans les vergers. La femelle fait sa ponte d une manière très-singulière. Les œufs, fortement agglutinés, sont disposés tout autour de petites branches comme des anneaux ou de longs bracelets. Les petites chenilles n'éclosent qu'au printemps; lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, ces bracelets s'aperçoivent sans la moindre difficulté, et peuvent être aisément détruits. On ne devrait jamais y manquer, car le Bombyx neustricn n'est pas moins nuisible aux arbres fruitiers (jue les Liparis, mais le fait n'était sans doute pas à la connaissance des auteurs de la loi sur l'éche- nillage. Dès leur naissance, les chenilles se réunissent en groupes nombreux, et s'enveloppent d'une toile soyeuse reteime aux branches et au feuillage; c'est seulement lorsqu'elles ont acquis toute leur taille qu'elles s'isolent. On a conseillé, pour les détruire, de couper les branches qui portent les bourses; mais il est facile de concevoir combien serait énorme le travail nécessaire pour 16 2/i2 LliS MÉTAMOltPHOSES L>ES INSECTES. une semblable opération. Les Zîrrces sont velues, presque noires, avec une raie blanche sur le dos, trois raies fauves et une raie bleue de chaque côté. Elles vivent sur différents arbres, mais ce sont les Poiriers et les Pommiers qui ont le plus à souffrir de leur Lie nOMBYX NEUSTRIEN OU I.A LIVniiE { Bombyx neustria). Une petite branche chargée d'ccul'?. — Le Papillon mâle au repos. — La femelle au vol. présence. Au moment de se transformer, elles filent une eo([ue mince, saujjoudrée d'une poussière jaune ressemblant à de la fleur de soufre. Les chenilles d une espèce (|ui vit sur les Pins (B. })itijocampa) sont souvent très-pi'éjudiciables aux arbres des forets de l'Alle- magne. Ce Bombyx est aussi très-répandu dans les landes de Gascogne. Le Uoinbyx processionnaire (B. processionea) est certes le LES LEPIDOPTERES. iti:^ plus curioux parmi iius espèces européennes. Le l'apillon, d'assez [•etitc taille, ayant des ailes grises, très-pàles chez la femelle, tra- versées par trois bandes obscures, aune apparence bien modeste. 11 paraît dans les forêts vers les mois daoùt et de septembre. Les femelles déposent leurs œufs en paquets sur le tronc ou sur les grosses branches des Chênes, couvrant leur ponte avec les poils laineux qui garnissent l'extrémité de leiu' abdomen. Au mois de nu^i éclosent les chenilles. Celles-ci se groupent au nombre de plusieurs centaines, et fdent en commun sur les troncs une toile à mailles lâches et irrégulières, sous laquelle elles demeurent ti'an- quilles pendant le jour. Le soir, elles grimpent dans le feuillage, mangent avidement, et le matin regagnent leur nid ou en con- truisent un nouveau. Assez vagabondes dans leur jeune âge, elles conservent plus ordinairement une résidence fixe quand elles ont pris lui assez grand développement, mais à chaque mue elles établissent une nouvelle demeure. Un nid couvre parfois une portion considérable d'un tronc, et il consiste alors en plu- sieurs toiles superposées, difficiles du reste à distinguer à cause (le l'enchevêtrement des fds. Les chenilles processionnaires ont fra})pé d'étonnement tous les observateurs par l'ordre établi dans leurs pérégrinations, et qui justifie leur nom. Si l'on examine un de leurs nids au milieu du jour, tout y est calme, les chenilles sont pressées les unes sur les autres et presque inunobiles. Dès que le soleil a passé, un mouvement se produit , puis une agita- tion générale se manifeste. Une chenille soi't du nid et conmience à grimper sur le tronc; elle est suivie exactement })ar une autre chenille, celle-ci par une troisième ; cette ti'oisième, par un rang de trois ou quatre individus, qui est suivi à son toiu' par un rang plus nombreux, et ainsi de suite. Les rangs vont d'abord en s'élargissant d'une manière assez régulière, mais le gros de la colonne finit par former une masse plus ou moins confuse. Au lieu d'une seule chenille au second et au troisième rang, il peut y en avoir deux un trois, mais invariablement lui seul individu ■2hU I>KS MÉTAMORIMIOSES DES INSECTES. ouvre la inavche. Après leui' excursion nocturne dans le reiiillaf^e et après s'être repues, ces chenilles voulant regagner leur retraite, c'est dans le même ordre qu'elles efFectuent la descente. Si après avoir épuisé le feuillage d'un ai'bre, elles se portent sur un autre arbre, c'est toujours dans le même ordre qu'a lieu leu)- déplacement. On croirait qu'un individu donne le signal du départ et devient le chef l'cconnu de la troupe entière, mais rien ne distingue la chenille (jui marche en tète de celles ijui la suivent, et nous ne pouvons ici que constater ini instinct assez singulier. Parvenues au terme de leur croissance, les Pi'oces- sionnaires, cpii ont renCorcé les parois de leur nid avec les dépouilles provenant de leurs mues, demeurent rappi'ochées, et chacune construit le cocon dans lequel elle va se transformer en chrysalide. Notre dessin montrant les Processionnaires eu marche, et attaquées par un gros Coléoptère, le Calosome sycophante et sa larve, a été exécuté au bois de Boulogne avec la plus scrupuleuse fidélité. Le cadre restreint n'a pas permis cependant de représenter le nid dans son entier, ni la colonne de chenilles complètement développée. Les Chênes du bois de Boulogne ont été fort maltraités dans ces dernières années par les Pi'ocessionnaires. Le conservateur du bois, M. Pissot, auteur de plusieurs observations intéres- santes sur les insectes, a réussi à détruire d'immenses quantités de ces chenilles au moyen de l'huile lourde de goudron; mais les Chênes du voisinage étant abandonnés à leur sort, les Papil- lons se répandent partout, et vont déposer leurs teufs dans les endroits que l'on croyait le mieux purgés. Les chenilles processionnaires ne sont pas dangereuses seule- ment par les dévastations qu'elles commettent; leurs poils, qu'elles perdent continuellement, pénètrent dans l'épiderme avec une étonnante facilité, y produisent une sorte d'urtication et des démangeaisons insupportables, dont la persistance est fort longue. il ne faut donc januùs toucher ces chenilles avec les doigts, ni MtTAMORPHUStS DU liOMBYX PUOCESSIONNAIRE KT DU CALUbUMt bVCUl'HAML { tîombijj: in'uceasionnea et talo^oma sycoiihauio). LES LÉPIDOPTÈRES. 245 observer leurs nids en se plaçant sous le vent, car le visage et les mains i*ecevraient les atteintes de ces poils redoutables. M. Ratze- burg cite des circonstances où des bestiaux et des chevaux, en arrachant les feuilles des arbrçs, se sont trouvés fort maltraités par les poils des Processionnaires, qui avaient atteint ces ani- maux au voisinage des yeux, aux narines et à la bouche. Divers Bombyx vivent en société et confectionnent des nids comme les Processionnaires, lorsqu'ils sont à l'état de chenilles. Il y en a nue espèce au Mexique bien comme aujourd'hui [Bombyx madrimo), qui a été signalée aiitrefois par Humboldt. Depuis une époque fort ancienne, le Muséum d'histoire naturelle possède des nids analogues provenant de Madagascar. Ce sont des poches à parois assez épaisses. M. Ch. Coquerel a étudié et décrit sous leurs différents états les Insectes qui les construisent (Bombyx Radama et B. Diego). Des Bombycides ({ue l'on distingue sous le nom de Lasio- campes se signalent à l'attention par leurs palpes très-longs figurant une sorte de bec. Le type du genre est la FeuUle-morle (Lasiocampa quercifolia) , gros Papillon aux ailes festonnées, d'iuie couleur fauve, ferrugineuse, qui a valu à l'Insecte sou nom vulgaire. Sa chenille, c[ui acquiert une longueur de 9 à 10 centi- mètres, est grise, velue et remarquable comme les autres espèces du genre par deux i*eplis de la peau à la partie antérieure du corps, qui s'écartent par moments et laissent voir deux interstices bleus semblables à des colliers. Cette chenille se trouve souvent sur les arbres fruitiers. Uu petit Bombyx de Madagascar, caractérisé par ses ailes coupées obliquement (genre Borocera), est l'objet d'une culture particulière dans le pays, comme nous l'a appris M. Vinson. Les Hovas élèvent ses chenilles, qui se nourrissent de l'Ambre- vate, une sorte de Cytise, pour la soie de leurs cocons et pour les chrysalides dont ils font un aliment. A coté des vrais Bombyx se placent les i^iparites. ou les genres 2/i6 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. Orgyia ciLiparis. Ceux-ci out un corps relativement assez mince, au moins les mâles. Les Orgyias sont des Lépidoptères de taille fort médiocre, où nous trouvons des exemples de femelles pri- vées d'ailes, ou plutôt n'ayant que des moignons d'ailes. Examinons l'espèce la plus commune du genre, l'Orgyia an- tique, ovLÏEloilée de Geoffroy (Orgyia antiqua), sous ses diverses formes. Elle est d'autant plus facile à observer dans la nature, que ses généi-ations se succèdent à peu près sans interruption pendant toute la belle saison . Dès le mois de mai on rencontre sur le feuillage des Peupliers de petites chenilles tout à la fois bien jolies et bien bizarres. Dans leur plus grande dimension, ces chenilles, garnies de brosses et d'aigrettes, n'ont guère plus de 2 centimètres de lon- gueur; elles sont d'un gris bleuâtre qui passe souvent au brun ou au noir. Sur les deux côtés, leur premier anneau est orné d'un long faisceau de poils inégaux terminés chacun par un petit renflement. Ce sont de charmantes aigrettes dirigées en avant, que l'Insecte agite avec une grâce particulière. Le onzième anneau porte un semblable faisceau de poils incliné en arrière, et sur le cinquième il y en a un de chaque côté, moins long que les autres. Nos chenilles de l'Orgyia étoilée ont encore bien d'autres ornements. Sur la portion dorsale de leurs quatrième, cinquième, sixième et septième anneaux , s'élève une brosse jaune ou blanche taillée avec ime entière perfection; une rangée de tu- beiTules rouges, surmontés de petites aigrettes, règne tout le long des flancs. Pour se métamorphoser, ces chenilles se filent une coque ; mais n'ayant à leur disposition qu'une faible quantité de soie, elles y mélangent leurs poils, qui tombent avec facilité au moment de la transformation, et comme les parois de la coque sont en- core fort minces, des feuilles maintenues à l'aide de quelques fils sont ordinairement emi)loyées à servir d'abri. Le Papillon éclôt deux à trois semaines après la Iraiisforma- LES LÉPIDOPTÈRES. 2/i7 tion de In chenille. Le mâle est un Papillon au corps mince, anx MIÎTAUORPHOSES DE L'ORGYIA KTOILÉK {Orgyia antiqua^ . antennes pectinées. aux ailles d'un hrun fauve, avec quelques 2/,8 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. raies plus sombres et une petite tache blanche ; la femelle est un animal gris, privé d'ailes, n'en ayant du moins que des rudi- ments, de véritables moignons. A l'aide de ses pattes, elle se traîne péniblement, car son ventre, très-gros, est alourdi par la quantité d'oeufs qu'il contient. Cette femelle, dépourvue de toute beauté, n'a nul besoin de se déplacer pour rencontrer un mâle. Les mâles la recherchent, et avec l'instinct et l'aptitude ordinaires aux Bombycides,ils savent la trouver même dans l'endroit le plus caché. Aussitôt fécondée, on la voit cheminer sur le tronc de l'arbre, où bientôt elle dépose ses œufs en un paquet. Ces œufs, petits, arrondis, sont agglutinés au moyen de la liqueur visqueuse dont ils sont imprégnés au moment de la ponte. Les Lipaj'is ont les antennes plus longues que les Orgyies, très- pectiuées dans les mules, mais assez faiblement dans les femelles. Chez ces dernières, l'abdomen est épais et laineux. Les chenilles des Liparis, un peu déprimées, portent des poils roides, souvent disposées en étoiles. Dans le centre et le nord do l'ijurope, ces Lépidoptères sont les plus communs des Bombycitles : la plupart des espèces du genre sont fré(piemment fort nuisibles à la végétation. Le Zigzag [Liparis dispar), le Zigzag à ventre rouge (Liparis inonacha), Y Apparent ou le Bombyx du Saule [Liparis Salicis). le Bombyx cul-brun [Liparis chrijsorrhœa), causent chaque année des dégâts considérables, et dans certaines circonstances, par suite de la plus impardonnable incurie et d'une législation qui contraste étran- gement avec les lumières de la science de notre époque, ils deviennent de véritables fléaux pour l'agriculture. La loi sur l'échenillage, en date du 26 ventôse an !V, de- meurée en vigueur jusqu'à présent, est ainsi conçue : « Art. l«^ Dans la décade de la publication de la présente loi. » tons propriétaires, fermiers, locataires ou autres faisant valoir » leurs propres héritages ou ceux d'autrui, seront tenus, cliacnn » en droit soi, d'éclieuilU'r du faii'c écheniller les arbres étant sur LES LÉPIDOPTÈRES. 249 » lesdits héritages, à peiue d'amende, qui ne pourra être moindre » de trois journées de travail et plus forte que dix. » Art. 2. Ils seront terms, sous les mêmes peines, de brûler » sur-le-champ les bourses et toiles c{ui seraient tirées des arbres, » haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y aura aucun )) danger de communication du feu, soit pour les bois, arbres et )) bruyères, soit pour les maisons et bâtiments. » Art. 3. Les administrations de département feront écbe- )) niller dans le même délai les arbres étant sur les domaines na- « tionaux non affermés. » Art. 4. Les agents et adjoints des communes sont tenus de » surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs arrondisse- » ments respectifs; ils seront responsaltles des négligences qui y » seront découvertes. » Art. 5. Les commissaires du Directoire exécutif près les » municipalités sont tenus, dans la deuxième décade de la publi- » cation, de visiter tous les terrains d'arbres, d'arbustes, haies ou » buissons, pour s'assurer que l'échenillage aura été fait exac- » tement, et rendre compte au ministre chargé de cette partie. » Art. 6. Dans les années suivantes, l'échenillage sera fait, » sous les peines portées par les articles ci-dessus, avant le » 1" ventôse (20 février). » Art. 7. Dans le cas où quelques propriétaires ou fermiers » auraient négligé de le faire ])our cette époque, les agents et les » adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui l'auront négligé » par des ouvriers qu'ils choisiront; l'exécution des dépenses leur » sera délivrée ]>ar le juge de paix, sur les quittances des ou- » vi'iers, contre lesdits propriétaires et locataires, et sans ([ue ce » payement puisse les dispenser de l'amende. » Art. 8. La présente loi sera publiée le 1" pluviôse (20 jan- » viei') de chaque année, à la diligence des agents des communes, » sur la réquisition du commissaire du Directoire exécutif. » r.n vertu de cette loi, des affiches sont fréquemment apposées 250 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. dans la plupart des départements de la France, afin d'engager les populations à ne pas trop négliger leurs intérêts. De temps à autre, même à Paris et dans le département de la Seine, des affiches rappellent les prescriptions de la loi relative à l'échenillage. Ainsi a été placardé à la fin de jan- vier 1867 : « Un arrêté du Préfet de police, en date du 14 de ce mois, pris en conformité de la loi du 26 ventôse an IV et de l'article 17 1 du Code pénal, qui prescrit la publication à nouveau d'une ordon- nance du 25 février 1859, concernant l'échenillage des arbres, bois, haies et buissons d'ici le 20 février prochain. » On devra, disait cet arrêté, brûler soigneusement les four- reaux à chenilles. » Cette opération, par suite de la multiplication extraordinaire des chenilles dans les environs de Paris, est devenue dune né- cessité absolue. » La multiplication des chenilles, véritable fléau de l'agricul- ture, est due à la destruction des oiseaux, destruction à laquelle les propriétaires se livrent avec tant de plaisir et de cruauté, sans en prévoir les tristes résultats pour les récoltes. » Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus simples notions d'histoire naturelle s'étonnent à bon droit des termes vagues de la loi du 26 ventôse de l'an IV, qui ne mar- que aucun progrès sur les prescriptions antérieures,. Nous voyons que cette loi a été édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent le Lipariscid-brun(Zî/>«r?'sr/(r(/sor- rhœa) dans le nord et le centime de la France, puisqu'il s'agit de nids que l'on peut et que l'on doit détruire pendant l'hiver. Mais cette espèce n'est pas toujours la plus nuisibltv; elle ne se trouve pas dans toutes les parties de la France. 11 y a beaucoup de che- nilles aussi redoutables ou plus redoutables pour la végétation, qui n'érloscnt ([u'au printemps, et dont la loi ne s'occupe en nuciiiir manière. Celles-là ne font pas de nids: ce n'est donc pas LES LÉPIDOPTÈRES. 251 par les moyons prescrits qu'il est possible d'en opérer la des- truction. D'un autre côté, si le but de l'article 2 ne laisse aucun doute, que faut-il penser de l'article l*""", ordonnant Yéchenillage avant le 20 février. Il n'y a guère de clienilles courant sur les arbres pendant l'hiver. «L'échenillage, dit M. Merlin, est l'action de détruire les che- » nilles, ou plutôt les nids et enveloppes qui renferment les œufs » de ces Insectes. Ce soin, qui est d'une si grande importance » dans l'intérêt des fruits et récoltes, semble avoir dii (Mre de tout w temps l'un des principaux objets de la police rurale; on cite ') cependant, comme ayant introduit en France l'obligation de » l'échenillage, l'arrêt du règlement du Parlement de Paris du » 4 févi'ier 1732. On n'avait eu recours jusque-là qu'aux exor- » cismes et aux réquisitoires. » Un historien du Dauphiué, Chorier, raconte que, vers le com- mencement du xvf siècle, les chenilles s'étaient tellement multi- pliées dans cette province, que le procureur général crut devoii' faire un réquisitoire pour leur enjoindre de déguerpir el vider les lieux. En 1543, un membre de la municipalité de Grenoble exposait au conseil que les limaces et chenilles commettaient de grands ravages ; il demandait en coiiséquence « qu'on priât ^I. l'ofGcial de vouloir excommunier lesdites bètes, et procéder contre elles par voie de censure, pour obvier aux dommages qu'elles faisaient jouruellemeut et qu'elles feraient à l'avenir ». Le conseil prit un arrêté conforme à cette demande. Un pourrait citer beaucoup d'autres documents du même genre'. A l'époque à laquelle se rapporte l'arrêt du règlement que nous avons cité, les ravages causés par les chenilles avaient été tels, plusieurs années de suite, qu'il avait été jugé urgent d'y ' M. Millet, inspecteur des forêts, a réuni sur ce sujet beaucoup d'informations curieuses, qu'il a bien voulu nous communiquer, mais les limites de notre cadre ne nous permettent pas de les rapporter. •252 LES iMÉTAMORPHOSES DES INSECTES. remédier par des mesures générales et plus efficaces. « L'année » 1731, ditFournel, fut si favorable à la germination des œufs, » qu'on vit se renouveler le fléau des sauterelles d'Egypte. » Les feuilles, les fleurs, les boutons des arbres, étaient dévorés » aussitôt leur apparition : en sorte qu'au mois d'août, les bois et » les forêts offraient la même apparence qu'au mois de janvier. » L'exemple d'un pareil malheur provoqua la sollicitude desma- » gistrats sur les moyens -de le prévenir par la suite; et c'est à » cette époque que fut introduite l'obligation de l'éclienillage. » Partout, on le voit, des expressions vagues, générales, qui dénotent l'absence des notions les plus élémentaires sur le sujet. Le Liparis cul-brun est ce petit Papillon tout blanc dont l'extré- mité du corps est garnie de poils d'un brun doré, que tout le monde connaît. Il se montre à la fin de juin et au commence- ment de juillet. La femelle pond ses œufs en paquets à la face inférieure des feuilles ou sur les branches, et les recouvre de ses longs poils laineux en frottant son abdomen, de manière à les pro- téger et à les masquer complètement. Les petites chenilles nais- sent à la fin d'août ou en septembre, et tout aussitôt elles se fabri- quent en commun, sur les hautes tiges, une tente soyeuse qui les met à l'abri des dangers extérieurs. Elles passent ainsi l'hiver. Dès que le feuillage commence à pousser, elles se répandent partout et causent la dévastation parmi les arbres fruitiers et quelquefois sur les arbres des forêts. Elles sont d'un brun noir, garnies de tubercules portant des poils roussâtres en aigrettes, avec des taches rouges sur le dos et deux rangées de taches blanches. Elles se métamorphosent au mois de juin dans une coque à parois minces, entremêlées de poils. Toutes les habi- tudes de rinsecle indiquent qu'on peut le détruire facilement pendant l'hiver en enlevant les Itourses ou en les arrosant avec des huiles communes. Le Liparis du Saule, ou Y Apparent (Liparis Salicis). un peu plus grand (|ue li^ pn''c<'d('iil. a les ailes d'un blanc argenté et le LKS LEPIDOPTERES. 253 corps tdut lilaiic. Lu l'einelle pond ses œiils sur les troncs des Saidcs et des Peupliers. Ceux-ci, de couleur verdàtre, sont disposés en rosaces et recouverts d'un enduit blanc. Les chenilles éclosent au printemps et dépouillent souvent les arbres de toutes leurs feuilles. D'une coideur grise noire, avec des tubercules surmontés de poils roux, une série de grandes taches dorsales blanches ou d un jaune très-pàle et deux lignes de la même teinte, elles sont faciles à reconnaître. Pour détruire cette espèce, il y a un moyen fort simple : c'est de barbouiller avec de l'huile, du goudron, ou toute auti'e sul)stance, les plaques d'œufs que l'on aperçoit sans peine, surtout lorsque les arlires sont dépouillés de leurs feuilles. Le Zigzag (Liparis dispar) abonde presque partout, dans les jardins, sur les routes, dans les forets. Le Papillon mâle a des ailes grises traversées par des raies sinueuses très-foncées; la femelle, beaucoup plus grosse, a des ailes blanches avec des lignes noires. Elle dépose ses œufs en paquets sur les troncs d'arbres et les recouvre avec les poils laineux roussàtres de son abdomen. Les chenilles éclosent au mois de mai et acquièi-ent vite une assez forte taille; leur peau est noire réticulée de gris et gai'uie de tubercules, les premiers l^lcuàtres, les autres ferrugi- neux, tous surmontés de longs poils roides qui pénèti'ent aisé- ment l'épiderme et causent d'assez vives démangeaisons. Elles se transforment dans un réseau extrêmement lâche. Une espèce voisine, le Zigzag à ventre rouge [Liparis monacha), ayant les mêmes mœurs, est jkmi répandue en France, mais fort connnune en Allemagne , où elle exerce souvent d'immenses ravages dans les forêts. iM. Ratzeburg a donné, sur cet Insecte connue sur beaucoup d'autres, d'intéressants détails dans son grand ouvrage sur les Insectes nuisibles aux forêts. ( hi comprend que ce n'est pas par l'échenillage (ju'on peut détruire ces divers Liparis. Ce sont les pontes seules qui peuvent être anéanties pendant l'hiver, sans qu'il en coûte de grands efforts. •25/1 LES MÉTAMUUPHOSES DES INSECTES. Des Lt'|iiduptères ayant d'intimes rapports de euni'urnuitioii avec les Orgyies et les Liparis, mais presque tous parés de vives et fraîches nuances, sont les Arctiites. Les espèces du genre Ecaille proprement dit (Arctia) peuvent être citées comme des plus jolies parmi les Lépidoptères nocturnes. V Ecaille martre (Àrclia caja) est commune par l'Europe entière. Sa chenille est connue de presque tout le monde ; car vivant sur une infinité de plantes hasses, elle court continuellement à teiTe par les chemins et les allées des jardins avec une étonnante rapidité. Assez grosse, de couleur noire, portant des tubercules surmontés de longs poils soyeux, noirs sur le dos, d'un roux vif siu' les cotés, elle attire aisément l'attention. Pour se transformer en chrysalide, elle s'établit sous des pierres ou sous des feuilles, et se construit une coque à parois faibles, dans hujuelle elle fait entrer une partie de ses poils qu'elle perd au moment où elle commence à filer. Le Papillon éclôt quinze à vingt jours après la métamorphose de la chenille. Ses ailes antérieures, d'une envergure de G à 7 cen- timètres, sont brunes, avec des lignes blanches semblables à des rigoles dirigées dans tous les sens; ses ailes postérieures, d'un beau rouge relevé par six ou sept taches duu bleu foncé, cer- clées de noir. Les autres Ecailles les plus remarqualdes de notre pays sont VÉcaiUe rose (Ârctia Hehe), la Grande-E caille hrune [Arclia malronula) de nos départements de l'Est, VEcaille marbrée {A. illica), Y Écaille mouchetée (A. purpurea), la Bordure ensan- glantée (A. russula), etc. Certaines espèces de ce genre [Arctia pudica) et de ([uelques genres voisins font entendre une stridu- latidu au moyen d'une petite capsule quelles portent de chaque coté du thorax. M. Guénée a pultlié d'intéressantes obser- vations sur ce sujet. Les Callimorphes, charmants Lépidoptères dont les formes sont plus grêles, plus élégaides (pu' celles des Ecailles, possèdent une tronqjc assez dévehqipée. L'une, VEcaille marbrée rouge (Calli- Ll':s LliriDUPTKRES. 255 inorpha dominula), a l(>s ailes antérieures d'un vert bronzé, avee douze à quatorze taches blanches, les ailes de la seconde paire d'un routée magnifique relevé i>ar trois taches noires; l'autre, la Phalènecliinée de G eollroy (C /«era), eu diffère surtoutpar ses ailes antérieures traversées par des raies blanches. Chez ces Insectes couinie chez diverses Ecailles, il arrive parfois que les couleurs rouges des ailes passent au jaune. Certains amateurs sont arri- vés, à l'aide d'une évaporation acide, à produire artificielle- ment un changement de couleur analogue, en se gardant bien d'avertir de leur fraude. Des auteurs ont décrit ces individus dénaturés comme de curieuses variétés, ou, suivant leur lan- gage, comme des aberrations. Le mot aberration n'est-il pas ici en effet bien choisi ? On distingue sous le nom de Lithosiitesde petites espèces d'une texture frêle, ayant des ailes qui enveloppent le corps pendant le repos et souvent des antennes très-minces. Les Lithosies ont des ailes fort étroites et des antennes en forme de soies. La plupartde leurs chenilles se nourrissent des Lichens qui croissent sur les troncs d'arbres. Les Euchélies ont des ailes plus larges et agréa- blement colorées, et l'une d'elles, bien jolie et bien abondante, est remarquée dans toutes les campagnes d'une grande partie de l'Europe. C'est le Carmin du Séneçon [E. Jacobeœ), comme l'ap- pelait Geoffroy , le Papillon délicat qui vole et se pose avec les Zygènes, dont il a les couleurs. Ses ailes antérieures, d'une teinte jjronzée, ont deux raies et deux taches du carmin le plus vif; ses ailes postérieures, de cette dernière nuance, ont une frange noirâtre. La clienille de cette charmante espèce, noire et annelée de jaune, vit sur les Séneçons qui croissent dans les champs incultes et au bord des chemins. Dans le Midi de la France, et dans les pays dont la Méditerranée baigne les cotes, vole l'été une luichélie plus gracieuse encore (E. pulcliella) ; celle-ci a les premières ailes blanches, parsemées de points noirs et ornées de seize ou dix-sept petites taches d'un rouge écarlate. 256 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. Dans cette intéressante famille des Borabycides, il est un grand genre devenu le type d'une tribu particulière. C'est le genre des Psychés. Psyché, tout le monde connaît l'origine de ce mot gracieux ; avant d'être le nom de la ravissante princesse antique aux ailes de Papillon, il signifiait l'àme, le souffle. Qu'il convient donc à merveille, ce joli nom de Psyché, aux Papillons auxcpiek il a été attribué! Une taille toute mignonne; un corps mince couvert de longues soies; des ailes à peine revêtues d'écaillés, grises, brunes, noirâtres, et en même temps presque diaphanes ; de petites antennes plumeuses, sont les signes exté- rieurs des Psychés. Ces Lépidoptères, qui réalisent ce que l'on peut imaginer de plus déUcat, ont comme les autres Bombycides une trompe toute rudimentaire. Ils n'ont besoin d'aucune nour- riture pendant les jours comptés de leur existence. Mais les Psychés n'appellent point l'attention seulement par le charme et bi grâce de leiu^s formes, elles oiïrent un intérêt exceptionnel par le genre de vie de leurs larves, par la dissem- blance des individus des deux sexes. Les mâles seuls ont foutes les perfections que nous avons indiquées; les femelles sont dans I.A PSYCHÉ DU GBAMEN (Psyché graminella). La femelle et la chrysalide. la condition la plus misérable (jue l'on puisse trouver })armi les Lépidoptères. Nous avons vu chez les Orgyies des femelles se traînant péniblement en secouant leurs moignons d'ailes, les femelles des Psychés ne savent pas même se traîner; elles quit- tent leur enveloppe de chrysalide, elles éclosent et demeurent immobiles. A considérer leur corps absolument dépourvu d'ailes LES LEPIDOPTERES. 257 et semldable à celui des larves, leurs pattes rudimcntaires, leur abdomcu mou, leurs auneaux tlioràciques égaux et écailleux, il serait impossible de croire que l'on a sous les yeux des Lépido- ptères adultes, si l'observation n'avait conduit à connaître l'his- toire entière des Psychés. 11 y en a beaucoup d'espèces en Europe, et comme elles sont toutes fort petites, il est souvent nécessaire, pour se les procurer, délever leurs chenilles. On observe assez facilement ces chenilles, car elles vivent constamment dans des fourreaux qu'elles confectionnent avec une certaine quan- tité de soie et des débris de végétaux disposés avec infiniment d'art. Certaines espèces emploient des fragments de feuilles, d'autres des fétus coupés tous à peu près de la même dimension ou des bûchettes. Ouelques-unes fabriquent leur habitation por- tative avec des brins de Mousse fort bien arrangés. M. .MiUièrc eu a fait comiaitre un charmant exemple (Psyché Gondebautella). Les fourreaux, si bizarrement construits à l'extérieur, sont tapis- sés à l'intérieur de la soie la plus fine et la plus douce. Les Psy- chés portent leur fourreaxi comme le Colimaçon porte sa coquille ; ])our se déplacer, elles sortent tout juste la tète et les anneaux thoi^aciques, afin que leurs pattes écailleuses puissent s'ac- crocher sur les feuilles ou les tiges des herbes, \eulent-elles se reposer, au moyen d'un peu de soie elles fixent leur habitation et rentrent tout à fait à l'intérieur. Rien de plus singulier que de voir un de ces petits tuyaux remuer et progresser sur les plantes, tandis qu'on n'aperçoit pas l'Insecte qui le fait mouvoir. Les pattes écailleuses des larves de Psychés sont parfaitement constituées, ces appendices seuls servant à la marche. Les pattes membraneuses, très-petites et pourvues d'une couronne com- plète de crochets, n'ont d'autre usage que de permettre à l'animal de maintenir fortement sa demeure portative. Les chenilles, arrivées au temps de leur métamorphose, n'ont besoin, ni de filer une coque, ni de chercher un refuge; leur fourreau est un abri qui a tous les avantages possibles. 17 •258 LES iMÉTAMORPHOSES DES INSECTES. L'Insecte attache sou Ibiirreau contre une branche, un tronc, une muraille , et le ferme soigneusement. Cette opération achevée, il se retourne de façon à présenter la tète vers l'extré- mité du fonrreau demeurée libre. A lieu la transformation en chrysalide; le papillon éclôt. Si c'est un mâle, il s'échappe aus- sitôt de sa prison; si c'est une femelle, elle demeure dans le réduit où elle est née, l'ouvrant assez cependant à l'aide des aspérités de son enveloppe de chrysalide, pour sortir la partie postérieure de sou corps. Les mâles, attirés de loin par sa pré- sence, voltigent bientôt en nombre autour d'elle. Là voilà fécondée; sans changer de place, sa ponte est effectuée et reste protégée par son corps. Elle meui't. Ses petites chenilles éclo- sent à l'abri du danger, et commencent Ji dévorer le cadavre de leur njère, dont elles épargnent seulement les parties les jtlus dures. C'est après s'être soumises dans leur premier âge à ce ré- gime bien singulier pour des larves de Lépidoptères, qu'elles se dispersent sur le feuillage et que chacune construit son fourreau. Un auteur, Bruand d'Uzelle, a passé une longue suite d'an- nées à recueillir les Psychés dans une grande partie de la France, et il en a publié la monographie. jMais après les traits généraux de Ihistoire de ces Lépidoptères que nous venons d'indiquer, il est bon d'arrêter un instant notre attention sur une espèce du genre eu particulier. Ce sera la plus grande, la plus facile à rencontrer, la plus connnune dans notre [>ays, c'est-à-dire la Psyché du Gramen [Psyché graminella). Le vieil entomologiste Geoffroy, entraîné à une confusion par une sorte d'analogie de mœurs, l'a nommée la Teigne à fourreau de paille composé. An [)rinteuips et au conuuencement de l'été, il est ordinaire de voir se promener la chenille de la Psyché du Gramen. Assez vagabonde, elle est souvent errante sur les herbes, les Graminées, sur les Bruyères, sur les Genêts, cjuelquefois sur les nuu'ailles. H est facile de l apercevoir ; lorsiju'elle est grande, son fourreau • , ' Ml JSiAs espèces du genr(\ ai'rèloiis un iiislant uotre nitention sur la plus LES LÉPIDOPTÈRES. Sf).". rnuiinuno. (Test tliî son nom viilgairo : la Queue-fourchue (Dicra- nura vinula). m. I.A QUF.UK-FOUR(,HUE [Dicranura vinuU). \.Q Papillon femelle el la chenille. Dès les deruiei's jours d'avril et pendant tout le mois de mai, se montre fréquemment dans les endroits humides un beau Pa- [)illon do nuit très-reconuaissable à sa teinte générale d'un gris pj'osque Idanc, avec des points et des raies sinueuses d'un noir assez vif ou d'un gris cendré. Le soir, l'Insecte vole près des Peupliers et des Saules; pendant le jour, il se cache sous le feuillage ou sur le tronc de ces arbres. La femelle a bientôt efr(^ctué sa ponte, et dans le mois de jiiiji on trouve les chenilles isolées sur les feuilles des Petijdiers. Toutes petites encore, leur 264 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. couleur est presque noire. Qiielques semaines plus tard, elles ont subi plusieurs mues, et leur taille est devenue très-forte. Ces chenilles lisses, avec leur grosse tête susceptible de rentrer dans le premier anneau du corps, avec le troisième anneau élevé et comme bossu, avec leur extrémité postérieure munie de deux prolongements souvent redressés, semblables à deux queues d'où l'on voit saillir à la volonté de l'animal un tentacule flexible, ont un aspect singulier. D'un beau vert tendre, la Queue-fourchue présente sur la région dorsale, étendue comme une sorte de manteau, une longue marque en losange d'un brun vineux avec une bordure blanche. Elle a des pattes membraneuses massives pour porter son corps pesant, et ces pattes sont armées de très- longues épines. Les queues, presque blanches, sont garnies de tubercules noirs. La singularité offerte par cette chenille, c'est la transformation des dernières pattes membraneuses en deux appendices, sortes de queues percées pour le passage de tenta- cules, sans doute attribués à l'animal comme moyen de défense dans des circonstances qui n'ont pas été observées. A laide de cet appareil, la chenille parvient peut-être à éloigner les Ichneu- mons et les Mouches cherchant à introduire leurs œufs dans son corps. Au terme de sa croissance, \a Queue-fourchue , descendant au jned de l'ai'bre qui l'a nourrie, fde une coque très-épaisse, très- résistante, agglutinant, avec une grande quantité de vernis, des détritus végétaux; l'Insecte passe l'automne et l'hiver à l'état de chrysalide. Des Notodontides voisins des Dicranures, les Hai'pyies, aux antennes pectinées terminées par une soie, ont des chenilles plus bizarres encore. Le type du genre est surtout particulière- ment remarquable : la Ilarpyie du Hêtre {Harpyia Fagi). La chenille, que l'on trouve au mois d'août et de septembre dans les forêts et les grands bois, habituellement sur les Hêtres et quelquefois aussi sur les Chênes, les Aunes, les Bouleaux, a un aspect vraiment extraordinaiiv. D'un In-un pâle ou d'une LES LEPIDOPTERES. •265 teinte ilc cuir uniforme, elle n'attire point l'attention par sa couleur, mais elle a des pattes écailleuses de la seconde et de la troisième paire d'une longueur extrême, qui demeurent souvent pendantes. Les anneaux de son corps, du (piatrième au septième, présenteut deux giljhosités terminées en pointe; du neuvième au LA HARPYIE DU HÊTHE (Harpyia Fagi) . Le Papillon niùle au vol. — I.e Papillon femelle au repos dernier, ils ont un élargissement latéral très-considérable, avec des crénelures sur le bord. Les pattes membraneuses posté- rieures sont converties en deux tubes grêles. Pendant le repos, la chenille de la Harpyie du Hêtre tient ordinairement redressées les deux extrémités de son corps. La bizarrerie est à la fois dans 26f) LES METAMORPHOSES DES INSECTES. les formes et dans les attitudes, sans que nous imissious eu ex- pliquer jusqu'à présent les causes déterminées par des circon- stances biologiques. Ces longues pattes écailleuses n'existent clu-z auciine autre larve connue de Lépidoptère, et ici leur longueur semble n'offrir aucun avantage à l'animal. Pour se translbrmer en cbrysalide, la llarpyiodu Hêtre file une coque légère (|u'ollr garantit avec des feuilles. Le geni'e des Notodontes est, dans le groupe, le phis noDil)reux en espèces. Le nom fait allusion à \\n caractère de plusieurs de leurs clienilles, qui ont sur quelques anneaux de leur corps des gibbosités parfois surmontées de pointes. Ces larves lisses, ou garnies de poils très-clairsemés, vivent sur les arbres. Les Pa- pillons se reconnaissent aisément à la présence d'un petit lobe au Itord interne des ailes de la première paire. Les Notodontes les plus connnuns dans notre pays sont le Bois veiné de Ceoifroy {Nolodonla Ziczac), qui, à l'état de cbenille, vit sur les Saules, les Peupliers, les Bouleaux. Le Chameau d'Ernst [Notodonia drome- daria), affectioimant pendant son premier Age les lîduliNuix des forets; la Demi-Lune noire d'Engramelle [Notodonia chaonia), une des nombreuses espèces du Cliène. Diverses autres espèces de la même tribu ont généralement des ailes plus longues que d'autres Notodontides; on les rat- tache à quelques genres particuliei's, et surtout au genre Pygœra. Leurs chenilles, longues, un peu déprimées, sont pbis ou moius garnies de poils. Lune des espèces les plus communes, appelée par Geoffroy la Lunule (Pygœra bucephala), à raison de la forme d'une tache blanche des ailes antérieures, se trouve, dans son premier état, sur la plupart de nos grands arbres, les Chênes, les Ormes, les Hêtres, les Bouleaux, les Tilleuls. C'est une grosse chenille poilue, brune, variée de javnie et ornée de six raies longitudinales d'une teinte pâle. Elle s'enfonce dans la terre pour se métamorphoser. Une espèce ])lus petite, la Hausse- Queue fourchue d'Eugraraelle {Pygœra anachorela). se tient sur LRS LÉPIDOPTÈRES. 267 les Saules, cachée entre des feuilles qu'elle attache au moyen de quelques fds. Le plus vaste groupe de l'ordre des Lépidoptères est la famille des NocTUÉLiDES. C'est une immense légion d'espèces de tous les pays d'ime apparence très-uniforme. Les JNoctuélides d'Europe, au nomhre de près de huit cents, ont ét('' la plupart étudiées avec soin dans leurs caractères, dans leurs m(''tamor[)hoses, dans leurs conilitions d'existence, et néaimioins les naturalistes faisant les plus grands efforts pour établir parmi ces Insectes des divi- sions génériques, ne sont arrivés à aucun résultat satisfaisant. En 1 absence de véritables caractèi'es pouvant fournir parmi les Noctuélides les distinctions que l'on cheiThait, on s'est contenté souvent de dtHails de coloration, de la préférence des chenilles pour certaines plantes. Malgré tout, il est demeuré impossible de donner un moyen sur de reconnaître les divers genres étal)lis dans la famille. Aussi il y a un extrême intérêt à étudier cette multitude de Lépidoptères si pareils par tous les détails de lear organisation, et dont les espèces néanmoins sont parfaitement distinctes les unes des autres. Eu réalité, la très-grande mai là. on a ici un exemple cajiable de faire com- 268 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. prendre la valeui' de ces idées sur de prétendues modifications continues des espèces. En étudiant ces Noctuelles exclusivement dans leurs caractères, lorsqu'elles sont parvenues à l'état adulte, lin serait amené à concevoir les doutes les plus graves sur les distinctions spécifiques; mais en observant ces Insectes dans toutes les phases de leur existence, dans les conditions oii elles sont fatalement destinées à vivre, toute incertitude disparaît. Des Papillons presque semblables ont des chenilles offrant des particularités distinctives des plus manifestes. Ces chenilles vivent dans des conditions dissemblables; elles affectionnent des végétaux différents ; elles ont des pattes construites pour marcher sur une plante, et se trouveraient mal à l'aise pour grimper après des plantes recherchées par des espèces voisines. 11 n'est pas de groupes du Règne animal, enfin, où l'on puisse reconnaître avec plus de sûreté combien chaque espèce organisée pour vivre dans des conditions déterminées est privée de la possibilité de subir d'autres conditions d'existence. Les Noctuélides se distinguent aisément de tous les Bomby- cides; elles ont une trompe de moyenne longueur, des palpes saillants, des antennes en forme, de soie, simples ou finement denticulées. Ces Lépidoptères, en général de petite taille, attei- gnent rarement des proportions un peu considérables. Comme l'indique la dimension de leur trompe, ils prennent de la nour- riture. Leurs chenilles sont le plus souvent rases. Il est certaines NoctuéUdes qui rappellent sensiblement le port des Bombyx; ce sont les Acronyctes et quelques genres voisins (groupe des Acronyctites). Sur les Ormes, les Bouleaux, les Tilleuls, sur la plupart des arbres fruitiers, se trouve commu- nément, à la fin de l'été et en automne, une Clienille noire, ornée d'une bande dorsale jaune, de marques rouges sur les cotés, d'une raie grise au-dessus des pattes, et portant une longue émi- nence noire; sur le quatrième anneau et une forte gibbosité sur le onzième. Au moment de se transformer, llnsecte descend LES LÉPIDOPTÈRES. 269 sur le tronc et s'établit entre les fissures de l'écorce, souvent jusqu'au pied de Tarière, et aussi abrité que possible, il se forme une coque légère, l^e Papillon éclot vers le mois de juin de l'année suivante. Pendant le jour, on le voit collé sur des troncs ou des murailles. Ses ailes grises, avec des lignes noires, et sur- tout un signe ti'ès-net figurant dune manière exacte la letlrc grecque di, le font reconnaître à la première inspection. Le signe caractéristique a valu à l'espèce son nom vulgaire et son nom scieutifKjue, le Psi (Acronyclapsi). Les végétaux de tous les genres nourrissent des Lépidoptères. Les Mousses, les Lichens qui poussent sur les arbres, sur les mu- railles, même dans nos villes, sur les quais et les parapets des ponts, sont la pâture de petites chenilles sombres très-apparentées auxAcronyctes : ce sont les mangeuses de Mousses, les Bryophiles. Retirées pendant le jour dans des trous ou des crevasses, elles sont difficiles à découvrir; c'est dans leurs petites retraites (pi' elles forment leur cocon composé de soie et de Lichen. Examinons maintenant les vraies Noctuelles sans nous pré- occuper de toutes les distinctions génériques admises dans les ouvrages descriptifs. 11 est important de les connaître, car plusieurs d'entre elles se multiplient avec une étonnante facilité et causent parfois d'immenses ravages dans les grandes cultures. A l'état de Papillons, les vraies Noctuelles [Noclua) ont des antennes ciliées, un peu pectinées dans les mâles et des palpes hérissés de longs poils; à l'état de chenilles, elles sont cylin- driques, presque rases, et se nourrissent de plantes basses ou de racines; en général, elles se métamorphosent dans la terre. Une des espèces les plus communes, les plus cuineuses jtar les habitudes, les plus importantes à connaître poin* les cultiva- teurs, est la Noctuelle des moissons [Noclua segelum — Genre Agrotis) des entomologistes modernes, qu'Engramelle nommait la Moissonneuse. Le Papillon a les ailes antérieures brunes ou fauves, un peu plus claires chez les mâles que chez les femelles. 270 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. juai-quées à la base d'une double ligne ondulée suivie d'une tache bi'uue, au centre de deux autres taches, l'une ronde bordée de noir, l'autre réniforme, au bord d'une série de taches noires eu forme de lunules, et les ailes postérieures d'un blanc opalin. Les Papillons éclosent dans les derniers jours de mai ou dans les premiers jours de juin, un peu plus tôt ou un peu })lus tard, sui- vant la température. Les femelles déposent ordinairement leurs œufs eu petites plaques à la face inférieure des feuilles ou vers l'origine des tiges des plantes à racines pivotantes, les Betteraves, les Chicorées, etc. Les chenilles ne restent jamais sur les feuilles : elles entrent en terre et s y tieiment cachées coustamment pen- dant le jour-, la uuit seulement elles voyagent, mais sans atta- quer le feuillage. Rongeant les racines au collet, elles les creu- sent profondément, et arrivent à les couper, si leur volume uest pas cousidérable . Parvenues à leur plus grande dimension dans le mois de juillet, les chenilles de la Noctuelle des moissojis ont alors une longueur de i centimètres à d ceutimètres et demi. Leur corps, lisse, luisant, d'un gris verdàtre assez sombre, porte sur chaque anneau deux rangées transversales de i»oints verriupieux d'un noir bi'illant, surmontés d'un poil. Leurs mandibules soiil fortes et tranchantes, et ainsi parfaitement coustituées poui' eutamer des racines; leur lèvre supérieure na pas d échan- crure, ce (|ui s explique avec le genre de nourriture (|ue pren- nent ces Insectes ; leurs pattes membraneuses, ti'ès-courtes, })ré- senteut à leur extrémité une cavité fort petite, circonscrite j»ar un rebord dur, où les crochets font à peine saillie. La chenille. (|ue les cultivateurs a[ipellent le Ver gris, trouve ainsi toute facilité }»om' marche)' dans la terre, mais elle aurait une grandi' difficulté à grimper, ses pattes n'étant pas construites pour saisir. Nous avons ici un exemple bien frappant des adap- tations des orgaues à des conditions d'existence déterminées pour l'animal. Les chenilles de la Noctuelle des moissons, arrivées au terme LES LÉPIDOPTÈRES. -m de leur croissance, se faeonueiit une loge dans la terre à une très-faible profondeur. Ne produisant que très-peu de soie, elles en ont assez cependant pour consolider les parois de leui's cellules et les rendre imperméables à l'eau. Ouand la saison est chaude , les Papillons éclosent dès le mois d'août ; au mo- ment de sortir, ils entraînent avec eux l'enveloppe de la chry- salide, qui les protège et leur permet de traverser une couche de terre d'une certaine épaisseur. Comme les espèces dont les larves vivent dans le bois, ils n'abandonnent cette dépouille qu'après être au dehors. Lorsque les Noctuelles naissent au milieu de l'été, on voit de nouveau leurs chenilles pendant lautonme; celles-ci se transfoi'ment en chrysalides aux ap- proches de l'hiver , mais si elles ne sont pas au terme de leur développement quand les premiers froids se font sentir, elles hivernent et ne subissent leur métamorphose qu'au prin- tenqjs. Il y a dans la manière dont se succèdent les générations et les transformations de cette espèce des variations dépendantes de la température sur lesquelles se sont mépris la plupart des auteurs qui en ont parlé. La Noctuelle des moissons, Insecte depuis longtemps réputé des plus imisibles, devient en certaines circonstances un fléau pour l'agriculture. En 18(5o, la multiplication de cette espèce dans plusieurs départements de la France, et surtout dans ceux du Nord et du Pas-de-Calais, était prodigieuse, les ravages qu'elle exerça presque incroyables. Au collet de chaque Bet- terave, sans aucune exception, il y avait une quantité consi- dérable de chenilles; eu grattant un peu la terre, entre les lignes de Betteraves, on en mettait à découvert sur tous les points. En certains endroits, il a été possible d'en recueillii' plus d'une centaine sur l'étendue d'un décimètre carré. Certes, quand on étudie les habitudes, les mœurs de l'Insecte, il est facile de comprendre sa multi[)lication excessive, comme les causes qui peuvent à certains moments le faire disparaître. 272 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. L'ameublissenienl extrême de la terre fournit à la clieuillc les conditious de séjour les plus favorables, comme l'abondance de la plante qui lui convient lui assure sa subsistance. Que l'on raffer- misse la couche superficielle de la terre, ce qui ne semble être en aucune façon nuisible à la végétation, et les chenilles auront peine à vivre ; que l'on enlève les plaques d'œufs sur les feuilles des jeunes Betteraves, au commencement de juin, et l'on sera assuré de ])réserver les champs. Si l'espèce nui- sible disparaît plus ou moins, après s'être montrée en abondance, c'est à plusieurs causes qu'il faut attribuer le fait : la multipli- cation des Ichueumous, qui